Eurovision 2022: cette rupture inattendue qui a inspiré la chanson du Belge Jérémie Makiese, «Miss You»

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Jérémie Makiese lors des répétitions ce mercredi soir.
Jérémie Makiese lors des répétitions ce mercredi soir. - Isopix

C’est devenu une tradition, depuis dix ans, la RTBF va chercher son représentant à l’Eurovision parmi les candidats de « The Voice Belgique » : Roberto Bellarosa en 2013, Loïc Nottet en 2015 (qui a fini quatrième et a vu sa carrière instantanément mise sur orbite), Blanche en 2017 (également quatrième) et Eliot en 2019 (qui s’est révélé moins chanceux puisqu’il n’a pas passé le cap des demi-finales). Cette fois-ci, c’est Jérémie Makiese, 21 ans, le gagnant de l’édition 2021 du télé-crochet, qui tentera, à Turin, en Italie, de faire briller la Belgique avec sa chanson « Miss you ». « Faire l’Eurovision était vraiment un rêve de gosse », nous confie-t-il d’emblée. « Lorsque je regardais le concours à la télé, je me demandais si je pourrais m’y retrouver un jour. Et ça s’est concrétisé. »

Vous sentez la pression qui monte ?

« The Voice », c’est une chose, mais l’Eurovision, c’est encore un gros cran au-dessus. En plus des 19 000 personnes dans la salle, il y a 200 millions de téléspectateurs derrière leur écran ! Il y a une pression, mais elle est positive aussi. C’est la pression de vouloir bien faire les choses. J’ai envie de profiter du moment.

Vous prêtez attention aux pronostics des bookmakers ?

Je regarde, mais je ne m’y fie pas trop. J’ai grandi dans le foot et je sais qu’un parieur ne gagne pas tout le temps. Moi, tout ce que je veux, c’est faire deux belles performances, montrer que j’ai mérité ma place en donnant le meilleur de moi-même et que la Belgique le ressente.

Vous êtes en tout cas un représentant qui symbolise toute la Belgique : vous êtes né à Anvers, vous avez commencé votre scolarité en flamand, vous êtes parfait bilingue et vos parents sont congolais !

Je suis vraiment le fruit de ce qui a été semé dans le passé de la Belgique et en même temps, le renouvellement du pays. Je suis noir, j’ai grandi ici, je parle les deux langues du pays. Je ne représente pas juste les gens, mais l’histoire de la Belgique et la culture belgo-congolaise.

Vous avez souffert du racisme ?

Oui, mais il ne faut pas être radical. Ce n’est pas parce qu’on a certaines remarques racistes que c’est tout un pays qui l’est. Mais ça existe. Même dans les commentaires sur YouTube ou sur mes réseaux sociaux, il y a des remarques racistes. Mais c’est comme ça, je vis avec.

La musique, vous êtes tombé dedans quand vous étiez petit. Vous venez d’une famille où tout le monde en fait : vos parents, vos trois frères, votre sœur…

On a commencé à chanter ensemble à la maison. J’ai fait un concours à Berchem, une sorte de « The Voice » local, et c’est là que la musique est vraiment entrée dans ma vie. Pour mes parents, je suis un peu la fierté de la famille. Ça me booste.

Vous avez écrit et composé vous-même la chanson de l’Eurovision.

C’était important que ce soit ma chanson. C’est différent d’interpréter quelque chose qui vient de tes tripes et un morceau écrit par quelqu’un d’autre. Il y a une autre puissance.

La musique de la chanson est un mélange de genres, entre soul, gospel, R’n’B, et même du classique ! Un vrai melting-pot.

Ce sont toutes mes influences musicales. Je voulais lier mon titre à la Belgique. On s’est construits avec plusieurs cultures, qu’on a mélangées pour former un pays. C’est ce que j’ai voulu représenter dans mon morceau, en mélangeant tous ces styles pour créer une chanson.

BJ Scott vous a donné des conseils ?

Oui. C’est une coach qui a été très présente après ma victoire. Tout l’été, j’ai fait une tournée avec elle dans toute la Belgique.

« Miss you » (« Tu me manques » en français) semble parler d’une rupture amoureuse dont on a du mal à se remettre. C’est inspiré d’une expérience personnelle ?

Oui, mais pas amoureuse. C’est lié… au foot, dont j’ai du mal à me détacher alors que j’ai dû arrêter de jouer avec mon club pour me consacrer à l’Eurovision. Mais d’autres personnes qui l’écouteront pourront lier le texte à une rupture sentimentale. En fait, ce que j’aime dans ce titre, c’est qu’il est universel, chacun peut le relier à une expérience personnelle qu’il a vécue.

Vous venez de l’évoquer, vous avez une autre passion à côté de la musique : le foot ! Vous avez fait vos armes au BX Brussels, le club de Vincent Kompany, et vous êtes le gardien du Royal Excelsior Virton en division 1B depuis un an…

Mon frère aîné jouait au foot aussi. Après l’école, il n’avait personne dans le quartier pour jouer avec lui. Il était attaquant et il voulait s’entraîner. Du coup, je faisais le gardien pour arrêter ses tirs. Et je suis tombé amoureux de ce sport. Défendre mon goal, ça me faisait kiffer. Mais mon père ne voulait pas que je fasse du foot. Il avait peur que je me blesse. J’ai attendu qu’il parte en voyage pour m’inscrire en cachette au BX Brussels. J’ai forcé le destin. J’ai demandé de l’aide du club pour qu’ils appellent mes parents, qui ont finalement accepté. En voyant que je me donnais à fond, mon club m’a fait monter en équipe première à 16 ans. J’avais tous les jours entraînement. J’ai eu ma formation de gardien avec mon coach Joseph. Il m’a discipliné. Il était presque mon père. Puis, je suis passé par Walhain. Et l’été dernier, j’ai signé à l’Excelsior Virton.

Être chanteur et footballeur en même temps, c’est rare…

Oui. Il y a beaucoup de préjugés. Mais ça fait partie de la vie.

Vous avez néanmoins dû faire un choix cette année entre le foot et la musique, en rangeant momentanément vos gants…

À partir de décembre, j’ai dû faire une pause pour le ballon rond. C’était impossible de mener les deux de front avec quelque chose d’aussi fort que l’Eurovision. Mais le club en est conscient et je compte bien revenir dans les filets de Virton ensuite.

Vous savez justement si vous allez plutôt persévérer dans la musique ou le foot ?

Aucune idée. Je verrai après l’Eurovision. Mais j’ai envie de faire les deux.

Il paraît que vous connaissez bien le Diable Rouge Jason Denayer…

Oui. Ma famille et sa famille se connaissent depuis longtemps. Son petit frère est un de mes meilleurs potes. On a tous grandi ensemble. J’ai dormi chez Jason. Il me soutient à fond pour l’Eurovision.

Vos équipiers de Virton vous encouragent ?

Oui, j’ai reçu beaucoup de vidéos, de messages d’encouragements. Ça me fait un plaisir de ouf !

Et il y a une petite amie qui vous encourage aussi ?

Non, malheureusement. Je suis un cœur à prendre…

« Eurovision 2022 », demi-finale, 12 mai, 21h, la Une.