Sandrine, victime d’une erreur judiciaire: «Cela a été un enfer»

Sandrine est l’une des intervenantes de l’émission «Dans les yeux d’Olivier», ce lundi 10 janvier, à 22 h 55, sur France 2.
Sandrine est l’une des intervenantes de l’émission «Dans les yeux d’Olivier», ce lundi 10 janvier, à 22 h 55, sur France 2. - Capture écran FTL

« Depuis sa naissance, nous avions remarqué que quelque chose n’allait pas chez Hugo. Il ne mangeait pas très bien, ne dormait pas très bien, il pleurait énormément. Nous avons consulté une dizaine de médecins, sans qu’ils ne trouvent quoi que ce soit. Cela a duré quatre mois. Un jour, j’ai récupéré mon fils de chez la nourrice complètement blanc, amorphe, il ne réagissait quasiment plus à son environnement. Direction donc les urgences, où ils l’ont trouvé déshydraté et gardé pour la nuit. La nuit, comme Hugo était très agité, ils lui ont fait passer un scanner qui a détecté des hémorragies cérébrales. Cela a été le branle-bas de combat. Hugo a été héliporté à l’hôpital de Strasbourg. Là, l’IRM, a montré des hémorragies rétiniennes. Avec cette deuxième donnée, le diagnostic est tombé comme un couperet : syndrome du bébé secoué. Hugo a été opéré en semi-urgence, on lui a posé un drain pour évacuer le sang dans la tête. Cette opération lui a sauvé la vie : Hugo était complètement changé, il dormait et mangeait enfin bien. Nous étions ultra-rassurés et nous n’avions pas du tout conscience de l’engrenage dans lequel nous allions entrer. L’hôpital a fait illico un signalement pour sévices sur enfant…

« Nous avons été aussitôt interrogés par des psychologues et par la police. Ils ont visité notre maison, ont questionné nos voisins. Deux jours plus tard, une escouade de médecins a déboulé dans la chambre pour m’annoncer que Hugo allait être placé en pouponnière – à 4 mois ! –, qu’on n’avait rien à dire et que c’était pour le protéger le temps que l’enquête se mette en place. L’horreur ! Cela a été de nouveau défilé de psys et assistantes sociales à la maison. J’ai arrêté de travailler pour rendre visite à mon fils. Je n’en dormais plus. Hugo ne s’acclimatait pas du tout là-bas, il pleurait continuellement. Cela a été un enfer.

« Au départ, la nourrice et son mari étaient soupçonnés d’avoir secoué notre bébé. Nous n’y avons jamais cru et avons fait un courrier pour qu’elle ne perde pas son agrément. Ces démarches pour l’innocenter nous sont retombées dessus. Selon le raisonnement des experts : nous prenions sa défense parce que nous avions bien quelque chose à nous reprocher. C’était aberrant !

« Nous nous sommes mis en recherche d’un spécialiste pour revoir le dossier médical. Le seul médecin qui a accepté et n’a pas e eu peur de se mettre l’hôpital à dos a été le professeur Marescaux, neurologue. Il a détecté que Hugo avait souffert d’une hydrocéphalie congénitale. Dans la plupart des cas, ce liquide s’évacue de façon naturelle au bout de quelques mois. Chez notre fils, ce liquide a continué de s’accumuler et cette compression a fait sauter les petites veines dans la tête, d’où ces hémorragies. Ce rapport annulait la thèse du bébé secoué et attestait d’un autre problème à la naissance.

« A partir de septembre 2014 a commencé le deuxième versant de cet enfer puisque la juge d’instruction a pris le relais. Cette partie judiciaire a été ponctuée d’expertises et de contre-expertises. Les entretiens de quatre heures avec la juge ressemblaient à des gardes à vue tellement elle a été à charge. Toutes les expertises que nous amenions – d’autres professeurs ont ausculté Hugo et confirmé le diagnostic d’hydrocéphalie externe – venaient buter sur les avis des experts judiciaires qui n’en démordaient pas. Ceux-là n’avaient jamais vu notre fils, mais s’évertuaient à dire qu’Hugo présenterait des séquelles pouvant arriver dans les six ans à venir. Il y a eu donc des contrôles réguliers pour voir s’il se développait bien.

« Au bout de cinq ans de ce marasme, la situation s’est débloquée après la nomination du troisième juge d’instruction qui a commandé une expertise auprès d’un pédiatre. Ce spécialiste n’a pas mâché ses mots en disant que ses confrères s’étaient complètement plantés, que Hugo avait bien une hydrocéphalie. Nous sommes enfin sortis de cet engrenage infernal.

« Vivre toutes ces années avec le couperet au-dessus de la tête, dans ce stress continuel qu’on nous enlève aussi potentiellement notre fille aînée, qu’une chute ou le moindre bobo fasse qu’on soit accusés de plus belle, a été un calvaire. Notre couple n’était pas assez fort pour supporter tout ça et le père de mes enfants et moi n’avions pas la même façon d’aborder les choses ; nous nous sommes séparés. Quant à moi, j’ai éprouvé beaucoup de colère et j’en garde une méfiance vis-à-vis de la justice. Dorénavant, je fais très attention à ce que les médecins peuvent me dire. »

« Dans les yeux d’Olivier – Erreurs judiciaires : leur combat pour la vérité » – lundi 10 janvier – 22 h 55 – France 2

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