À la table de la reine

Elle appréciait surtout les gâteaux au chocolat.
Elle appréciait surtout les gâteaux au chocolat. - Reuters

Mais saviez-vous qu’aujourd’hui encore -et à de rarissimes exceptions près- c’est en français que sont rédigés les menus des banquets d’État servis au Palais de Buckingham en l’honneur des plus prestigieux hôtes étrangers. Reconnaissance du français comme langue de la gastronomie, dit-on.

Ainsi, lors de sa visite officielle en 2015, le Président chinois Xi Jinping a eu droit à un « Filet de turbot à l’Amiral », suivi d’une « Longe de venaison d’Écosse rôtie sauce Périgueux, choux rouges braisés, timbale de céleri-rave et pomme cocotte bonne femme ». En français dans le texte !

Et les vins servis à ces occasions proviennent davantage de France (notamment de très grands Bordeaux millésimés) que du Commonwealth !

Le français était la seule langue étrangère que parlait -quasi parfaitement et sans accent- la reine Elizabeth II, tout comme la Reine Mère. Et c’est une Belge, originaire de Nivelles, qui le lui avait appris. Marie-Antoinette Willemin (1904-1996) avait épousé un aristocrate français, le Vicomte de Bellaigue, installé à Londres.

Par relation elle en vint à enseigner notre langue aux princesses royales. Un de ses fils, Geoffrey, devint plus tard Conservateur des collections d’art de la reine.

À table, Elizabeth II était d’une sobre gourmandise et variait peu ses menus. Elle mangeait quatre fois par jour, comme chacun de ses sujets qui se respecte. Épinglons au hasard et entre autres : saumon de la rivière Dee, fumé et mis en pâté avec truite et maquereau, sole et épinards, gibier sauce whisky et champignons. Fraises de Balmoral, pêches blanches du Château de Windsor, thé Earl Grey bergamote non sucré au petit-déjeuner avec des toasts à la marmelade de fruits, céréales, yaourt et biscuits. Sacro saint Tea time avec de petits sandwiches (saumon fumé, œufs, concombres).

Elle adorait au quotidien le chocolat (en gâteau surtout), détestait les huîtres, évitait les féculents, et les pommes de terre qui occupaient l’assiette devaient toutes avoir la même taille. Question d’esthétique et d’équilibre. Elle sacrifiait -tout comme sa mère (moins sobre, dit-on) qui mourut plus que centenaire- au rituel quotidien du Dry Martini (1/3 de gin, 2/3 de Dubonnet blanc, glaçons et citron). Du vin avec modération (notamment du Hock, une AOP allemande du Rheingau, blanc moelleux). Et un verre de champagne avant le coucher prétend la légende : neuf grandes maisons françaises avaient obtenu le précieux « warrant » de Fournisseur breveté de la Cour, dont Pol Roger qui était le champagne préféré de Churchill.

Une consommation régulière sans doute mais finalement modérée, contrairement à une autre légende qui voudrait que ces dames buvaient sec ! Ce qui était peut-être le cas de la sœur de la reine, la non conformiste princesse Margaret…

L’ancien cuisinier en chef d’Elizabeth II (pendant quinze ans… en septante ans de règne elle en a épuisé d’autres) Darren Mc Grady raconte qu’on lui soumettait trois jours à l’avance des suggestions de menus dans un épais volume relié en cuir rouge. Elle y cochait ses choix. L’ail et les oignons n’étaient pas les bienvenus, question d’haleine ! Et la table de la reine avait aussi son étiquette. Forcément. Ainsi, il était inconvenant de continuer à manger si la reine avait terminé son repas. Pour les repas de famille, les enfants les plus jeunes devaient manger à une table séparée et, pour tout le monde, l’usage du GSM était banni. On évoque aussi le fameux plateau télé que la reine aurait fortement apprécié dans ses dernières années. Un repas du soir dont on sait aussi peu que les programmes qu’elle regardait. « The Crown », peut-être…

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