Abonnez-vous au journal de votre région et recevez en cadeau une montre connectée Samsung Galaxy Watch4 ou un robot multifonction Domo

En tournée avec Charles, le seul facteur de France en barque, dans le marais de Saint-Omer

Vidéo

Le facteur

Il n’avait jamais posé le pied dans le marais. Ni conduit une barque. Longtemps, être facteur du marais a été le rôle d’un seul homme, avant qu’il ne prenne du galon. Une factrice est nommée, « elle avait un problème à l’épaule, par souci de sécurité, elle a préféré arrêter », raconte Charles Defroost.

C’est à lui qu’on propose de prendre la succession, à la fin de l’été 2021. « Au début, j’étais hésitant, concède le jeune homme, 24 ans, originaire d’Aire-sur-la-Lys. On arrivait à une période proche de l’hiver. Et puis j’ai fait une journée, j’ai adoré. » Lui qui devait reprendre ses études à l’issue d’un premier contrat n’est jamais retourné à l’école, qui ne lui plaisait pas – il étudiait le marketing, le commerce et la communication. Facteur dans le marais, « c’est mieux quand il y a du soleil, sourit-il alors que ce jour-là, il se met à pleuvoir. Mais c’est génial ».

La tournée

La journée commence à 6 h 45, avec la partie tri, au centre du courrier d’Arques. À 9 heures, début de la distribution, d’abord en voiture, jusqu’aux boîtes CIDEX, pour courrier individuel à distribution exceptionnelle, qu’on regroupe dans les endroits reculés pour faciliter son acheminement, puis en barque, pour les maisons qu’on ne peut atteindre qu’ainsi, une cinquantaine sur les territoires de Saint-Omer, Salperwick, Tilques et Serques. Pour s’y retrouver, l’ancien facteur a dessiné un plan, qui reprend le chemin à parcourir. En vert, les résidences secondaires, en rouge, celles qui sont habitées à l’année. « Ce qui est étonnant, c’est qu’il n’y a pas d’adresse, sourit Charles Defroost. Pour savoir où ils habitent, on est obligé de connaître le nom des gens. » Le facteur s’y est vite retrouvé. Même pour conduire la barque dans les voies d’eau étroites. Avec le printemps, les algues reviennent et se coincent dans l’hélice du moteur. En un tour de main, Charles Defroost s’en débarrasse. « Il faut apprendre à se débrouiller. »

Le facteur du marais distribue, en barque, le courrier à une cinquantaine d’habitations inaccessibles en voiture.
Le facteur du marais distribue, en barque, le courrier à une cinquantaine d’habitations inaccessibles en voiture.

La parenthèse

Cet hiver, la tournée a été interrompue pendant plus de six mois. C’était l’époque où les vols de moteurs de bateaux se multipliaient dans le marais, comme de nombreux habitants, La Poste en a été victime. C’était presque au moment où son lieu de départ, pour « des raisons logistiques », assurait La Poste, mais vraisemblablement plutôt pour une question d’image, avait été transféré à la Maison du marais. « Même si on ne passait pas en barque, j’appelais plus facilement, assure Charles. Il y avait des colis, pour des objets importants, on se rejoignait quelque part. Le contact était quand même établi. » Début avril, la tournée a repris. Le facteur a renoué avec l’image de carte postale, savamment entretenue – la tournée du marais est la seule effectuée en barque en France. « L’été, les touristes me prennent en photo », s’amuse-t-il. Et avec son rôle social, « pour les plus âgés, je suis parfois la seule personne qu’ils voient dans la journée, quand ils entendent le bruit du moteur, ils sortent ». Charles Defroost prend « sur [s]on temps pour discuter, c’est agréable ».

La barque

Depuis 2016, c’est un bacôve en bois, typique du marais, peint en jaune. Mais il est en réparation, l’hiver, les intempéries l’abîment. En attendant, Charles Defroost effectue sa tournée dans une barque en plastique vert, avec moteur thermique. Dans l’attente d’un électrique – là aussi, il y a eu des complications, le premier, plus fragile, a mal passé l’hiver – avant l’arrivée des pièces pour le réparer, un moteur à essence joue les remplaçants. Pour l’électrique, « le fabricant ne s’engage plus sur un délai, mais c’est sûr, c’est plus agréable, on profite plus facilement du moment avec le silence. Deux heures avec le moteur tout le temps dans les oreilles, c’est plus fatigant ».

Charles Defroost a aussi un rôle social. «pour les plus âgés, je suis parfois la seule personne qu’ils voient dans la journée, quand ils entendent le bruit du moteur, ils sortent.»
Charles Defroost a aussi un rôle social. «pour les plus âgés, je suis parfois la seule personne qu’ils voient dans la journée, quand ils entendent le bruit du moteur, ils sortent.»

Le marais

La navigation est aisée. Le seul truc, c’est de ne pas tomber en panne. C’est arrivé une fois à Charles Defroost. « Le Bon accueil (qui prête la barque) est là pour me donner des conseils sur ce que je peux faire. Mais dans le marais, il y a énormément de solidarité. La fois où je suis tombé en panne, on m’a prêté un moteur. » Il faut juste faire attention aux canards et à leurs petits, « c’est la saison », sourit Charles Defroost. Lorsqu’il les croise, il ralentit. Pareil pour les cygnes. Mais là, c’est plus parce qu’ils attaquent volontiers. Dans le marais, l’ennemi du facteur n’est pas le chien. Mais le palmipède.

Téléchargez notre nouvelle appli Sudinfo

Téléchargez notre nouvelle appli Sudinfo