Reine du mercato d’hiver avec près de 100 millions d’euros de dépenses, la Juventus donne un coup de pied à la crise

Dusan Vlahovic arrive à Turin. @News
Dusan Vlahovic arrive à Turin. @News

Malgré sa situation délicate, le Barça ne s’est pas privé non plus. Gonflée par Newcastle, la Premier League a encore dominé le marché avec un débours de près de 320 millions €. Cependant, à l’instar de Tottenham, qui a fait plus plaisir à la Juve qu’à son entraîneur et à ses supporters, les richissimes « Magpies » ont collectionné plus de non que de noms.

1 La crise ? Quelle crise ?

Le football et a fortiori son expression la plus florissante, la Premier League, ne sont décidément pas des business comme les autres, en tout cas pour les championnats les plus cotés et leurs représentants de pointe. Tout juste ont-ils connu un ralentissement, fût-il solide, dans leurs dépenses l’an dernier.

Oui, on peut déjà utiliser le passé composé car tous les chiffres de ce mercato hivernal à peine bouclé – on parle toujours ici du « Big 5 » – sont repartis à la hausse alors qu’en janvier 2021, en l’an I de l’ère covidienne, ces ligues majeures avaient enregistré une baisse très sensible, 72 % de moyenne (de -60,8 % pour la Premier League à -83 % pour la Ligue 1), dans leurs transactions… Rien n’y fait donc : plutôt que diminuer leurs dépenses, les clubs cherchent encore et toujours le moyen d’engranger plus pour dépenser encore plus. Avant-hier, le Real Madrid et son nouveau Bernabéu, ouvert 365 jours sur 365 à une foule d’activités extra-footballistiques, annonçait des rentrées minimales de 400 millions € par an. Hier, « Bild » affirmait de manière péremptoire que dès juin prochain, avec le maillot « merengue » sur le dos, Kylian Mbappé deviendrait le joueur le mieux payé : 50 millions € par an… La crise ? Mais quelle crise ?

Revenons à ce mercato.

2 La Premier League a dépensé encore plus qu’en 2020, dernière année pré-covid

Avec une dépense de 318,6 millions € ce dernier mois, la Premier League a non seulement été encore plus active qu’en janvier 2020 (247,25 millions €), alors que le coronavirus n’était qu’une menace encore plus invraisemblable que lointaine, mais elle a de surcroît creusé davantage l’écart avec son premier poursuivant : + 143,75 millions € sur la Serie A (174,85 millions € investis dans cette fenêtre-ci) alors qu’au beau milieu de la crise, il y a un an, la différence entre l’une et l’autre se mesurait à hauteur de 11,5 millions €, et de 15 en 2020. Oui, la crise sanitaire a bel et bien rendu les riches encore plus riches.

Malgré cette évidence, ce fut un mercato paradoxal, avec, livres de comptes en main, deux protagonistes qu’on n’attendait pas aussi prodigue, tant s’en faut : la Juventus et le FC Barcelone. Les entités « bianconera » et « azulgrana » ont signé les deux transferts les plus chers de cette session : plus de 81,6 millions €, bonus compris après une dernière négociation de ses agents, pour s’offrir les services de Dusan Vlahovic ; et 55 payés à Manchester City pour financer le rapatriement de Ferran Torres en Espagne.

3 Tottenham et Newcastle frustrés

Avec Tottenham, pressé par Antonio Conte, qui n’est jamais satisfait de l’équipe qu’on lui confie, et Newcastle, dans une posture contradictoire entre la menace d’une relégation et le potentiel pour devenir le club le plus puissant au monde avec les pétrodollars qui lui sont tombés dessus, on pouvait effectivement miser, par rebond, sur un mercato bien gonflé en Premier League. A l’autopsie, on doute cependant qu’Eddy Howe et surtout Antonio Conte rentrent satisfaits de ce marché de réparation. Howe n’a pas grand-chose à reprocher à ses dirigeants : les « Magpies » se sont tout simplement retrouvés confrontés à une kyrielle de refus – à commencer par ceux de Vlahovic et de Carrasco – qui leur ont renvoyé la fragilité actuelle de leur projet et le manque d’attrait de Newcastle. Oh, cela dit, le Pif, le fonds d’investissement saoudien qui a repris le club du nord de l’Angleterre, a fait son job, soit dépenser 87 millions €, mais on doute que Chris Wood, long attaquant néo-zélandais de 30 ans, payé 5 fois son prix (30 millions €), fasse chavirer Saint James’ Park qui serait déjà tout heureux que leurs favoris ne culbutent pas.

A Tottenham, c’est encore autre chose. Ces dernières semaines, les supporters ont dû avoir la frustrante impression de revivre les tergiversations qui ont entouré le choix de leur entraîneur l’été passé. Au centre de leur courroux : Fabio Paratici, l’ex-directeur sportif de la Juventus, un détail qui n’en est pas un. Il n’a ni déniché le défenseur central ni l’attaquant que son compatriote lui avait réclamé, et encore moins, Kessié, qui a préféré aller au bout de son contrat avec Milan, pour renforcer son entrejeu. En outre, le responsable du recrutement s’est fait dribbler sur les dossiers Adama Traoré (Wolves, prêté à Barcelone) et Luis Díaz (Porto, filé à Liverpool dont il devrait très vite devenir une des attractions)… En lots de consolation, Conte a reçu in extremis l’attaquant suédois Dejan Kulusevski (prêt de 10 millions), et le milieu de terrain uruguayen, Rodrigo Bentancur (19 millions €). Avec les bonus, qui prévoient notamment une possible obligation d’achat fixée à 35 millions € pour le Scandinave, ce sont plus de 60 millions (une partie de l’indemnité pour Bentancur doit être rétrocédée au Boca Juniors) que la Juventus pourrait encaisser des « Spurs » au total. De quoi financer en bonne partie le coup de ce mercato, l’acquisition de Dusan Vlahovic, l’attaquant serbe de 22 ans de la Fiorentina… Et que Paratici ait été l’ancien directeur sportif de la Juve n’est effectivement pas qu’un détail aux yeux des supporters de Tottenham.

4 Fair-play financier plus souple et jeu d’équilibre

Reine du mercato – c’est elle qui a dépensé le plus, 97,7 millions €, en additionnant le coût de ses deux autres renforts, Denis Zakaria, le milieu de terrain suisse du Borussia Mönchengladbach (8,6) et le défenseur Federico Gatti venu de Frosinone (7,5) –, la Juventus n’avait cependant pas attendu les livres de son ancien employé pour entreprendre sa « révolution d’hiver », malgré une délicate situation financière. Le club a bénéficié d’une forte augmentation de capital d’une part et, d’autre part, n’a pas hésité à mettre la main au portefeuille en sachant que le Fair-play financier (FPF) est actuellement en mode très souple pour… permettre au club d’amortir les conséquences de la crise sanitaire. Il sera encore temps de faire vœu de sobriété quand le nouvel FPF, dont on connaîtra les contours au printemps, entrera en vigueur, dans un an vraisemblablement

En attendant des jours meilleurs – le club a signé toute une série de nouveaux gros contrats de sponsorings et envisage une opération de « naming » pour son stade tandis que Laporta n’exclut pas la signature de Haaland l’été prochain –, le FC Barcelone a joué aux équilibristes entre le fair-play financier propre à LaLiga et sa volonté de recruter. Cet exercice qui impliquait prioritairement la réduction de sa masse salariale (avec ce même impératif, la Juve a placé Ramsey, 7 millions/an, aux Rangers) a plutôt bien réussi puisque en toute fin de mercato, le FCB a trouvé une entente avec Arsenal pour libérer Aubameyang sans frais. Pour libérer surtout les « Gunners » des 15 millions annuels que lui imposait un joueur mis en marge de l’équipe.

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