«Secrets d’histoire» se consacre à Joséphine Baker, qui va faire son entrée au Panthéon ce 30 novembre

«Secrets d’histoire» se consacre à Joséphine Baker, qui va faire son entrée au Panthéon ce 30 novembre
Isopix

Le 12 avril 1975, après la quatrième représentation de « La revue Joséphine », Joséphine Baker, 69 ans, meurt à Paris dans la nuit, terrassée par une congestion cérébrale. C’est la fin d’une histoire d’amour incroyable entre l’une des plus grandes artistes du music-hall et son pays d’adoption, la France. « J’ai deux amours, mon pays et Paris », chantait Joséphine. Paris le lui avait bien rendu… et va lui témoigner encore de son amour en l’intronisant au Panthéon ce 30 novembre.

Une reconnaissance exceptionnelle pour une saltimbanque, et qui d’ailleurs en hérisse un peu certains. Ils y voient un choix opportuniste de la part du président Macron, qui serait plus soucieux de montrer la tradition d’ouverture au monde de la France par ce geste fort, plutôt que de saluer la mémoire d’une personnalité remarquable. Surtout si on se dit que même Molière, le père de tous les artistes de la scène, n’a pas encore eu droit à son entrée parmi les grands défunts de la nation.

La danse sauvage

Mais loin de ce parfum de polémique, la meneuse de revue la plus célèbre de l’histoire mérite amplement cette reconnaissance. Elle était devenue française par mariage, en 1937, mais toute sa vie allait montrer sa passion pour la France, comme le rappelle l’un de ses nombreux enfants adoptés, Brian Bouillon-Baker, dans « Joséphine Baker, l’universelle » (Éditions du Rocher, 228p.), qui paraît à l’occasion de son entrée au Panthéon. Née à Saint-Louis dans la misère, mariée à 13 ans à un homme violent, qu’elle quittera vite après lui avoir fracassé une bouteille sur la tête, celle qui dansait pour se réchauffer et vécut une enfance de bonne à tout faire corvéable à merci se sauvera grâce à la scène, où elle débuta à 14 ans.

Avec ses « jambes en caoutchouc », elle allait devenir la coqueluche des Années folles. Invitée au sein de « La revue nègre », qui fait scandale et fascine à la fois, elle découvre Paris au milieu des années 20. Sa « danse sauvage », seins nus, avec ou sans bananes, en fait une étoile des Folies Bergère. Elle symbolise alors « la Négresse des îles », mais c’est juste une étape dans la vie de ce futur symbole de la libération féminine. C’est là aussi que débute son histoire d’amour avec la France.

Première artiste de couleur célèbre (avec Chocolat), elle reviendra aux USA, mais pour vite repartir, écœurée par la ségrégation raciale. Sa vie est en France. Ses spectacles, ses amours célèbres (notamment avec Georges Simenon), mais aussi son engagement dans la Résistance, son combat contre la pauvreté et pour l’enfance défavorisée vont faire d’elle une légende. Bien avant Madonna ou Angie, elle adopte douze orphelins du monde entier, sa « tribu arc-en-ciel », qu’elle élève au fameux château des Milandes, en Dordogne, où elle s’était installée dès 1937, avant d’être accueillie par son amie Grace à Monaco. Une vie exemplaire, qui vaut bien une place au Panthéon.

« Secrets d’histoire : Joséphine Baker, la fleur au fusil », 29 novembre, 21h05, France 3.