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À Amiens, l’Institut Faire faces à visage ouvert

« Ce n’est pas un aboutissement mais un début. Ce centre est à la fois fondé sur le passé et lance le regard sur le futur ».

Près de 17 ans après sa première greffe partielle d’un visage réalisée à Amiens, le professeur Bernard Devauchelle peut savourer. L’expertise amiénoise dans cet art singulier de la chirurgie, historiquement forgé dans la Somme avec les gueules cassées de la Première Guerre mondiale, dispose désormais d’un outil de recherche d’excellence. Après 18 mois de travaux, à l’entrée du CHU d’Amiens, l’Institut Faire Faces (IFF) a ouvert le 7 mai.

L’IFF reposera sera sur un socle d’une cinquantaine de chercheurs du laboratoire CHIMERE (pour « CHirurgie IMagerie REgeneration »), dédié à l’étude de la réparation des tissus et organes détruits par les tumeurs, malformations ou traumatismes de l’extrémité céphalique.

Ils seront rejoints par d’autres chercheurs investis dans les pathologies de la tête et du cou, combinant les biothérapies, l’intelligence artificielle, les sciences humaines et sociales, etc. Ils seront issus de nombreuses universités partenaires (UTC de Compiègne, CEA, Bruxelles, Fribourg, Bâle, Boston…).

À l’IFF, on travaillera par exemple sur la régénération osseuse des « becs-de-lièvre » par le recours à des cellules-souches, la rééducation des paralysies faciale ou l’amélioration du traitement des cancers des voies aérodigestives supérieures. « La chirurgie fut d’abord ablative, puis reconstructrice. Elle deviendra demain régénérative, en accédant à sa dimension biologique et d’ingénierie tissulaire », trace Bernard Devauchelle.

Une halle opératoire pour s’entraîner sur des animaux

« Ce bâtiment d’une complexité inouïe a été voulu simple d’approche », décrit Laurent-Marc Fischer, d’Architecturestudio, le cabinet (déjà auteur de l’Institut du monde Arabe à Paris ou du Parlement européen à Strasbourg) qui a conçu ce lieu tout en « design » de 3400 m², posé sur une pente. Ici, « façade » et « face » soignées entendent se conjuguer. Le bâtiment se distingue en particulier par un bloc (une « halle opératoire ») d’entraînement inégalé en France. Placé au niveau -2, il permettra à six apprenants et un enseignant d’opérer en même temps, sur des animaux de moyenne taille (porcs, moutons, lapins). Avec une salle de réveil. Et une autre d’imagerie IRM. Juste à côté, un amphithéâtre de 135 places et un vaste hall d’accueil feront la jonction avec la partie recherche (labos et bureaux) concentrée au 1er étage.

Chaque espace stratégique portera le nom d’un praticien réputé dans la discipline. À l’entrée, le visiteur sera accueilli par une sculpture monumentale (de 9 mètres de haut) réalisée par l’artiste Robert Shad à partir de tubes en acier. L’institut abritera conférences et expos. Un événement autour des masques est déjà programmé pour le 13 octobre.

En attente de son ameublement, l’IFF ne sera pleinement occupé qu’en septembre. À terme, les chercheurs disposeront, notamment, d’une plateforme innovante d’analyse de la mobilité faciale, de deux robots de découpe osseuse au laser de haute précision (900 000 euros), d’un labo de génétique ou encore d’un « IRM de flux » (utile au suivi de la circulation du liquide céphalo-rachidien). « Ici, on ne soignera pas », précise bien le professeur Devauchelle, dont le service de chirurgie maxillo-faciale prend en charge près de 2000 patients par an. L’un d’eux est dans l’attente d’une greffe de visage.

Un acte qui reste exceptionnel : onze ont été réalisées en France, le pays pourtant le plus en pointe sur cette technique avec les États-Unis.

14,5 M € de l’UE et la Région

À l’investissement dans le bâtiment en lui-même – 14,5 millions d’euros, dont 7,6 millions de l’Europe (FEDER) et 6 millions de la Région – s’ajoute tout son équipement (11 M €). Le « business plan » de l’IFF table sur un fonctionnement « de 500 000 euros la première année puis de 1 à 1,5 million d’euros par la suite », selon Bernard Devauchelle. Imaginé il y a douze ans, l’accouchement du projet a achoppé sur son bouclage financier. « Nous avons réuni les fonds il y a dix ans, mais les débats ont été longs avec les autorités de tutelle sur l’équilibre d’exploitation. Et je ne dis pas que l’on a résolu toute l’équation », explique Danielle Portal, la directrice du CHU qui va gérer l’équipement, le temps d’y nommer un directeur, dans le cadre d’une gouvernance voulue sous forme de fondation de coopération scientifique.

Le nouvel institut viendra compléter les outils amiénois (CHU-UPJV) de référence internationale dans le domaine de la recherche en santé, aux côtés du centre de pédagogie Simusanté, mais aussi du GRECO sur la chirurgie robotisée, qui a réalisé une importante levée de fonds cet automne.

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