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Sous les jupes des géants du Nord

Vidéo
Sous la jupe des géants, une armature métallique et des épaulettes qu’il faut régler à sa taille. Ce jour-là, Jean le Bûcheron a paradé avec 63 autres géants dans les rues de Lens.
Sous la jupe des géants, une armature métallique et des épaulettes qu’il faut régler à sa taille. Ce jour-là, Jean le Bûcheron a paradé avec 63 autres géants dans les rues de Lens. - PHOTOS BAZIZ CHIBANE

À ma droite, Jean le bûcheron, moustache agressive, casque de guerrier, 90 kilos sur la balance, 4,5 mètres sous la toise. À ma gauche, Pierre-Laurent le tonsuré, journaliste à la Voix du Nord, bras de phasme, 1,87 m, à peu de chose près le même poids sur la balance. A priori, le combat s’annonce inégal entre le géant venu de Steenvoorde et le plumitif. Mais ménageons notre suspense et revenons quelques minutes en arrière.

On commence par le cadre d’abord. Nous sommes à Lens en fêtes, traditionnel rendez-vous de la capitale footballistique de l’Artois. Et, ce dimanche, c’est la parade des géants. Une parade absente du calendrier des festivités lensoises depuis 2019 en raison du Covid. Et qui, cette année, a joliment rebondi avec 64 géants et 15 fanfares venus de toute la région et même de Belgique.

Notre choix finit par s’arrêter sur la silhouette altière d’une sorte de gaulois

Il est peu avant 14 heures, horaire prévu pour le départ de la parade. Nous tentons une petite promenade sur le parking où les géants patientent avant de se jeter dans la foule. Le regard scrute l’horizon, cherchant automatiquement celui qui rend les autres géants petits. On n’a pas mesuré tout le monde mais notre choix finit par s’arrêter sur la silhouette altière d’une sorte de gaulois. Vous l’avez déjà compris, c’est Jean le bûcheron. Alors, on a pris quelques renseignements sur l’adversaire. Et c’est Benoît Bellengier, trésorier de l’association les amis de Fromulus, qui nous a servis d’indic. : « L’association existe depuis 1913. Le premier Jean le bûcheron a vu le jour en 1914. Actuellement, on en est au troisième du nom. Jean a une famille avec son épouse Maria qui porte sa fille Mariona. Son fils se nomme Jacobus. »

« Nous sommes toujours en recherche de porteurs »

On vous fera grâce des mensurations du bûcheron. Mais pour Maria, c’est 50 kg pour 3,5 mètres et Jacobus, 2,5 mètres pour 18 kilos. « Le dernier est porté par des enfants. Le plus jeune de nos porteurs est âgé de 9 ans. » Une manière pour l’association d’initier les plus jeunes à cette tradition plutôt bien implantée puisque le Nord et le Pas-de-Calais compteraient quelque 300 géants. « On est 50 dans l’association, reprend Benoît Bellengier, et on a entre 15 et 20 porteurs. D’ailleurs, nous sommes toujours en recherche de porteurs. Les gens peuvent d’ailleurs venir tester gratuitemen t. » Tiens, tiens, voilà qui est intéressant. Et si on s’amusait à porter un géant pour le raconter dans le journal et montrer à la rédaction en chef à quel point on s’investit dans son travail (et qu’une augmentation serait éventuellement la bienvenue) ? Allez, ni une, ni deux, on se lance :

– « Je peux essayer de porter Jacobus, là, le petit ? »

– « Ah non, pour Jacobus, il va y avoir un problème, vous êtes trop grand. »

– « Comment ça, trop grand pour porter un géant ? »

– « Non vous, il va falloir que vous portiez Jean le bûcheron. »

– « Gloups. »

On tire la langue

Nous y voilà donc à la confrontation, la moustache, la tonsure, les bras de phasme et tout ça. Heureusement, le bûcheron se porte à deux. Martial Deleater, porteur depuis 30 ans, va m’accompagner sous les jupes. Première surprise : après avoir enjambé une armature métallique, il faut régler des épaulettes à sa taille afin de pouvoir porter confortablement. « Les barres en bas, c’est pour amortir les effets du vent. » Voilà, c’est le moment, « un, deux, trois et han ! » Des parties de mon corps inconnues jusqu’alors font leur apparition. Et puis, dououououcement, nous esquissons quelques pas et réalisons trois tours sur nous-mêmes. On repose, on tire la langue.

– « Alors, franchement, on était comment pour une première ? »

– (silence)

– « Allez, franchement ? »

– « C’était franchement bien. »

Ceci était un message d’espoir pour tous les bras de phasme du monde. Vous avez peut-être des bras d’insecte mais vous avez probablement des épaules de porteur de géant.

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