En ce momentCoupe du monde 2022Permis de conduire Accueil hors-texte

Guy Delhasse, seul non-Anderlechtois, se souvient: «Je ne voulais pas sortir!»

Guy Delhasse (33 sélections, 7 caps) aura 90 ans le 19 février prochain. Mais l’homme qui nous reçoit dans son coquet bungalow d’Embourg, près de Liège, en fait 20 de moins, dans son corps et dans sa tête. Il était le joueur le plus âgé de ce match historique mais il en est l’un des rares survivants puisque, côté… anderlechtois, Verbiest, Plaskie, Cornelis, Hanon, Stockman, Puis et Trappeniers nous ont quittés. Celui qui est aussi, avec Emile Lejeune, l’un des deux rescapés du cinquième et dernier titre du FC liège, en 1953, n’a rien oublié…

Guy, grâce à vous, Trappeniers est donc entré à la mi-temps, pour qu’il y ait onze Mauves sur le terrain !

Et pourtant, je ne voulais pas sortir ! En fait, à la 27e minute, je plonge dans les pieds de Bergholtz (NDLR : qui quitterait Feyenoord pour Anderlecht l’été suivant) et le choc est terrible. Je prends son pied en pleine tête, mon oreille saigne et je suis un peu commotionné. Mais je m’accroche. À la mi-temps, le kiné me dit que je dois arrêter mais moi, je veux continuer. Finalement, plus à cause de mon oreille, qui continue à saigner, qu’en raison de la commotion, je me laisse convaincre. Et donc, Trappeniers entre. Et le public gronde…

de videos

Comment vous sentiez-vous, entre toutes les stars anderlechtoises ?

En fait, j’étais le numéro 2 des Diables, derrière le Standardman Jean Nicolay, qui était blessé. On m’avait parlé des joueurs d’Anderlecht comme des gars au gros cou mais c’était tout le contraire. J’étais copain avec Cornelis et Stockman, je faisais chambre commune avec Puis. Ils sont malheureusement tous décédés alors qu’ils étaient bien plus jeunes que moi ! Il faut dire que j’avais joué des matches amicaux avec Anderlecht, qui voulait me transférer. Mais il n’y avait pas eu d’accord entre les clubs. À l’époque, vous étiez enchaîné à votre club jusqu’à 35 ans, s’il ne voulait pas vous lâcher. Ce fut pareil quand le Real m’a sollicité. Là, Liège n’a même pas voulu que je joue un amical avec eux…

Que de regrets !

Sur le moment, oui. J’étais révolté contre le système et j’ai même refusé de jouer, pendant quelques matches. Mais aujourd’hui, c’est l’excès contraire, avec les agents qui dirigent tout. On est passé du noir au blanc. Ou plutôt, du blanc au noir… Si je jouais maintenant, je serais millionnaire. Mais je ne regrette rien. Je pense avoir visité tous les pays d’Europe à part la Grèce. Et si je n’ai pas gagné beaucoup d’argent, je me suis bien amusé. Je suis né sous une bonne étoile, j’ai eu une belle carrière. Et j’ai rencontré des stars. Pelé qui, à l’entraînement, annonçait où il allait mettre le ballon, sur la barre ou dans la lucarne gauche, et ne ratait jamais. Et Yachine, le meilleur gardien de l’histoire. Super sympa !

Finalement, vous avez pu partir… à Beringen !

Oui, à 35 ans, après avoir joué 15 ans au FC Liège ! J’y étais nettement mieux payé qu’à Rocourt, tout en gardant mon emploi au service chauffage de la ville de Liège. J’ai ensuite entraîné Beringen puis plein d’autres équipes (Vaux, Comblain, Bas-Oha, Waremme, Aywaille), jusqu’à mes 76 ans !

Revenons aux Diables. Que pensez-vous de Courtois ?

Il est grand (2 mètres), il a des grands bras, des grandes mains, des grands pieds et il est efficace. Mais, selon moi, il n’a pas beaucoup de style. Mignolet en a beaucoup plus. Oui, à choisir, je préfère Mignolet. Bon, Courtois reçoit beaucoup de distinctions, tant mieux pour lui ! Mais il a moins d’arrêts à faire que nous, autrefois…

Vous, vous aviez du style…

On le disait. Je mesurais 1,90 m, pour 1,86 m aujourd’hui…

Le jeu a beaucoup évolué !

C’était moins tactique, plus direct, même si on jouait moins vite. Mais on ne pensait qu’à gagner, aller vers l’avant. Quand je regarde un match maintenant, ça m’énerve de voir le nombre de passes, même si je reconnais que même certaines femmes jouent mieux que nous, avant ! Mais de mon temps, on ne passait pas la balle au gardien et celui-ci dégageait, au lieu de chipoter avec ses défenseurs. Et puis, en Coupe d’Europe ou avec les Diables, on restait quatre jours sur place, on visitait la ville. Maintenant, c’est tout juste si l’avion n’attend pas les joueurs sur le parking du stade ! Moi, j’ai des photos de moi au Kremlin et un peu partout… Et après le match, on faisait un grand banquet avec les joueurs de l’équipe adverse ! Nous étions très heureux… Et je le suis encore quand je vais assister à un match du FC Liège et que des supporters me reconnaissent !

Votre gardien belge préféré ?

Christian Piot. La grande classe. Comme gardien et comme homme.

Votre prime de victoire contre les Pays-Bas, c’était combien ?

500 francs belges (NDLR : 100 euros d’aujourd’hui, en tenant compte de l’inflation). Au FC Liège, c’était 200 francs… Et on ne touchait que des primes, pas de fixe !

Quel est le secret de votre forme de jeune homme ?

Je ne bois pas, je ne fume pas, je marche beaucoup, je fais mon ménage, mon jardin, les courses, la cuisine, je conduis encore ma voiture… Je connais tous les professeurs du CHU mais ils ne me trouvent rien de spécial… Je n’ai d’ailleurs été opéré qu’une fois, du ménisque, quand je jouais au foot ! Je n’ai même pas d’arthrose, sinon au cou. Le moral fait beaucoup et je l’ai, même si j’ai eu le malheur de perdre mon épouse il y a 22 ans. J’ai eu ensuite une copine mais elle vit la plupart du temps en Espagne. Je vois régulièrement sa fille, qui est ma pharmacienne et m’appelle son beau-père par procuration ! Et j’ai mon petit chien, qui est très présent ! Je fêterai mes 90 ans en février, avec mes deux fils, qui ont 65 et 55 ans, et des amis. Mais ce sera comme quand je vais au café : je ne boirai que du café, du Schweppes ou de la bière sans alcool !

Téléchargez notre nouvelle appli Sudinfo A ne pas rater