Rencontre avec Philippe Henry: «On a misé sur les 18-24 ans pour changer les mentalités en profondeur et permettre de créer des habitudes positives»

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Un adepte du vélo.
Un adepte du vélo. - Isopix

Lui qui est né à Charleroi mais qui passe son temps aussi entre Liège et Namur, nous a reçu à Bruxelles. Ministre du Climat, des Infrastructures, de l’Énergie et de la Mobilité, il apprécie à quelques jours des championnats du monde cycliste « l’engouement autour de nos champions (Remo, Van Aert…) et c’est très bon pour le vélo en général. » Évidemment, tout n’est pas rose dans le quotidien de la Wallonie aujourd’hui avec le coût de l’énergie, mais aussi les agissements particuliers, connus depuis un certain temps pourtant, du greffier du Parlement, Frédéric Janssens : « Une très mauvaise image pour l’institution parlementaire » comme il l’explique dans notre vidéo.

Avec cette crise énergétique, c’est le bon moment pour changer de mobilité ?

« La pandémie avait amené de fortes commandes de vélos… Aujourd’hui avec le prix de l’énergie beaucoup de personnes essaient de se passer de leur voiture parce que cela coûte de plus en plus cher… ou combinent plusieurs moyens de déplacement. On peut espérer que cela soit une réflexion structurelle… »

Malgré son relief, la Wallonie investit dans le vélo ?

« Nous avons les cyclostrades avec un premier tronçon vers Bruxelles. Un développement économique et touristique aura lieu autour de ces routes vélo. Il faut une infrastructure de qualité pour que les gens changent durablement leur manière de circuler. »

Les demandes de primes sont en hausse ?

« Une vingtaine de demandes par jour : le montant de la prime est de 20, 30 ou 40 % du prix d’achat entre 50 et 1200 euros en fonction du vélo et du type de demandeur (vélos électriques, traditionnels, de seconde main, pliables…). Elles ont particulièrement du succès dans les provinces de Namur et du Brabant wallon (chez les 26 et 55 ans). »

Même succès pour les abonnements bus ?

« On note une hausse de 11,2 % du nombre des abonnements des 18-24 ans… L’abonnement de 12 euros annuels à déjà un bel effet. On a misé sur les 18-24 ans pour changer les mentalités en profondeur et permettre de créer des habitudes positives en matière de transport. On veut aussi une évolution des clients qui déclarent le statut BIM : une progression de 17 %. Le statut BIM aide toute la famille : les 12-17 y bénéficient aussi de cet abonnement à 12 euros. »

Vincent Liévin

Energie: «De nombreuses aides existent»

Que pouvez-vous faire face à la crise de l’énergie ?

« Vu l’ampleur de la crise, l’action doit avant tout être prise au niveau européen, fédéral (TVA, accises et tarif social) et wallon. On agit sur la prolongation du tarif social wallon en matière de gaz et d’électricité : le statut de client conjoncturel protégé sera prolongé jusqu’au 31 août 2023. Mais aussi sur le moratoire hivernal sur les expulsions domiciliaires, sur la suspension des coupures d’énergie, sur la facilitation de la négociation des plans de paiement pour les ménages qui sont dans l’incapacité de rembourser leur dette. Enfin, il y a aussi les prêts à taux zéro pour rénover son habitation (Ecopack et Renopack). Il faut aussi parler du 1718 (le numéro gratuit répondra à toute question relative à la situation énergétique et aux aides apportées par la Région). Pour les entreprises et indépendants, il y a Easy’green à destination des PME et WalEnergie pour les plus grandes entreprises. Toutes les demandes des entreprises liées à la crise sont centralisées via le 1890. »

Et les GRD, ils peuvent faire un effort sans risque de perdre des moyens d’investissement pour les infrastructures ?

« Nous devons nous attaquer au superbénéfice quand il y en a, mais sans déstructurer les mécanismes des déploiements du renouvelable parce qu’on en a plus que jamais besoin (photovoltaïque, éoliens, isolations des bâtiments…) »

Quelles retombées de votre réflexion sur le 100 km/h sur nos autoroutes ?

« Je savais que cela allait susciter le débat. Le plus important, c’est qu’on est prêt avec un plan complet (le 100 km/h n’est qu’une mesure) sur lequel le gouvernement doit se positionner. Cela fait deux ans que nous y travaillons. Cette mesure était proposée par le panel citoyen et elle n’est pas symbolique puisqu’elle représente 2 % des émissions du transport. J’entends des citoyens me dire d’ailleurs qu’ils ont adapté leur vitesse parce que cela réduit leur consommation de manière importante. Si cette mesure ne devait pas entrer en vigueur, il faudrait faire des efforts ailleurs… le tout est d’arriver au 55 %. »

V.Li

«Quand je peux, je vais aux réunions à vélo»

Le vélo pourrait devenir le lien entre tous les modes de transport. Vous en faites ?

« En semaine, sur Namur et Liège, je vais aux réunions à vélo quand l’agenda le permet. J’ai conscience que pour certains emplois ou parties du territoire wallon, c’est compliqué de se passer de sa voiture. L’idée n’est pas de demander à tout le monde de faire tout à vélo ou tout en transport en commun. Je souhaite simplement que chaque personne pense à avoir plusieurs solutions de mobilité. C’est pour cela que je veux améliorer les interconnections entre les moyens de mobilité. »

Aller à l’école à vélo reste aussi compliqué…

« Je veux aussi conscientiser les écoles au vélo et au « vélo-bus » avec les rassemblements de cortèges à vélo comme il existe les pédibus. Cela aussi permet de réduire les accidents à proximité des écoles avec les voitures. »

À quand des bornes électriques pour les vélos ?

« Nous y travaillons au travers des mobipôles et des parkings de covoiturage avec des parkings de vélos sécurisés. On doit aussi y penser dans les gares. Cela prendra évidemment des années pour avoir un maillage complet. »

Les bus sont prêts à prendre les vélos ?

« Sur la ligne Nivelles/Namur, nous avons développé le projet des vélos accrochés à l’arrière des bus. C’est une demande spécifique de certains voyageurs… il y a aussi les vélos pliables, les vélos partagés. Si on ne misait que sur un mode de déplacement, il y aurait toujours des limites… »

Et dans le tram ?

« Pour le tram de Liège, on doit aussi trouver le bon compromis pour la place des vélos. On a prévu les vélos pliants ou une place pour les vélos en dehors des heures de pointe. »

Vous continuez à développer le tram et le métro ?

« Nous avons dégagé 1,1 milliard d’euros pour l’extension du métro de Charleroi, le tram de Liège et les bus à haut niveau de service à Namur, Charleroi, Mons, Liège. Nos 28 lignes Express rencontrent aussi un beau succès : on vient de démarrer la ligne Charleroi/Gembloux. »

V.Li.

«Les Wallons ont besoin de faire la fête ce week-end»

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Photonews

Que faites-vous ce dimanche ?

« Je ferai du vélo évidemment. »

Que ferez-vous aux Fêtes de Wallonie ?

« Je serai à Namur notamment. Il y a une grande demande de la population. Un grand besoin de se retrouver et de faire la fête. Il y a eu un grand déficit avec le Covid. »

Une manifestation en particulier ?

« Le premier combat d’échasseuses sera un moment important à Namur. »

Du temps pour vous et votre famille ?

« Les crises successives que l’on vit s’additionnent. Toutefois, je tiens aussi à voir mes enfants dont les deux tout petits. C’est indispensable de les voir même si ce n’est pas toujours facile. »

Le temps pour lire ?

« Dernièrement, j’ai lu « Les vers de l’amitié » de Karim Pot et de Christopher Wylie, « Le complot Cambridge Analytica pour s’emparer de nos cerveaux »

Le fait d’être ingénieur civil, un atout ou pas ?

« Dans les infrastructures, j’ai énormément d’interlocuteurs techniques où je rencontre des ingénieurs tout le temps ; dans l’énergie, c’est la même chose… On a aussi les travers de sa formation. Par exemple, le monde de la communication politique n’est pas d’abord basé sur un raisonnement rationnel de type technique… il faut donc combiner plusieurs approches qui soient complètes et variées… »

V.Li.

«Pas obligatoire, mais recommandé»

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Photonews

La mobilité évolue. Différents dossiers sont sur la table.

Trottinettes et incivilités.

« Cette problématique se joue au niveau communal, mais je rappelle qu’il y a un décret wallon qui prévoit certaines balises. Il ne faut pas que cette pratique devienne dangereuse ou qu’elle amène un encombrement sur les trottoirs. L’autonomie communale est évidemment pleine en la matière »

Le port du casque toujours obligatoire à vélo ou en trottinette ?

« En effet, il n’est pas obligatoire, mais il reste recommandé et surtout pour les enfants »

Le déploiement des voitures partagées en Wallonie ?

« Nous sommes sur un territoire moins densément peuplé que Bruxelles… il faut suffisamment de demandes et mieux convaincre les citoyens. L’utilisation est en augmentation à Liège, Namur, cela fonctionne très bien. Il faudra plus de temps pour avoir un taux suffisant d’utilisation dans les milieux ruraux et semi-ruraux. Les entreprises auront un rôle à jouer à ce niveau… »

La fiscalité auto wallonne.

De nouvelles consultations ont lieu avec les différentes parties concernées en prévision d’un second passage du texte au gouvernement dans les semaines qui viennent.

Le permis auto.

« Il y a moins de jeunes qui passent leur permis. Ils ne misent plus sur la voiture comme premier moyen de déplacement. »

V.Li.