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Présidentielle 2022 en France: Emmanuel Macron réélu avec 58,54% des voix, «je ne suis plus le candidat d’un camp mais le président de tous»

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Les résultats sont définitifs et ont été publiés en milieu de nuit ce lundi par le Ministère français de l’Intérieur. Emmanuel Macron a été réélu dimanche à la présidence de la République avec 58,54 % des voix (18,78 millions) face à Marine Le Pen (41,46 % – 13,30 millions de voix), une victoire nette mais qui l’« oblige pour les années à venir » au vu du score inédit de l’extrême droite et d’une abstention élevée (28,01 %).

Donné de longue date favori à sa propre succession, Emmanuel Macron devient à 44 ans seulement le premier président sortant reconduit hors cohabitation, depuis l’adoption du vote au suffrage universel direct en 1962. Il est aussi le troisième président de la Ve République à effectuer un deuxième mandat après François Mitterrand (1981-1995) et Jacques Chirac (1995-2007).

Marine Le Pen, elle, améliore de quelque huit points son score de 2017, où elle avait recueilli 33,9 % des voix. La candidate du RN arrive en particulier largement en tête aux Antilles et en Guyane, tempérant ainsi l’impression de succès pour le camp Macron.

« Je sais que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite », a reconnu le chef de l’Etat lors de son allocution de victoire depuis le Champ de Mars à Paris. « Et je veux ici les remercier et leur dire que j’ai conscience que ce vote m’oblige pour les années à venir », a-t-il poursuivi face à la Tour Eiffel, devant plusieurs milliers de personnes agitant des drapeaux français et européens.

Se posant en « président de tous », M. Macron a aussi tendu la main aux électeurs de Mme Le Pen, estimant que « la colère et les désaccords qui les ont conduits à voter pour ce projet doivent aussi trouver une réponse ».

Mme Le Pen s’est, elle, réjouie de voir que « les idées » qu’elle représente « arrivent à des sommets pour un second tour de la présidentielle ». Voyant même dans son score « une éclatante victoire » et la manifestation du « souhait » des Français d’« un contre-pouvoir fort à Emmanuel Macron », qu’elle avait eu au téléphone juste avant. Elle a immédiatement lancé « la grande bataille électorale des législatives », qui auront lieu les 12 et 19 juin.

Pour Emmanuel Macron, cette réélection est une forme d’exploit après un premier quinquennat scandé de crises, des « gilets jaunes » au Covid. Elle place le pays dans la continuité sur ses grandes orientations économiques, européennes et internationales.

A l’étranger, c’est un soulagement pour les partenaires de Paris : la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’est réjouie de « continuer l’excellente coopération » avec la France, le chancelier allemand Olaf Scholz a salué « un signal fort en faveur de l’Europe ». Le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est dit « heureux de continuer à travailler ensemble ».

Sa victoire ne lui offre cependant pas un blanc-seing pour les cinq ans à venir, au moment où l’attendent des défis colossaux, sur fond de guerre en Ukraine et d’inflation galopante. « Les années à venir à coup sûr ne seront pas tranquilles », a-t-il admis dimanche soir, avant de partir pour sa résidence de la Lanterne à Versailles.

D’ores et déjà, Emmanuel Macron a promis de se renouveler en profondeur, tant sur la « méthode » que sur le fond. Une nécessité à la tête d’une France coupée en deux, voire en trois au regard du nombre d’électeurs parmi les 48,7 millions appelés aux urnes qui ont choisi de bouder les isoloirs alors que les trois zones scolaires sont en vacances.

Arrivé au pouvoir il y a cinq ans « par effraction », selon ses propres mots, M. Macron poursuit sa trajectoire personnelle météorique, à la fois classique et inclassable dans un paysage politique qu’il a dynamité.

Mais lui qui avait promis au soir de sa victoire en mai 2017 de « tout » faire pour que les électeurs « n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes » n’a pas réussi à freiner la montée en puissance de Marine Le Pen.

La candidate RN, qui a misé sur le pouvoir d’achat pour se démarquer, sera parvenue à lisser son image, sans rien céder à la radicalité de son projet sur l’immigration ou l’islamisme.

Fin du « plafond de verre »

Vingt ans après l’émergence surprise de Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002, jamais l’extrême droite ne s’est approchée à ce point du pouvoir sous la Ve République.

« C’est difficile de se remettre d’une troisième défaite » mais « dans le paysage des oppositions très éclaté (…) elle restera l’opposante en chef », anticipait le politologue Pascal Perrineau vendredi.

Ce clivage est cependant loin de satisfaire les Français comme en témoigne le niveau de l’abstention, estimé à 28 %, un record depuis la présidentielle de 1969 (31 %).

Le contingent des votes blancs et nuls a atteint 6,5 % (environ 3 millions), soit un niveau élevé mais moins important que le score inédit de 2017 (4 millions).

Emmanuel Macron est « le plus mal élu des présidents de la Vème République », a estimé l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon, arrivé en troisième position le 10 avril avec près de 22 % des voix. Plusieurs centaines de manifestants, principalement des jeunes « antifascistes » et « anticapitalistes », ont protesté contre sa réélection dans quelques villes de France, avec des incidents à Rennes ainsi qu’à Paris.

Place au « troisième tour »

Jouant d’avance la carte de l’unité, M. Macron, qui a beaucoup triangulé à droite dans cette élection, a consenti des inflexions sur son projet pour séduire à gauche : davantage de concertation sur le report à 65 ans de l’âge de la retraite, et plus d’écologie aussi, avec la promesse d’une planification en la matière directement confiée au futur Premier ministre.

La date de son investiture formelle n’est pas encore connue mais interviendra nécessairement avant le 13 mai.

La course présidentielle terminée, s’ouvre maintenant la campagne des législatives où le chef de l’Etat essaiera de conserver sa majorité. Une gageure selon deux sondages publiés dimanche, puisqu’une majorité de Français ne souhaiteraient pas le voir remporter ce scrutin.

A l’extrême droite, Eric Zemmour (7 % au premier tour) a mis dès dimanche soir la pression sur Marine Le Pen, affirmant que « c’est la huitième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen ». « Le bloc national doit s’unir et se rassembler », a-t-il déclaré.

« Le troisième tour commence ce soir », a de son côté lancé Jean-Luc Mélenchon, en demandant de nouveau aux Français de l’« élire Premier ministre ».

Un autre « troisième tour » pourrait avoir lieu aussi dans la rue, où risquent de converger dès le 1er mai tous les insatisfaits du scrutin présidentiel.

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Le discours complet d’Emmanuel Macron au soir de sa réélection (vidéo)

Le président réélu Emmanuel Macron a pris la parole dimanche soir sur le Champ de Mars à Paris, au pied de la Tour Eiffel, où plus de 2.000 partisans étaient rassemblés pour célébrer sa victoire.

«Merci, merci chers amis, chers compatriotes,

Ici à Paris et partout à travers le territoire, en Hexagone, dans nos Outre-mers comme à l’étranger.

Oui, avant toutes choses, merci.

Après cinq années de transformations, d’heures heureuses et difficiles, de crises exceptionnelles aussi, ce jour du 24 avril 2022, une majorité d’entre nous a fait le choix de me faire confiance pour présider notre République durant les cinq années à venir.

Alors je veux remercier l’ensemble des militants, des volontaires, des compagnons de route et élus qui depuis le début m’accompagnent et ont rendu cette élection possible.

Je sais que vous n’avez pas ménagé vos efforts, avez donné tant d’énergie, partagé tant de convictions.

C’est en frappant au coeur que vient la vérité. Merci et je sais ce que je vous dois. Merci.

Je veux remercier l’ensemble des Françaises et des Français qui au premier, puis au deuxième tour m’ont accordé leur confiance afin de faire advenir notre projet pour une France plus indépendante, une Europe plus forte. Et par des investissements et des changements profonds, continuer d’assurer des progrès concrets pour chacun en libérant la créativité, l’innovation dans notre pays et pour faire de la France une grande nation écologique.

Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi non pour soutenir les idées que je porte, mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite.

Et je veux ici les remercier et leur dire que j’ai conscience que ce vote m’oblige pour les années à venir. Je suis dépositaire de leur sens du devoir, de leur attachement à la République et du respect des différences qui se sont exprimées ces dernières semaines.

Je pense aussi à tous nos compatriotes qui se sont abstenus: leur silence a signifié un refus de choisir auquel nous nous devrons aussi de répondre.

Je pense enfin à ceux qui ont voté pour Madame Le Pen dont je sais la déception ce soir.

Non... ne sifflez personne. Depuis le début je vous ai demandé de ne jamais siffler.

Parce que, dès à présent, je ne suis plus le candidat d’un camp mais le président de toutes et tous.

Et je sais que pour nombre de nos compatriotes qui ont choisi aujourd’hui l’extrême droite, la colère et les désaccords qui les ont conduits à voter pour ce projet doivent aussi trouver une réponse. Ce sera ma responsabilité et celle de ceux qui m’entourent.

Car le vote de ce jour nous impose de considérer toutes les difficultés des vies vécues et de répondre avec efficacité aux colères qui se sont exprimées.

Mes chers compatriotes, mes chers amis, aujourd’hui, vous avez fait le choix d’un projet humaniste, ambitieux pour l’indépendance de notre pays, pour notre Europe, un projet républicain dans ses valeurs, un projet social et écologique, un projet fondé sur le travail et la création, un projet de libération de nos forces académiques, culturelles, entrepreneuriales.

Ce projet, je veux le porter avec force pour les années qui viennent, en étant dépositaire aussi des divisions qui se sont exprimées et des différences. Et en veillant chaque jour au respect de chacun et en continuant d’oeuvrer à une société plus juste et à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Alors pour cela il nous faudra être exigeants et ambitieux, nous avons tant à faire et la guerre en Ukraine est là pour nous rappeler que nous traversons des temps tragiques où la France se doit de porter sa voix, de montrer la clarté de ses choix et de bâtir sa force dans tous les domaines et nous le ferons.

Et il nous faudra aussi, mes amis, être bienveillants et respectueux, car notre pays est pétri de tant de doutes, de tant de divisions, alors il nous faudra être forts, mais nul ne sera laissé au bord du chemin.

Alors il nous reviendra ensemble d’oeuvrer à cette unité par laquelle, seule, nous pourrons vivre plus heureux en France, et relever les défis qui nous attendent.

Les années à venir à coup sûr ne seront pas tranquilles. Mais elles seront historiques et ensemble nous aurons à les écrire pour nos générations.

Alors, mes chers compatriotes, c’est avec ambition et bienveillance pour notre pays, pour nous tous, que je veux pouvoir à vos côtés aborder les cinq années qui viennent.

Cette ère nouvelle ne sera pas la continuité du quinquennat qui s’achève mais l’invention collective d’une méthode refondée pour cinq années de mieux, au service de notre pays, de notre jeunesse.

Chacun d’entre nous y aura une responsabilité, chacun d’entre nous aura à s’y engager. Car chacun d’entre nous compte plus que lui-même. C’est ce qui fait du peuple français cette force singulière que j’aime si profondément, si intensément et que je suis si fier de servir à nouveau.

Vive la République! Et vive la France!»