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«Des poissons morts partout»: l’Allemagne et la Pologne craignent un désastre

Des milliers de poissons flottent sans vie sur la rivière Oder, qui coule en Allemagne et en Pologne, laissant craindre un « désastre » pour l’environnement tandis que la population locale est appelée à rester éloignée de ses eaux.

Ces bancs de poissons affluant, ventre en l’air, sur les rives proches de la ville de Schwedt, dans l’est de l’Allemagne, ont probablement été portés par le courant à partir de la Pologne où les premiers cas ont été signalés par des habitants de la région et des pêcheurs dès le 28 juillet.

Des responsables allemands, pris par surprise par leur arrivée en masse, ont accusé les autorités polonaises de ne pas les avoir informés.

En Pologne aussi, le gouvernement populiste de droite se retrouve sous le feu des critiques pour ne pas avoir réagi plus tôt.

Le Premier ministre Mateusz Morawiecki a tenté de se justifier vendredi : « au départ, tout le monde a pensé qu’il ne s’agissait que d’un problème local », a-t-il déclaré sur son podcast hebdomadaire.

« L’échelle de la pollution est très grande, suffisamment grande pour dire que l’Oder aura besoin d’années entières pour retrouver son état naturel », a-t-il toutefois reconnu.

« Des quantités énormes de déchets chimiques ont probablement été déversées dans le fleuve, en toute conscience du risque et de ses conséquences », a-t-il jugé.

La ministre allemande de l’Environnement Steffi Lemke a-elle exigé une enquête exhaustive afin de déterminer les causes de ce « désastre environnemental ».

« Profondément choqué »

Debout au bord de l’eau, Michel Tautenhahn, chef adjoint du parc national de la vallée de la Basse-Oder, regarde, consterné, en direction de la rivière, où passe la frontière germano-polonaise.

« Nous sommes côté allemand. Nous avons des poissons morts partout », dit-il à l’AFP.

« Je suis profondément choqué… J’ai l’impression de voir des décennies de travail ruiné (…) L’eau c’est notre vie », dit-il ajoutant qu’une foule d’autres animaux aquatiques tels que les moules ont également succombé.

Les poissons, « c’est juste la partie émergée de l’iceberg », assure-t-il.

L’Oder est une rivière considérée comme relativement propre depuis de nombreuses années, abritant une quarantaine d’espèces de poissons.

De nombreux -certains longs de quelques centimètres, d’autres de près de 40 cm- flottent désormais sans vie sur la rivière. Parfois, on en voit quelques-uns se retourner avec peine pour essayer de nager.

Mort « atypique »

Les autorités estiment que les poissons ont probablement été empoisonnés.

Leur mort est « atypique, » explique Axel Vogel, ministre de l’Environnement du Land de Brandebourg, jugeant que « des tonnes » de poissons ont déjà sans doute péri.

La mort des poissons est souvent causée par la distorsion des niveaux d’oxygène quand le niveau de l’eau est trop bas, explique-t-il.

« Mais nous avons noté une augmentation du niveau d’oxygène depuis plusieurs jours, ce qui indique qu’une substance étrangère a été introduite et a provoqué tout ça », selon lui.

Des tests sont en cours en Allemagne afin d’établir la nature de cette substance. Les autorités ont d’ores et déjà fait état de signes indiquant des niveaux extrêmement élevés de mercure, que l’enquête devra ou non confirmer.

En Pologne, le parquet a été saisi de l’affaire de la pollution de l’Oder, alors que l’indignation grandit dans le pays.

L’opposition, des autorités locales et des organisations écologiques ont exigé des explications au gouvernement, certains demandant même la démission de responsables au sein du ministère du Climat, dont un vice-ministre qui encourageait encore jeudi les gens à aller se baigner dans l’Oder.

« Cela ressemble à Tchernobyl, quand, après la catastrophe, le pouvoir soviétique avait envoyé les gens participer au défilé du 1er mai », s’est offusqué Daniel Petrykiewicz, activiste écologique à la chaîne commerciale TVN24.

Sur les bords de l’Oder en Allemagne, M. Tautenhahn s’inquiète pour l’avenir. « Si c’est du mercure, il va rester là pendant longtemps », dit-il, rappelant que ce métal ne se désintègre pas et pourrait rester de longues années dans les sédiments.

Sudinfo

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