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Quand d’Artagnan gouvernait Lille: une vie de cape et d’ennui

Le chantier de la citadelle va donner du fil à retordre à notre mousquetaire, les ingénieurs au service de Vauban se révélant peu coopératifs... Photo aérienne Philippe Pauchet
Le chantier de la citadelle va donner du fil à retordre à notre mousquetaire, les ingénieurs au service de Vauban se révélant peu coopératifs... Photo aérienne Philippe Pauchet - VDNPQR

«Louis par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à notre cher et bien aimé le sieur d’Artaignan (1), capitaine lieutenant des mousquetaires de notre garde ordinaire… Nous avons jeté les yeux sur vous sachant que nous ne saurions nous en reposer sur un sujet plus digne ni qui puisse nous servir plus utilement que vous…» Les premières lignes de l’ordre de mission reçu ce beau jour du printemps 1672, signé du Roi-Soleil en personne, donnaient le ton. Elles ne pouvaient que flatter leur destinataire. Et quel destinataire! Charles Ogier de Batz de Castelmore, comte d’Artagnan, capitaine de la garde du roi. Un homme d’expérience, fidèle et dévoué, et bien sûr très courageux.

Qu’on en juge: depuis qu’il était entré, 39 ans plus tôt, dans la compagnie des mousquetaires du roi, d’Artagnan n’a eu de cesse de prouver sa valeur. Encore récemment, en 1667, il a participé, face aux Espagnols, à la conquête des Flandres, prenant part à la prise de Valenciennes, de Béthune, de Douai et de Lille, où avec ses hommes il s’est emparé de la Noble Tour, l’une des clés de la défense de la ville…

Quelle mission le roi lui confiait-il cette fois? La lettre s’achève ainsi: «Nous ordonnons et établissons par ces présentes… jusqu’au dernier jour d’octobre, commander dans notre ville et citadelle et dans le pays et châtellenie de Lille, Orchies et pays de Lalleu».

Alors que l’armée française se met en branle pour partir à la conquête de la Hollande, notre Gascon apprend donc qu’il doit assurer le gouvernorat de Lille en l’absence du maréchal d’Humières, censé rejoindre Turenne sur le Rhin.

La capitale des Flandres est alors en pleine effervescence. La cité, française depuis cinq ans seulement, sert de base arrière à la nouvelle campagne militaire. Les troupes y transitent, y stationnent, Vauban y a entrepris la construction de sa «Reine des citadelles». La mission de d’Artagnan est à la hauteur du personnage, «Lille est un des plus beaux gouvernements qu’ait à donner le roi», commente un contemporain.

Sentiment anti-français

D’Artagnan s’installe de fait en mai 1672 dans l’hôtel de Santes –dans l’actuelle rue de Tournai –, logement des gouverneurs de la place. Grassement payée, la mission n’a pour autant rien d’une sinécure: la population, encouragée par le clergé, demeure majoritairement anti-française. Mais c’est surtout du côté français que d’Artagnan va avoir du fil à retordre: outre le contrôle des troupes qui y séjournent, ce dernier doit faire la chasse aux déserteurs et aux pillards. Cela reste une affaire de militaires. Et cela, d’Artagnan sait y faire.

Là où ça se corse pour lui, c’est quand son autorité est discutée par les ingénieurs œuvrant au chantier de la citadelle. Très vite, d’Artagnan se froisse avec un certain Augustin de Montgivrault, qui n’entend rendre des comptes qu’à Vauban. Un dénommé de La Bergentière, lui aussi, se distingue par son irrévérence. De tout cela, d’Artagnan ne cessera de se plaindre auprès du ministre Louvois, dans une vingtaine de lettres qui témoignent de son agacement. Lui, le mousquetaire habitué à la gloire des champs de bataille, se retrouver ainsi contesté en surveillant des chantiers…

Les mois défilent et notre Gascon supporte de moins en moins la situation. L’information arriva sans doute à l’oreille du roi. Ce dernier, en décembre 1672, met un terme à cet «intérim»: le maréchal d’Humières redevient gouverneur. D’Artagnan, qui n’est pas pour autant en disgrâce, retrouve sa vocation de guerrier. Pour peu de temps. Il est emporté d’une balle dans la gorge au siège de Maastricht en juin 1673

1.écrit tel quel par le roi.

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