«Le Pouvoir du chien» arrive sur Netflix: Benedict Cumberbatch est un rustre qui cache un sensuel secret

Phil (Benedict Cumberbatch) se moque d’abord du jeune Peter (Kodi Smit-McPhee), puis s’en rapproche…
Phil (Benedict Cumberbatch) se moque d’abord du jeune Peter (Kodi Smit-McPhee), puis s’en rapproche… - Netflix

Sorti dans nos salles le 17 novembre, « Le Pouvoir du Chien » arrive sur Netflix ce 1er décembre, et si vous aimez les histoires pleines de conflits intérieurs plus que vous aimez les westerns, on vous le conseille vivement. Pareil si « Brokeback Mountain » vous a laissé un souvenir ému. Nous n’en écrirons pas plus sur son véritable propos, mais sachez qu’il marque le retour à la réalisation de la Néo-zélandaise Jane Campion, qui s’était rendue célèbre en décrochant la Palme d’Or à Cannes, en 1993, pour « La Leçon de Piano ». Elle n’avait plus rien mis en scène depuis « Bright Star » en 2009, mais n’a pas pu résister à l’envie de transposer à l’écran le roman « Le Pouvoir du Chien », que publia Thomas Savage en 1967.

L’action de ce récit se passe en 1925 dans une ferme du Montana gérée par les riches frères Burbank : Phil, incarné par Benedict Cumberbatch, et George, joué par Jesse Plemons. Celui-ci, aussi jovial et chaleureux que son aîné est froid et cassant. Il ne tarde pas à épouser Rose Gordon, interprétée par Kristen Dunst, qui est, à la ville, la fiancée de Jesse Plemons. Rose a un fils, Peter (Kodi Smit-McPhee), qui est clairement homosexuel et d’abord raillé par un Phil qui terrorise toute personne qui croise sa route. Il prend aussi en grippe Rose, qui se met à boire. Mais on ne va pas tarder à comprendre, en le voyant se rapprocher de Peter, qu’il cache un surprenant secret, et reste accroché à des souvenirs qui le font atrocement souffrir, lié à son ancien mentor « Bronco » Henry…

Tout en atmosphère(s) et en lenteur, et doté d’images de nature absolument sublimes, ce film quasi contemplatif nous entraîne donc dans les méandres de l’âme humaine, et n’est finalement qu’un bouleversant hymne à l’amour. Dans le rôle du très complexe Phil, Benedict Cumberbatch n’a jamais été aussi antipathique (donc), mais charismatique et… sensuel. Nous en voulons pour preuves les scènes où il se baigne nu dans la rivière et celle où il se donne un plaisir mêlé de tristesse. Un moment rare…

« J’ai dû apprendre à être un trou du c** »

À propos de ce personnage, nous avons eu la chance de recueillir, au Four Seasons de Beverly Hills, les propos du prolifique Londonien de 45 ans, à qui Jane Campion avait demandé de dire « non » à tout le monde hors tournage. Dès le premier jour, elle l’a précisé à l’équipe comme étant Phil. « Je leur ai dit qu’ils rencontreraient le gentil Benedict plus tard », nous a-t-elle précisé. « J’ai dû apprendre à être un trou du c… », nous a confirmé l’intéressé. « Dans la vie, je suis du genre à m’excuser souvent, et à faire plaisir à tout le monde. Phil est aux antipodes de ça. Mais il est bourré d’aptitudes physiques, et très habile de ses mains. Il siffle magnifiquement, joue du banjo, donc j’ai dû apprendre tout ça. Et à bien monter à cheval, évidemment. J’ai aussi fait un fer à cheval… Il n’ira sur aucun sabot, mais on pourra le garder en porte-bonheur (sourire). Je n’ai pas appris la taxidermie, mais je m’y suis intéressé, car il en fait dans le livre… »

Il poursuit : « Le premier cadeau que Jane m’a fait par rapport à ce film, c’est de me donner du temps. J’étais stressé à l’idée de devoir me transformer en mâle dominateur qui vit à la dure, et elle m’a permis de m’échapper dans le Montana pendant quinze jours. Je voulais marcher, marcher, marcher, fouler le sol, respirer l’air de là-bas, voir les paysages et sentir un peu à quoi ressemblait la vie de Thomas Savage, qui a écrit son livre sur base de sa propre expérience. J’ai eu des contacts extraordinaires avec des ranchers et des animaux, j’ai aussi fait du rodéo. » Signalons par rapport à cela que le film a coûté la bagatelle de 35 millions €, et qu’il est loin de les avoir récupérés à l’heure qu’il est.

Si Jane Campion a demandé à Cumberbatch d’être un sale type au sens figuré du terme, elle a aussi voulu qu’il soit physiquement… sale. « Je ne pouvais plus me laver, ce qui est devenu un problème quand on s’est tous retrouvés au restaurant (rire) Clairement, mon odeur repoussait les gens (rire). » Moins drôle également, il a dû suivre un régime pour avoir la svelte silhouette de Phil. « Perdre du poids a été super-pénible et ça a pris du temps. Mais ce qu’a vécu le vrai Phil est bien plus horrible que ça, donc je me suis senti obligé d’honorer son histoire. J’ai fait beaucoup d’exercices physiques, mais j’ai dû manger aussi. Phil se nourrissait aussi et brûlait tout en travaillant manuellement. »

« Je buvais une bière ou quelque chose de plus fort »

On a compris que ce tournage, aussi exaltant soit-il, ne fut pas une sinécure pour le comédien-caméléon. «À la fin de la journée, en rentrant, dans ma voiture, je me dépouillais de Phil, couche par couche, et je redevenais moi. Je descendais la vitre de ma voiture, je buvais une bière ou quelque chose de plus fort (…) Franchement, ça a été une aventure unique et profonde, ce film. On a été interrompus par le Covid, mais, on est tous restés ensemble, comme une famille. On s’est dit que ce serait dangereux de se séparer puis de se retrouver. Cela a nourri notre travail, ça a ajouté des couches, de l’intensité… Bref… ça ne m’arrive jamais, mais à la fin du tournage, je me suis fait comme une petite étagère de trophées avec des choses liées à Phil, l’humain qu’il était. » Fans de l’étonnant Cumberbatch, et amateurs de grands espaces et de sentiments troublés, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

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