Standard: les Américains ont dribblé les Canadiens pour racheter le club liégeois

En optant pour les Américains, Venanzi se retire.
En optant pour les Américains, Venanzi se retire. - Belga

Quand il s’agit de la revente du Standard de Liège, on n’est jamais à l’abri d’une surprise. Surtout tant que tous les papiers ne sont pas signés. En 2011, alors que les Néerlandais de Value 8 étaient encore dans les bureaux de Sclessin pour étudier l’état des finances du club, Roland Duchâtelet, en toute discrétion, s’était emparé du dossier pour finaliser la transaction en moins de quinze jours. Pour quatre ans plus tard, revendre définitivement le club à Bruno Venanzi arrivé sur la pointe des pieds quelques mois plus tôt dans un rôle honorifique de vice-président.

Jeudi soir, le Standard passait quasiment entre des mains canadiennes. Tout était réglé, les avocats peaufinant les derniers détails pour permettre aux différents protagonistes de parapher les documents. Mais tant que rien n’est signé, tout peut évoluer… La preuve vendredi matin. À ce moment, les Canadiens tenaient toujours la corde avant de décider, par mail, de revoir certains termes du contrat sur lequel un accord avait déjà été trouvé. Chose que Bruno Venanzi a refusée pour se tourner définitivement vers la proposition de 777 Partners qu’il avait toujours sous la main d’autant que les Américains, eux, avaient déjà signé le contrat. Il ne manquait plus que la signature de l’ancien propriétaire pour que l’accord soit officiellement finalisé en fin de soirée. Un accord qui oscillerait entre 50 et 60 millions d’euros en sachant que ce montant tient compte du rachat de toutes les actions de Bruno Venanzi, d’une recapitalisation du club mais aussi du rachat pour un peu plus de 11 millions de l’Immobilière du Standard de Liège qui passe donc également entre des mains américaines. D’ailleurs, les nouveaux propriétaires auraient l’intention de poursuivre le projet initial. Ce qui ne serait pas étonnant quand on sait qu’en arrivant à la Genoa, les Américains avaient déclaré vouloir trouver une solution pour le stade dans le but de générer des revenus supplémentaires en constatant que les clubs anglais et certains espagnols avaient une longueur d’avance en ce domaine.

Le tout étant entériné, c’est donc par mail, en toute fin de soirée, avant l’envoi d’un communiqué officiel diffusé sur le site du club, que Bruno Venanzi a averti tout le personnel du Standard de l’arrivée du nouveau propriétaire américain.

Ce revirement est évidemment d’importance. En vendant la totalité de ses actions, Bruno Venanzi, qui en attendant avait donné sa garantie personnelle pour obtenir la licence comme Marck Coucke l’avait fait précédemment à Anderlecht, quitte définitivement le Standard après sept années de présence même s’il aurait bien aimé rester dans un rôle minoritaire. Ce qui était le cas avec les Canadiens désireux de conserver un ancrage local en lui laissant 30% des actions. En fait, il reste en fonction jusqu’au 15 avril – date fixée pour la clôture définitive du deal – étant entendu qu’une assemblée générale des actionnaires du Standard doit être convoquée dans un délai de 4 semaines. En effet, Robert Lesman possède encore 1.000 actions, André Duchêne et la famille du notaire Paul Plateus chacun une et il convient de savoir si eux aussi entendent vendre leurs actions. Il faut également convoquer et révoquer le conseil d’administration du club dans un délai de deux semaines.

Une page se tourne donc pour le Standard et pour Bruno Venanzi dont le parcours au sein du club principautaire n’aura finalement pas été un long fleuve tranquille. Comme celui de son prédécesseur Roland Duchâtelet. Les Américains sont avertis…

777 Partners veut imiter Red Bull et City Football Group

Maintenant, quelle va être la suite pour le Standard version américaine ?

777 Partners est une société américaine d’investissement alternatif créée par John Pasko et Josh Wander, basée à Miami et fondée en 2015. Elle a fait ses débuts dans le monde du football il y a un peu plus de quatre ans en prenant une petite participation minoritaire dans le FC Séville pour devenir le quatrième actionnaire principal du club.

Depuis, en septembre dernier, elle est devenue propriétaire à 100 % de la Genoa qu’elle aurait acquise pour près de 150 millions d’euros. Le 22 février 2022, au Brésil, grâce à un changement de loi permettant aux clubs de s’ouvrir aux investisseurs étrangers, elle a ajouté à son portefeuille 70 % du Vasco de Gama, aujourd’hui en division 2, pour 125 millions d’euros et serait également en négociations avec le Red Star en France après s’être intéressée, fin de l’année dernière, au rachat de Saint-Etienne.

Et il se dit que la firme américaine est toujours à la recherche d’un éventuel investissement en Premier League, où c’est évidemment plus compliqué en raison des montants demandés, tout en gardant également un œil sur l’Europe de l’Est.

Réseau multiclubs

Pour cette société présente dans différents domaines dont celui de l’aviation, l’intérêt est donc de créer un grand réseau multiclubs pour générer à long terme de la valeur et des revenus en mettant la main sur des clubs qui ont une marque et une grande histoire dans leur pays.

À cet égard, leurs modèles sont ceux de Red Bull (Salzbourg, Leipzig, New York) et de City Football Group (une dizaine de clubs dont Manchester City, New York City, Melbourne, Yokohama, Troyes ou… Lommel). Leur volonté est de développer un projet durable sur le long terme en sachant, qu’à court terme, la situation ne sera pas simple dans tous les clubs où ils investissent. Ce qui est d’ailleurs le cas à la Genoa, actuellement avant-dernière dans le Calcio.

E.Px

L’aviation, l’autre secteur

Fondé et dirigé par deux hommes – Steven W. Pasko et Josh Wander –, 777 Partners revendique 51 marques ou sociétés à son portefeuille, pour un total d’actifs estimés à 300 milliards d’euros. L’aviation est l’un de ses domaines de prédilections. Le fonds a, depuis 2019, ses quartiers à Miami, au 66 Brickell, au 19e étage d’un gratte-ciel, où de nombreuses compagnies aériennes ont leur siège social. Au printemps dernier, il a scellé l’achat de 24 avions, 737-8 Ma, du groupe Boeing, pour un total de 2,9 milliards d’euros. Et a passé une option pour l’achat de 60 appareils, en plus.

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