«Je le repousse, étonnée et effrayée»: Maureen Dor raconte avoir été agressée sexuellement par Nicolas Hulot

«Je le repousse, étonnée et effrayée»: Maureen Dor raconte avoir été agressée sexuellement par Nicolas Hulot
Isopix

Nouvelle révélation choc dans l’affaire Nicolas Hulot. Ce jeudi soir, les équipes d’« Envoyé spécial » réservaient la première partie de soirée à l’ancien ministre et présentateur de l’émission « Ushuaïa Nature », accusé de viols et d’agressions sexuelles par plusieurs femmes. Suite au reportage, Élise Lucet a déclaré à l’antenne qu’une nouvelle victime avait décidé de prendre la parole.

Cette victime, c’est Maureen Dor. Dans une longue lettre ouverte publiée sur le site de francetvinfo.fr, l’animatrice et comédienne de 51 ans raconte l’agression sexuelle qu’elle a subie dans un hôtel de Bruxelles, en 1989. Extraits…

« À 17 ans, en dernière année de lycée, j’ai commencé à travailler à la télévision belge. L’année suivante, j’ai lu le livre ‘Les chemins de traverse’ de Nicolas Hulot, star de l’émission ‘Ushuaïa’. J’ai adoré ce livre et j’ai eu l’envie de lui envoyer une lettre qui le lui disait. Ne connaissant pas son adresse, j’ai écrit à ‘Nicolas Hulot, émission Ushuaïa, TF1, Paris, France’. Dans cette lettre, je lui disais aussi que j’étais Bruxelloise et que je me ferais un plaisir de lui faire visiter ma ville si un jour il y venait. Je lui laissais aussi mon numéro de téléphone puisque nous étions ‘collègues de télévision’ Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir, quelques semaines après, un coup de fil de la vedette m’annonçant qu’il venait à Bruxelles pour le salon du livre et qu’il serait ravi de me rencontrer. Il me donnait rendez-vous à l’hôtel Métropole, hôtel mythique de Bruxelles. J’y suis allée, toute heureuse d’avoir intéressé le grand homme, que j’ai vu apparaître dans le hall. De là, nous sommes allés boire un verre au bar de l’hôtel. »

« Au bout d’un quart d’heure, il me dit que des journalistes doivent venir l’interviewer et il me propose de l’accompagner dans sa chambre pour les attendre. Et moi je dis oui, évidemment ! Je n’ai jamais vu les chambres de ce grand hôtel – je n’ai même jamais été dans un établissement comme celui-là – et je suis flattée qu’il me le propose. Et maintenant, je vais commencer à me justifier, comme toute femme qui s’est retrouvée en fâcheuse posture. J’ai 18 ans en 1989, élevée dans un milieu bourgeois catholique. Je suis vierge et surtout, je ne me trouve pas particulièrement sexy. C’est important à dire parce qu’à l’époque je pense sincèrement qu’un homme peut me proposer de l’accompagner dans sa chambre sans avoir aucune arrière-pensée. Je fais partie de ces jeunes filles qui ne pensent pas un instant inspirer la moindre pensée ou le moindre désir d’ordre sexuel. C’est tellement loin de mon schéma de pensée à moi ! Je l’accompagne donc et, aussitôt dans la chambre, le voilà qui me saute dessus et tente de m’embrasser. Je le repousse, étonnée et effrayée, en lui faisant cette remarque si naïve : ‘Mais vous avez une femme !’ et lui de me répondre que cela n’a rien à voir et que je serai une ’parenthèse’. »

« Je l’accompagne donc et, aussitôt dans la chambre, le voilà qui me saute dessus et tente de m’embrasser »

« À ce moment précis, la réception appelle pour annoncer que les journalistes arrivent. Il me dit de partir, ce que je fais. Le téléphone portable n’existant pas à cette époque, j’appelle ma meilleure amie du téléphone de l’étage pour lui raconter ce qui vient de se passer, choquée que l’homme que j’admirais ait fait cela, mais pas non plus désespérée. Et la voilà qui me dit, mi-combative, mi-rigolant : ‘ Résiste Maureen, résiste. ’ Et c’est à cause de ce qui va suivre que je pense que mon témoignage ne vaut rien : j’y suis retournée. Quand nous étions dans le hall de l’hôtel, il m’avait proposé d’aller dîner avec lui et des amis à lui, et j’avais accepté. Malgré ce qu’il venait de se passer, j’ai tout de même voulu aller dîner avec lui, fascinée par le bonhomme. Voilà, c’est là où j’ai l’impression de ne pas avoir été claire avec moi-même. »

« Certes, j’avais été interloquée par sa tentative de baiser, par ses mains qui avaient agrippé mon visage, mais l’envie et la fierté d’avoir été invitée par lui ont été les plus fortes. Qu’est-ce que cela dit de moi, de la jeune fille que j’étais ? Je ne le sais toujours pas. Aurais-je dû être traumatisée ? Étais-je naïve ou vicieuse ? Ai-je ‘ cherché ’ ce qui m’est arrivé ? Ai-je envoyé des signes malgré moi et lui, l’homme adulte qu’il était, les a mal compris et les a interprétés ? »

« Dans la voiture qui nous conduisait au restaurant, il m’a redonné le numéro de sa chambre ‘ au cas où ’. Cet événement a dû me ‘ travailler ’ plus que prévu puisque pendant la nuit, je lui ai écrit une longue lettre dans laquelle je disais qu’il ne fallait pas faire ça aux jeunes filles qui l’admiraient. Et le lendemain, je me souviens avoir passé outre la file de lecteurs qui attendaient leur dédicace au salon du livre pour lui déposer théâtralement sur sa table ce que j’avais à lui dire. »

« Notre rencontre, ma lettre, ne semblent pas l’avoir bouleversé puisque quelques années plus tard, je l’ai croisé dans les couloirs de Canal + sans qu’il me reconnaisse. Depuis, j’ai souvent raconté cette histoire à mes copains, sans jamais m’apitoyer sur mon sort. Je savais que j’avais évité quelque chose grâce à l’arrivée des journalistes, mais quoi ? »

« J’ose espérer que la paternité a “appris” à monsieur Hulot qu’il fallait respecter les femmes »

« Je n’ai pas été ‘abîmée’ par ma rencontre avec monsieur Hulot. Et j’ai sincèrement peur de l’être beaucoup plus par les réactions que ce genre de dénonciations engendre sur les réseaux sociaux. De plus, je pense que l’on peut changer. On peut être un sale bonhomme à une époque et se rendre compte de sa connerie en vieillissant ou en ayant des enfants. J’ose espérer que la paternité a ‘appris’ à monsieur Hulot qu’il fallait respecter les femmes. Mais s’il semble qu’il a continué à ne pas prendre un ‘non’ pour ce qu’il est, s’il a continué à croire que le corps des femmes est à sa disposition, alors, il faut qu’on lui enseigne que ce n’est pas le cas. »

« Je suis sincèrement désolée pour la fille de monsieur Hulot qui va découvrir que son père n’est pas le héros ou l’homme intègre qu’elle était en droit d’espérer mais je suis encore plus désolée pour toutes les femmes qui l’ont appris dans la douleur et à leur corps défendant (c’est le cas de le dire !). Entre elle et elles, j’ai choisi elles. Parce qu’elles, c’est aussi moi. Et ça, j’ai mis très longtemps à m’en rendre compte. »

« Aucune femme qui témoigne à visage découvert ou anonymement ne le fait facilement et de gaîté de cœur. Mais certaines douleurs enfouies doivent sortir pour faire place à de nouvelles émotions qui, elles, ne feront pas mal. »

« Cette prise de parole étant difficile, pour ma part, elle sera unique. »

Les faits décrits par Maureen Dor sont prescrits. Contacté par les équipes d’« Envoyé spécial », Nicolas Hulot n’a pas souhaité ni répondre aux questions, ni s’exprimer face caméra. Présumé innocent, il conteste fermement les faits et affirme n’avoir jamais agressé aucune femme.