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De Canteleu au Sénégal, la journaliste Maïram Guissé part sur les traces de sa mère

Le quotidien de Fatoumata a été filmé pendant trois ans, jusqu’à son retour au Sénégal à sa retraite
Le quotidien de Fatoumata a été filmé pendant trois ans, jusqu’à son retour au Sénégal à sa retraite

C’était en 2019. Maïram Guissé se souvient de tout. De l’image de sa mère seule avec ses valises. Du son des roulettes qui frottent sur le bitume. « Je rentrais d’un footing. Elle est venue vers moi. Je l’ai observée et je me suis interrogée : “Mais qui est la femme derrière ma mère ?  ”» De son père, Sénégalais arrivé en France en 1973 pour travailler, elle connaissait déjà tout. « Le rapport avec lui était déjà très installé, raconte-t-elle. Ma mère était plus pudique. » La journaliste n’en connaissait que « des bribes de vie », entendues pendant son enfance.

Longtemps, les histoires d’immigration ont raconté ces générations d’hommes venus en France y combler un besoin de main-d’œuvre. Celles de ces femmes, qui les ont suivis, restent méconnues. Comme oubliées. Pourtant, elles détiennent leur lot de richesses. Elles convoquent la solitude issue d’un exil douloureux, le tiraillement entre deux cultures, que tentent de chasser des rêves de liberté.

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Hommage à cette population de travailleurs « invisibles »

Pendant trois ans, Maïram Guissé a filmé le quotidien de sa mère à Canteleu, jusqu’à son retour au Sénégal à sa retraite. La journaliste s’est longtemps posé la question sur la pertinence de son projet, sans doute le plus personnel. « Après la première interview, je me suis dit : “Comment je vais faire ?” Je voulais absolument respecter la pudeur de ma mère. Dans nos échanges elle éludait beaucoup de choses. Mais j’en apprenais aussi. Je l’ai ensuite entendue raconter notre entretien à son amie Tata Ken. Elle était morte de rire. C’est à ce moment que j’ai perçu qu’il y avait bien quelque chose à raconter sur cette amitié entre femmes, comment elles sont construites ensemble. »

À l’image, on y décèle le portait d’une « femme de caractère, déterminée, têtue mais qui ne s’est jamais plainte ». Maïram Guissé loue le courage de sa mère qui, à 40 ans, a réalisé ses premiers CV puis s’est usée à gagner sa vie en faisant des ménages jusqu’à sa retraite. Sa façon à elle de conquérir sa liberté. Derrière le portrait de Fatimata, se cache également un bel hommage à cette population de travailleurs qu’on « voit sans vraiment les regarder. J’ai été frappée par cette invisibilisation. Je voulais mettre en lumière ces gens-là. »

Photo Jules Dalod-Danes

« J’ai compris des choses de mon histoire »

Dans son documentaire, le reste de la famille de Maïram Guissé (son père et ses cinq frères et sœurs) n’apparaît quasiment pas. « Je souhaitais me concentrer sur ma mère, la femme qu’elle est. Je ne voulais pas lui confisquer la parole. » Elle-même n’en est pas ressortie indemne. « J’ai compris des choses de mon histoire avec ce documentaire. »

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Désormais, elle sait d’où vient cette force de caractère qui l’anime. Ainsi que ce refus, depuis l’enfance, du rôle de la femme qu’une société encore très patriarcale, voulait lui donner. Sûrement, provient-elle de sa grand-mère qui, à l’époque où l’école se refusait aux jeunes filles, se cachait pour s’y rendre.

Lundi 9 mai 2022, lors de l’avant-première à l’ECFM de Canteleu, Fatimata découvrira pour la première fois le regard que sa fille porte sur elle. « J’ai un peu la pression, c’est sa vie qui va être diffusée. » Maïram Guissé, elle, se dit fière du travail accompli. Fière d’avoir découvert d’autres facettes de sa mère. Dont l’une qui ne cesse de l’étonner. Fatima lui a demandé de lui créer des comptes sur les réseaux sociaux Snapchat et Tik Tok. « Si elle était née à notre époque, j’en suis sure, ma mère serait une vraie influenceuse ! »

La vie de ma mère, un documentaire de Maïram Guissé (52mn), produit par Upian et Dipenda. Diffusion les 19 et 23 mai sur France 3 Normandie.

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