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François-Xavier, passeur d’humanité sur le chemin de l’exil

Depuis une dizaine d’années, François-Xavier héberge chez lui des jeunes migrants.
Depuis une dizaine d’années, François-Xavier héberge chez lui des jeunes migrants. - Photo Florent Moreau

Après avoir roulé sa bosse sur les marchés de la région, l’ancien commerçant aurait pu aspirer à une paisible retraite. Se consacrer au dessin et à la peinture, son dada. « Voici mon atelier ! Dans quelques jours, ce sera une chambre », explique François-Xavier, 68 ans. Natif de Templeuve, il a vécu à Wattrelos où il a fondé une famille de cinq enfants. François-Xavier s’installe à Lille au début des années 90 à la suite de son divorce. Il vit aujourd’hui à deux pas du théâtre Sébastopol, rue Solférino  : « Nous sommes au troisième », dit-il en grimpant, le pas sportif, les escaliers de sa résidence. Nous ? « Oui, avec mes petits protégés », sourit François-Xavier.

« J’ai eu l’impression de l’abandonner »

En cinq ans, le retraité a accueilli une dizaine d’exilés chez lui. Pour trois nuits ou pour trois ans, chacun d’entre eux a trouvé une place dans sa vie et dans cet album photo qu’il parcourt avec beaucoup d’émotion. Il a rencontré Djalil un soir d’hiver alors qu’il promenait son chien dans le quartier : « Il frappait à la porte d’une association dont il avait eu l’adresse mais c’était fermé à cette heure-là. Il a tapoté quelques mots sur le traducteur de son téléphone portable… Il arrivait d’Afghanistan, il était mineur, un garçon dévasté. C’était impensable pour moi de le laisser dehors. »

François-Xavier lui propose de l’héberger pour la nuit. « Je ne savais pas trop comment l’aider… Alors, le lendemain je l’ai emmené à la préfecture… Je pensais bien faire, je voulais qu’il soit protégé », livre le retraité. « J’ai eu l’impression de l’abandonner », poursuit-il, submergé. Le jeune garçon est placé dans un foyer pour mineurs non accompagnés. « Quinze jours après son arrivée, il a appris le décès brutal de sa mère et m’a appelé pour organiser une petite cérémonie. Je lui ai apporté quelques bougies et le portrait de sa maman que j’ai dessiné à partir d’une photo… »

Des concessions

Bénévole auprès de L’île de solidarité, François-Xavier fait également partie de Migraction –dont les membres hébergent des migrants de Calais le temps d’un week-end pour leur permettre de souffler– et Utopia 56 qui met en lien des mineurs migrants et des familles d’accueil. C’est par ce biais que François-Xavier a accueilli Moktar et Aboubakar, deux jeunes guinéens, pendant trois ans. C’était en 2017. Comme beaucoup d’autres migrants, les deux garçons étaient passés par le tristement nommé « squat cinq étoiles ».

« On ne peut pas rester indifférent à leur détresse. Ils ont vécu l’horreur. Ils arrivent dans un état de stress et d’anxiété que l’on n’imagine pas. Je ressens leurs peurs, leurs doutes, je perçois ces moments où ils cherchent leur maman… Mais on ne parle pas de ces choses-là, on va de l’avant », observe François-Xavier, fier d’évoquer le brillant parcours de Fahim qui a entamé des études de cuisine.

Un lit, une douche, un repas chaud, un film nul à la télé… C’est le début de la dignité chez François-Xavier. Son auberge espagnole à lui. La cohabitation implique quelques concessions. « Non, je n’ai jamais eu peur en leur ouvrant ma porte. Mais mentalement, il faut être solide », reconnaît le retraité pour qui c’est aussi un budget.

Son choix n’est pas toujours compris par son entourage : « C’est beau mais pas chez moi… », résume le retraité. La maladie – il se remet d’un cancer – n’a pas arrêté François-Xavier : « Les garçons venaient me voir à l’hôpital… Les médecins m’ont dit : il va falloir arrêter tout ça. Jamais de la vie ! »

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