Festival de Cannes: fidèle à lui-même, David Cronenberg choque et divise, «je suis le seul à avoir quitté la salle... je devais aller aux toilettes»

Viggo Mortensen et Kristen Stewart.
Viggo Mortensen et Kristen Stewart. - D.R.

Avec ses envoûtantes scènes de chirurgie érotique, et un rôle en or pour Kristen Stewart, « Crimes of the Future » n’a pas déçu. Rencontre !

Bonjour David Cronenberg ! Vous aviez déclaré avant le festival que les gens quitteraient la salle après sept minutes à peine. Comment s’est passée la projection ?

Le seul à avoir quitté la salle, c’est moi ! Je devais aller aux toilettes. Personne d’autre n’est parti sur les deux mille personnes présentes. Je m’étais donc trompé. Mais j’ai entendu dire qu’il y avait eu des départs parmi les journalistes, dans la salle voisine. Mais ça, on m’a dit que ça arrivait assez fréquemment. Avec « Crash » (un de ses films les plus sulfureux, présenté à Cannes en 1996, NdlR), plein de gens ont quitté la salle principale. Ils étaient vraiment fâchés. « Crimes of the Future » n’est pas le même film et nous ne vivons plus à la même époque. Les sensibilités ont sans doute évolué. Mais est-ce que ce film repousse les limites de l’acceptable ? Je ne sais pas, même si je n’ai jamais vu de film comme celui-ci ailleurs, grâce à ses scènes de performances chirurgicales entre autres. Remarquez, les gens sont plus habitués aux images d’opération qu’avant. C’est comme les gens qui se font opérer des yeux. Ils vont tous sur YouTube avant de passer sur le billard pour voir à quoi s’attendre. C’était inimaginable avant l’arrivée d’internet. Les modifications corporelles sont aussi beaucoup plus communes et visibles qu’avant. Les gens se font des liposuccions, des implants et regardent des vidéos d’opération avant pour se décider.

Vous offrez un rôle en or à Kristen Stewart. Pourquoi avoir pensé à elle ?

Elle joue l’antagoniste de Viggo Mortensen et Léa Seydoux, me permettant de suggérer l’état du monde existant hors-champ. Son personnage fait partie d’un duo de personnages incarnant la bureaucratie extrême de cette société futuriste. Un monde que je ne voulais pas présenter scolairement en détaillant où nous sommes géographiquement, comment le gouvernement fonctionne, et cetera. Au départ, c’est une petite souris timide, qui bientôt se révèle ambitieuse, agressive, déviante et capable de trahison. C’est pour ça que Kristen était intéressante pour le rôle. Elle a cette capacité de révéler son personnage graduellement.

Le film dessine un monde où la chirurgie remplace le sexe. Comment avez-vous érotisé les scènes de scalpel ?

Vous le trouvez érotique ? Beaucoup de journalistes me l’ont dit et ça me surprend un peu car, techniquement, il n’y a pas de sexe dans le film. Je leur réponds que oui, il y a bel et bien du sexe mais seulement s’ils acceptent la chirurgie comme son alternative (rires) ! La plupart des gens n’érotisent pas un coup de scalpel mais mes personnages bien. Cela dit, c’est un monde très sensuel, organique et viscéral. Je pense que la perception d’érotisme vient de là. C’est paradoxal mais quand le sexe n’a plus lieu, il trouve une nouvelle façon de s’exprimer.

Comment avez-vous imaginé la scène de performance avec l’homme se greffant des oreilles partout sur le visage ?

J’ai écrit le scénario il y a vingt ans déjà. À l’époque, il s’agissait d’un homme bionique détruisant tout autour de lui. Mais depuis, il y a eu « Iron Man » et consorts. L’idée était dépassée et j’ai pensé à un message plus actuel. Celui d’un performeur ne sachant plus parler, mais destiné à écouter pour l’éternité.

Quels sont les crimes du futur suggérés par le titre ?

Le film en lui-même, vous ne pensez pas (rires) ? Non, ce sont les crimes qui surgiront avec les avancées technologiques à venir. Il y a trente ans, hacker un compte email n’était pas un crime, puisqu’on ne pouvait tout simplement pas le faire. Par exemple, on parle de plus en plus aujourd’hui du hacking de voitures Tesla pour provoquer des accidents. Ça ne ferait pas un mauvais film, d’ailleurs. Croyez-moi, vous en verrez un sur ce sujet dans pas longtemps !

« Crimes of the Future », en salle depuis le 25 mai