«Tokyo Vice»: que vaut la série avec Ansel Elgort, qui joue un Américain travaillant comme journaliste à Tokyo?

«Tokyo Vice»: que vaut la série avec Ansel Elgort, qui joue un Américain travaillant comme journaliste à Tokyo?
HBO Max

Ce jeudi 7 avril, le service de streaming américain HBO Max a lâché les trois premiers épisodes de « Tokyo Vice », dont le premier a été réalisé par Michael Mann, qui réalisa – parmi bien d’autres choses – la série « Miami Vice » (84-89) avec Don Johnson. Si cette nouveauté porte ce titre, c’est évidemment en référence à cette série. Mais comme vous allez le comprendre, son contenu est très différent !

« Tokyo Vice » est l’adaptation libre de l’autobiographie de l’Américain Jake Adelstein (53 ans), qui fut le premier reporter à travailler pour le plus grand journal japonais, dans la section « criminalité », à la fin des années 90. Il est incarné à l’écran par le New Yorkais Ansel Elgort, le Tony du « West Side Story » de Spielberg. Très jeune à l’époque, Adelstein parle le japonais et s’immerge aussi vite qu’il le peut dans la culture locale, sympathise avec ses collègues – qui le considèrent tout de même comme l’étranger de service – sort en boîte et fait du judo. Et plus sérieusement, il entre en contact avec la police de la ville, ainsi qu’avec la belliqueuse yakuza, soit la mafia. Il essaie de comprendre comment elle « fonctionne » avec les forces de l’ordre et la presse.

Quand il commence à faire des recherches sur une affaire, il est directement confronté à l’opposition et la dureté de sa « cheffe » Eimi (Rinko Kikuchi), qui représente tous les collègues et superviseurs qu’Adelstein eut au cours de sa carrière. Autant prévenir : ce n’est pas une tendre… Assez vite, il comprend que la police contrôle complètement l’information, dit aux journalistes ce qu’ils doivent écrire et publier, avec détails mais sans contexte. Le hic, c’est que lui, à cause de son entêtement d’Occidental, opère comme il le sent, lui, et traîne dans des endroits où les journalistes ne vont pas. Il veut à la fois respecter le système, mais faire les choses correctement et avec éthique. Un dilemme infernal.

Même dans les clubs, les langues ne semblent pas vouloir se délier, les femmes ne parlent que si on leur donne de l’argent, et il est perdu… Beaucoup de scènes se passent de nuit, d’ailleurs, dans des ambiances auxquelles Michael Mann donne des couleurs sombres et multicolores. Des ambiances où le pire peut arriver, comme l’immolation d’un homme par le feu en pleine rue.

On s’en doute : le pâlot un peu effacé qu’il est au depart va prendre de l’assurance, et finir par mettre à jour des mystères et des « traditions » terrifiantes. Mais ça prend du temps, et il faut de la patience pour aller au bout des deux premiers épisodes. Dans le troisième intervient le détective Hiroto Katagiri, incarné par Ken Watanabe, qui traque le crime organisé. Il va devenir une figure paternelle pour Jake, qu’il aide à naviguer entre la loi et la mafia, et éclaircir la voie vers la vérité…

Au fil de ses recherches, Jake, croise aussi des femmes, à commencer par Samantha (Rachel Keller), une expatriée américaine qui travaille comme hôtesse dans le quartier de Kabukicho et fraie avec beaucoup d’individus, salaries, clients de l’élite et mafieux. Et puis, il y a Polina (Ella Rumpf), qui vient de l’Europe de l’Est, qui était venue à Tokyo pour être mannequin, mais travaille dans le club avec Samantha, ce qui ne l’enchante pas…

D’une manière générale aussi austère que son décor, « Tokyo Vice » est une immersion souvent inconfortable dans une culture encore trop méconnue, avec des règles que nous, Occidentaux, avons du mal à saisir. Selon nous, Michael Mann et le créateur J. T. Rogers ont réussi à rendre compte de ce que vécut Adelstein. Mais il faut vraiment avoir envie – ou des affinités personnelles avec le sujet – pour entrer dans cette histoire exigeante, mais unique en son genre puisqu’elle rend compte de la véritable expérience d’un Occidental à Tokyo. Et puis, on le répète : elle fait voir les singularités de la police japonaise et la manière dont les autorités collaborent avec les journalistes pour construire une réalité avalable par le public, en faisant fi de la vérité ou de la justice.