Tom Cruise et l’art de la mégalomanie cinéphile: la star du cinéma se confie à l’occasion de la sortie de la suite de Top Gun

Tom Cruise et l’art de la mégalomanie cinéphile: la star du cinéma se confie à l’occasion de la sortie de la suite de Top Gun
Reuters

La salle remplie à ras bord l’accueille telle une rock star ! C’est que l’air de rien, Tom Cruise est devenu l’un des derniers survivants du Hollywood d’avant Marvel. Face à l’avalanche d’effets numériques de la bande à Spider-Man, ce bon vieux Tom a gardé sa place de gourou du box-office en défendant un cinéma d’action ambitieux, certes, mais toujours artisanal.

C’est sûr, il se la ramène parfois trop en exécutant toutes ses propres cascades, ou en décidant d’aller tourner son prochain film dans l’espace avec Elon Musk (sic !). Sans oublier son soutien sans bornes à la scientologie, bien entendu. N’empêche, avec ses images fabriquées à l’ancienne et toujours plus spectaculaires, il est le seul à encore produire des films d’action qui font réellement trembler les sièges. Voici quelques morceaux choisis de la leçon de cinéma du mégalo le plus talentueux de Hollywood !

Un vrai cinéphile

Ce qui distingue Tom Cruise des bras musclés lambda, c’est sa cinéphilie quasiment obsessionnelle. « À quatre ans, je savais déjà que je voulais faire des films. Vous voyez le gosse qui saute d’arbre en arbre sans penser au danger, c’était moi. Sauf que je le faisais pour apprendre. Plus tard, quand j’ai commencé à me faire de l’argent de poche, je le dépensais en allant au cinéma ».

Dès son second film, « Taps », tourné à dix-neuf ans à peine, le petit Tom passe de poste en poste sur le plateau pour tout comprendre. « Je ne sais pas si j’étais précoce ou un peu arrogant… ». Pas le temps de finir sa phrase, la salle rit en chœur en choisissant tacitement la deuxième option, et Cruise hoche de la tête en retour. « Je posais des questions à tout le monde. Un jour, le réalisateur m’a invité à visionner les scènes déjà tournées et il m’a conseillé de regarder l’écran sans penser à ma propre image mais en imaginant ce que les spectateurs allaient pouvoir comprendre. Là, j’ai réalisé que, selon le positionnement d’un acteur dans le cadre, on peut raconter des histoires différentes. Un plan serré n’est pas un plan de plain-pied, et tous ces choix de photographie, de lumière, de son, ou de montage aident à raconter l’histoire qu’on a en tête. Ce conseil, je l’ai gardé en tête toute ma vie. »

Le sens du danger

Mais pourquoi s’ennuyer à réaliser ses propres cascades ? Et pourquoi en faire carrément l’argument de vente de ses films, comme dans la saga « Mission : Impossible », où Monsieur Cruise s’accroche à la plus grande tour du monde (MI4 : Ghost Protocol), quand il n’est pas en train de s’agripper à un avion en plein décollage (« MI6 : Fallout ») ?

« Ce n’est pas pour parler de moi, c’est pour servir l’histoire » ! La phrase provoque de petits rires en coin dans tout le public. « Si, si ! Je me demande constamment ce que je peux faire pour entraîner le public, et vraiment le toucher dans ses émotions. Et justement, ‘Mission : Impossible’ est le premier film sur lequel je suis devenu producteur en plus de jouer. J’ai donc proposé d’adapter cette vieille série américaine et là, plein d’amis m’ont dit que c’était la pire idée que j’avais jamais eue (rires). Bref, on l’a fait, et dès le début, je me suis demandé ce que je pouvais faire, moi, pour rendre le film singulier d’un point de vue artistique. J’essaie toujours d’apprendre quelque chose de neuf sur un film, comme la danse de ‘Risky Business’ par exemple. Eh bien je suis passé des cours de danse, à ceux de vol en hélicoptère (rires) ! Et je l’ai fait en me demandant, bien entendu, où je pourrais placer une caméra. Le but étant toujours de créer une expérience unique pour les spectateurs. »

« On ne demandait jamais à Gene Kelly pourquoi il dansait », poursuit-il. « Eh bien moi, je fais des scènes de cascade ». Un goût du risque apparemment développé depuis son plus jeune âge : « Je crois que j’avais près de cinq ans, et j’avais cette petite figurine avec un parachute en toile. Je me suis dit, il faut que je fasse pareil (rires) ! J’ai pris les draps de mon lit, suis monté sur le toit, et j’ai sauté… Vous voyez cet instant où on se lance, et où on réalise que ça ne va pas marcher ? Ce jour-là, j’ai vu des étoiles ! »

« Si on parcourt sa filmographie, Tom Cruise est l’acteur américain avec la meilleure moyenne qualitative. Même John Wayne a fait plus de flops », annonçait le directeur du festival, Thierry Frémaux, en introduction. On a presque envie de rouler des yeux mais force est de constater que « Rain Man », « Né un 4 juillet », ou « Entretien avec un vampire » ont très bien passé le test du temps, comme à peu près tous les films du casse-cou. Mais quels sont ceux dont on lui parle encore et toujours ?

« ‘Risky Business’ et ‘Jerry Maguire’… Et ‘Top Gun’ aussi, en fait ». Toujours ce sens naturel de la promo ! « Il y a ce truc bizarre en moi, c’est ma mémoire. Je me souviens de toutes les prises que j’ai tournées. Toutes ! Sans doute parce que je pense à tous les éléments qui composent l’image et la tonalité de la scène. Par exemple, avec Nicole et Stanley (Kidman et Kubrick, NdlR), on a tourné une scène de ‘Eyes Wide Shut’ sous toutes les coutures. Et quand on a enfin trouvé la bonne façon, eh bien on n’arrivait pas à mettre de mots sur ce qui fonctionnait. Mais on l’a senti… Et aujourd’hui, je m’en souviens » !

Passer le flambeau ? Quel flambeau ?

Dans la suite de « Top Gun », un général dit à Maverick : « La fin est inévitable pour les gens comme vous ». Mais que lui répond Cruise ? « Peut-être, mais pas aujourd’hui ! » Un sentiment de jubilation parcourt la salle entière quand il prononce ces quatre mots. « Quand j’avais dix-huit ans, je me suis fixé des objectifs pour être certain que je me frotterais à toutes les formes de cinéma différentes, pour apprendre. Les gens ont parfois douté de mes choix, me les ont même reprochés, mais j’ai toujours eu cette certitude en moi qu’il reste de nouvelles histoires à raconter ». Une bien jolie mission, qu’il semble avoir acceptée.

« Top Gun : Maverick » sort dans les salles le 25 mai.

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