«La traversée de Bourvil»: il n’était pas seulement un acteur comique

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Bernard Alès/Collection Delmotte

Visionnant une scène du film « La traversée de Paris » qui l’oppose à Jean Gabin, il observe : « Ça, c’est mon personnage, mais moi dans la vie, je ne suis pas sûr de moi du tout. Je suis très timide. » Tout le paradoxe du comédien. Et au chapitre de la simplicité, d’ajouter : « Un jour, je chantais à la foire de Dieppe pour un gala de bienfaisance et dans la foule, j’ai senti qu’on me tapait sur l’épaule. Je me retourne et un homme me dit : Bonjour André, tu vas bien ? C’était mon instituteur. Ça m’a fait un effet extraordinaire, d’un seul coup, je suis redevenu tout petit. J’étais très ému. J’en ai fait une chanson intitulée Monsieur le maître d’école. »

Né dans une famille d’agriculteurs normands, André Bourvil était destiné à reprendre la ferme de ses parents, où il avait travaillé. Mais son idole s’appelait Fernandel et son rêve de tenter une carrière artistique était trop fort. C’est tiraillé entre cette volonté et ses doutes qu’il a fait ses débuts. « C’est très difficile de faire rire. Un jour, alors que je passais une audition, j’ai entendu un homme qui riait aux éclats. Je me suis dit, ce n’est pas possible, il se moque de moi. Eh bien, non. » Et d’ajouter avec humour : « Mes débuts n’ont pas été faciles, j’ai dû imposer un personnage qui subit. En fait, je n’ai jamais appris la comédie, il faudrait que je m’y mette… »

Bourvil était un artiste comblé qui ne boudait pas son plaisir. « Faire rire les autres, c’est comme une nourriture. Des vagues de rires, c’est formidable. Il y a peu de professions qui vous donnent tant de griserie. » Entre le personnage de benêt et de « comique paysan » qu’il avait créé à ses débuts et le policier implacable, rigide et impeccablement vêtu imaginé par Jean-Pierre Melville pour « Le cercle rouge », il y a un monde. C’était son dernier film, mais Bourvil avait démontré depuis longtemps qu’il avait aussi la trempe d’un acteur dramatique. On pense à « La traversée de Paris ». Pourtant, au départ, Marcel Aymé, l’auteur de la nouvelle, était vent debout, déclarant : « Il ne sera qu’insignifiant. » Mais à la sortie du film, il dira : « J’ai trouvé Bourvil remarquable. Je reconnais mon erreur. »

Souvent là où on ne l’attend pas, le comédien saura aussi surprendre ses partenaires, comme en témoigne cette déclaration de Lino Ventura, son comparse dans « Les grandes gueules », de Robert Enrico : « Dans le drame, Bourvil m’a toujours profondément ému. » Mais aussi surpris. « Dès les premières empoignades qu’on a eues, j’ai senti un roc, il avait une poigne de fer. » Étonnant compliment de la part de l’ex-gorille.

Emporté par le cancer

Mais celui qui disait être né sous une bonne étoile apprend à tout juste 50 ans qu’il est atteint d’un cancer de la moelle épinière. Pensant qu’il allait s’en tirer et surmontant une douleur croissante, il tournera encore « L’étalon », « Le mur de l’Atlantique » et « Le cercle rouge ».

« La traversée de Bourvil », 23 septembre, 21h10, France 3.

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