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Ana de Armas dans la peau de Marilyn

La star montante Ana de Armas incarne Marilyn Monroe dans « Blonde », le sulfureux biopic de Netflix présenté hier en première mondiale à la Mostra de Venise. La comédienne défend avec une émotion palpable le film qui suscite la polémique.

C’est le titre que tout le monde attendait au Festival de Venise. Un biopic sur Marilyn avec la James Bond Girl ayant volé la vedette à Daniel Craig dans « No Time to Die ». D’une certaine façon, la promotion du film a commencé il y a déjà bien longtemps, entre le débat sur le casting d’une actrice cubano-espagnole pour jouer une Américaine et les rumeurs de tension entre le réalisateur Andrew Dominik (« L’Assassinat de Jesse James ») et la production Netflix à propos du montage des scènes de sexe. Le film peut désormais parler pour lui-même. Tout comme Ana de Armas, plutôt timide face au tapis de journalistes présents, mais fière du travail accompli.

Le film présente Norma Jean Baker et Marilyn Monroe comme deux personnages presque distincts. Comment avez-vous trouvé votre équilibre ?

Je crois Norma Jean est plus présente dans le film que Marilyn, qui finit par prendre le contrôle à un certain point. Mais je n’ai pas dû lutter pour les séparer. Je ne jouais pas Norma dans une scène, et puis Marilyn dans la suivante, même si on peut avoir cette impression en regardant le film. Je pense qu’elles se complémentaient, et qu’elles avaient chacune besoin de l’autre. C’est difficile à expliquer mais j’étais connectée aux deux figures, émotionnellement et continuellement. Je me suis beaucoup préparée, mais je n’ai jamais pensé que le visage qu’elle montrait à tel ou tel instant supprimait le duel interne qu’elle traversait.

On connaît bien Marilyn, mais il existe très peu d’archives sur Norma Jean. Comment vous êtes-vous renseignée ?

C’était un processus de préparation long et immersif. En vérité, je ne la connaissais pas tant que ça. J’avais vu certains de ses films, mais j’ai découvert tellement plus en m’intéressant à elle. Je suis partie du livre dont le film s’inspire (« Blonde » de Joyce Carol Oates, qui insiste sur l’aspect fictionnel de son texte, Ndlr), et puis j’ai profité de mes nombreuses conversations avec Andrew avant et pendant le tournage. Je voulais apprendre à la connaître, savoir qui elle était dans ses moments d’intimité, quand il n’y avait pas de caméra pour la traquer. Parce que le film se concentre sur ces instants privés et personnels, que peu de monde connaît finalement. On a bien sûr cherché à l’honorer dans les scènes publiques, où la restitution des détails physiques comptait énormément. Mais l’énigme sur sa vie privée m’a permis de trouver mon espace pour être créative, et trouver la femme réelle derrière le personnage. Le but était d’entrer en empathie avec ses émotions et sa grande douleur. Si on met la star de cinéma de côté, Norma était une simple femme comme moi. Même âge, comédienne, vous voyez le dessin.

Comment avez-vous vécu le processus de casting ?

Quand j’ai rencontré Andrew, il m’a demandé de jouer la scène où Norma rencontre son premier mari dans un restaurant. Il m’a demandé de combien de temps j’avais besoin, et j’ai pris une semaine. Pas pour l’imiter car à ce stade je ne me suis pas concentrée sur voix ni sur son accent. Je me suis un peu maquillée et j’ai trouvé une horrible perruque blonde pour revenir (rires). J’en avais besoin pour masquer mes cheveux foncés. D’autres tests ont suivi, mettant l’accent sur ses costumes, puis sur sa voix. On a continué comme ça jusqu’à ce que tout le monde soit convaincu.

Quel a été le plus grand défi ?

Andrew m’a dit de me préparer à avoir le cœur brisé car il essayait de faire produire le film depuis onze ans déjà, et que dans ce métier les étoiles manquent parfois de s’aligner. Après il n’y a pas eu de défi spécifique, juste la certitude qu’il y aurait beaucoup de boulot. Ce qui m’a plutôt stimulée je dois dire. J’aime les challenges.

N’aviez-vous pas eu peur de vous attaquer à une icône pareille ?

Je savais d’entrée de jeu que je devrais m’ouvrir totalement, lâcher le contrôle et explorer des situations sombres, vulnérables et inconfortables. C’est là que j’ai vraiment trouvé mon intersection avec Norma Jean.

Que vous a appris ce film sur votre propre carrière ?

À trouver de l’empathie pour les comédiens et comédiennes plongés dans des situations difficiles. Personne n’est calibré pour vivre sous autant de pression, et je ne doute plus de la force de destruction qu’une telle attention peut générer. Quand tant de gens se projettent en vous, ça devient impossible de satisfaire leurs attentes. Marilyn m’a donc appris à mieux me protéger, et j’ai fait de mon mieux pour incarner sa fragilité, mais sa force aussi.

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