La grande interview de Georges-Louis Bouchez: «Je ne juge personne, mais aujourd’hui, certains politiques craignent le contact direct avec le citoyen»

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« Si on m’invite, plus de 9 fois sur 10, j’y vais. »
« Si on m’invite, plus de 9 fois sur 10, j’y vais. » - Photonews

Omniprésent, il ne laisse jamais indifférent les citoyens comme ses opposants. Cette semaine, dès lundi, il s’est insurgé sur la limitation de la pub pour les jeux de hasard.

Une erreur cette proposition du gouvernement fédéral ?

« On n’a pas un état des lieux précis des personnes qui sont addictes. La priorité est de lutter contre l’addiction, la dépendance et le surendettement et pas d’interdire toute la publicité. Je trouve cela excessif. »

Quelles solutions alors ?

« On pourrait par exemple, maintenir le nom du sponsor sur le maillot et obliger l’opérateur qui fait la pub à faire de la sensibilisation et de l’éducation au jeu. On peut aussi réguler les montants joués sur une journée… on peut interdire aux entreprises d’offrir les premiers paris ou 10 euros pour jouer chez soi… »

Certains parlent de conflit d’intérêts ?

« Pour mon implication aux Francs Borains ? La remarque la plus drôle du monde. Par rapport à certains de mes collègues, je suis dans la vie réelle et je connais les difficultés pour trouver des sponsors. Je ne suis pas d’accord que l’on prive de plusieurs milliers d’euros, la culture, le sport… surtout que les Belges pourront jouer sur d’autres sites étrangers. C’est une vision puritaine des choses. Certains nous disent qu’il faut interdire la pub pour les voitures parce que c’est polluant, d’autres pour la malbouffe… on peut aussi interdire aux gens de vivre. Qui va financer cela ? Les vendeurs de quinoa ? »

Et vous, vous jouez ?

« Je n’ai jamais joué. Je ne bois pas. Je ne fume pas. Mais je considère que les gens ont le droit dans une société libre de jouer, de fumer et de boire. »

Qu’est-ce qu’on fait de la Loterie nationale ?

« Est-ce qu’on peut m’expliquer la différence entre Bruges-Anderlecht et les 7 bons numéros qui vont sortir ? La Loterie nous explique que l’on peut devenir scandaleusement riche depuis des années, mais cela ne pose aucun problème ! Cela n’a pas de sens parce qu’on pourrait voir la pub sur les maillots de foot de la Champions League… »

Comment protéger vraiment les familles ?

« L’addiction ne vient pas par la pub. Dans une démocratie libérale, protéger les gens, c’est les informer, les éduquer. Il faut donner des informations dans les écoles, auprès des parents. Améliorer les règles de contrôle des cartes d’identité quand on joue en ligne, je suis prêt à aller très loin pour mieux réguler le secteur… »

Energie: «Garder quatre réacteurs nucléaires»

Energie: «Garder quatre réacteurs nucléaires»
Photonews

Que faire pour diminuer le coût de l’énergie qui plombe les factures ?

« Nous avons demandé des solutions concrètes à long terme à la ministre Tinne Van der Straeten qui doit aussi avancer sur le dossier du nucléaire. Pour ma part, je pense que l’on doit passer de deux à quatre réacteurs (à conserver). ».

Pourquoi cette volonté d’être populaire en Flandre ?

« J’ai fait un choix, c’est défendre une ligne politique forte. Elle permet le débat. Cette ligne est moins stigmatisée en Flandre. Mon objectif est de promouvoir la Belgique. J’ai la conviction profonde que le clivage n’est pas francophone-néerlandophone, mais gauche-droite. Je suis en train d’en faire la démonstration. C’est pour cela que je veux débattre en Flandre. Il faut quand même être conscient qu’à chaque fois, le résultat des élections en Flandre nous impacte directement. »

Et ce débat avec le Belang ?

« Je rappelle que je ne veux légitimer personne. C’est quand même un drôle de signal de dire qu’à chaque fois que l’on débat avec l’extrême-droite, on perd. Macron a donné un autre signal. Je pense que Macron ne fait pas un aussi bon score, s’il ne débat pas avec Marine Le Pen. Les sondages l’ont montré d’ailleurs. »

Vous avez quand même signé la nouvelle charte…

« On a signé, mais qu’on ne me dise pas que les francophones n’ont pas regardé les débats de Marine Le Pen à la TV pour les élections françaises. C’est la pleine hypocrisie. On se rappelle que tout le monde a applaudi Macron qui allait débattre contre Marine le Pen pour déconstruire son discours. De plus, quand le PTB ne signe pas la charte pour la démocratie, je n’ai pas vu de polémique. Cela se voit qu’il y a deux poids, deux mesures. »

Comment débattre alors ?

« Il faut arrêter de croire qu’aujourd’hui, les gens qui votent pour le Belang vont arrêter de voter pour eux si on leur dit que c’est un parti raciste. Il faut les déconstruire sur le programme socio-économique, la sécurité, l’environnement… La plus grosse faiblesse du Belang, c’est le programme socio-économique. Le Belang, c’est la faillite de la Flandre. J’invite les partis flamands à faire la même chose. Ils doivent être conscients que le Belang a fait la même chose que le PTB, ils se sont normalisés. »

V.LI.

«Beaucoup de politiques craignent le contact direct avec le citoyen»

Il y a une déconnexion du politique et du citoyen ? Comment résoudre le problème ? Faire plus de porte-à-porte ?

« Je ne juge personne, mais aujourd’hui, beaucoup de politiques craignent le contact direct avec le citoyen. Évidemment, cela a un côté épuisant. À chaque personne, il faut recommencer le travail de conviction. Ce contact fait partie de mon boulot. N’importe quel militant peut obtenir un rendez-vous avec moi au siège du parti. Ce n’est pas parce que l’on devient président de parti que l’on ne va plus au contact. Au contraire, je dois profiter de mon statut, de ma notoriété et de ma connaissance des dossiers pour être au contact le plus direct. »

Pourquoi ce fossé ?

« Aujourd’hui, certains responsables politiques écoutent trop leurs communicants, leurs conseillers qui leur demandent de se préserver. Cette théorie générale n’est pas bonne. La politique se fait dans la rue, dans les marchés. »

Et sur Twitter ?

« Twitter, c’est la rue numérique. Ce n’est pas le même public. Sur Twitter, vous essayer d’influencer les bien-pensants, les leaders d’opinion… Je fais les deux. »

Vous allez partout où l’on vous invite ?

« Si on m’invite, plus de 9 fois sur 10, j’y vais. Quel que soit le nombre de personnes ou le grade des personnes qui seront dans la salle. Je viens d’une famille de sans-grade, je déteste que l’on méprise les sans-grade. Cela m’énerve. Pour moi, le comportement le plus méprisable est celui de ceux qui sont forts avec les faibles et faibles avec les forts. Je déteste cela. C’est une question d’éducation et de valeur. »

Qu’est-ce qui vous détend le plus ?

« J’aime ce que je fais. Je n’ai pas le sentiment de travailler. J’aime le sport et la course automobile. Ce qui me détend, c’est que je suis curieux de tout. »

Vous arrivez à vivre sans vos deux téléphones ?

« Je ne m’éloigne jamais d’eux, sauf quand je conduis en course. Je le vis bien, mais cela peut parfois être plus difficile pour mes proches. Mon entourage le comprend. »

Et le jour où vous aurez un enfant, si cela arrive ?

« Si on fait des enfants, c’est pour s’en occuper. »

Et si vous n’étiez pas politique ?

« Je ne déconnecterai pas non plus dans le domaine où je serai. C’est un état d’esprit. »

V.Li.

«Je n’aime pas la façon dont on jette les gens dans cette société»

On ne le sait pas toujours, mais à l’ULB, vous avez fait votre travail de fin d’études, sous la direction de Marc Uyttendaele… Le contact est resté ?

« On se parle quand on se croise et cela se passe très bien. J’ai gardé des contacts avec une série de personnes avec qui je ne suis pas d’accord sur de nombreux aspects. »

Des gens à qui vous ne parlez plus ?

« Je n’aime pas la façon dont on jette les gens dans cette société. Cela me choque. J’ai déjeuné un jour avec un responsable politique de haut niveau qui avait été écarté. La direction de son parti, qui nous a vus sur le trottoir, a changé de trottoir pour ne pas devoir le saluer. Cela me rend dingue. »

Vous avez aussi travaillé avec Didier Reynders ?

« On peut échanger des messages avec Charles, Didier, Louis. J’aime la loyauté. Même chose avec les personnes avec qui on a lancé « Mons en mieux ». Quand ils m’ont suivi en 2018, peu de gens auraient misé sur moi. Ce n’est pas parce que je suis président de parti que je pourrai oublier tout cela. »

Pourquoi ?

« Un moment donné, il y a des gens qui vous font confiance et sans eux, vous ne pouvez pas arriver où vous en êtes… Je n’attends rien des autres. Je considère toujours que c’est admirable quand quelqu’un fait quelque chose pour vous. »

V.Li.

«Louis Michel? Un peu comme mon grand-père»

Avec Louis Michel, vous vous étiez affronté sur le vote obligatoire à l’époque ?

« Je n’ai pas connu mes grands-parents. Louis Michel est un peu comme mon grand-père aujourd’hui. On peut se dire des choses très dures, très franches. Il a fait du Mouvement libéral, un mouvement populaire. Il vit pour la politique. C’est un animal politique. »

Un air de famille ?

« On peut dire ce que l’on veut de moi (que je sois bon ou pas), mais on ne peut pas me retirer que je vis la politique. J’ai un feu politique en moi qui a toujours existé. Quand on partage des valeurs libérales, on sait que l’opposition sur un sujet ne fait pas une opposition de personne. On n’est pas obligé d’être d’accord sur tout… Ce qui compte, c’est la force du projet commun. Comme lui, je suis très proche des sections locales. Il a inventé le 1er mai libéral et je suis allé à Herstal cette année. Il voulait tout gérer dans le parti… et j’aime gérer beaucoup de choses dans le parti. »

Cette soif de la politique depuis tout petit ?

« Depuis aussi longtemps que j’arrive à me souvenir. »

Transmis par qui ?

« Personne dans ma famille n’est branché politique. Mes parents s’informent et ont des convictions. Le rapport au travail me vient de mes parents. »

V.Li.