Sheila: «Je ne suis pas prête à prendre ma retraite»

60 ans de carrière et toujours aussi belle!
60 ans de carrière et toujours aussi belle!

Sheila, 60 ans de carrière, ça représente quoi pour vous ?

J’ai du mal à y croire. Je me demande parfois si c’est à moi que c’est arrivé. C’est un tourbillon que je n’ai pas vu passer. J’ai vécu tellement de choses en 60 ans. C’est la preuve que je ne me suis pas ennuyée pendant toutes ces années et que j’ai été très aimée par les yeux. Avant d’être 60 ans de carrière, c’est avant tout 60 ans de vie. Cela dit, je ne suis pas nostalgique du temps qui passe. Je n’ai pas le temps pour ça. Je préfère aller de l’avant. J’ai tellement de souvenirs mélangés dans ma tête que je prends parfois des notes pour ne rien oublier.

Le 21 octobre, vous publierez un best of reprenant vos plus grands tubes, mais pas que. C’est une idée imposée par votre maison de disques ?

Non, on ne m’impose rien. À l’âge que j’ai, c’est terminé. Ça a déjà été la guerre entre moi et les maisons de disques mais cette fois, on travaille en collaboration et il n’y a aucun problème. Comme je célèbre un anniversaire important, c’était le bon moment pour proposer de jolis objets aux fans. Quatre éditions physiques seront disponibles en magasin, dont des vinyles. Il y aura du contenu inédit comme le remix de « Samedi Soir ». Pour être honnête avec vous, je ne me rappelais même plus de cette chanson. C’était l’occasion de me rafraîchir la mémoire.

On vous considère comme l’icône des années yé-yé. Ça vous flatte ?

Je fais partie des figures emblématiques de l’époque mais il n’y a rien d’iconique. C’est la création d’un phénomène de société qui fait le show-biz d’aujourd’hui. Que ce soit Johnny, Sylvie Vartan, Françoise Hardy ou moi, on est parti de rien et on est parvenu à faire des grandes choses. Ce n’est pas de la forfanterie. À l’époque, on n’avait que notre inconscience, notre joie de vivre et notre passion. On s’est lancé dans le truc sans se poser de questions et on était persuadé que ça allait fonctionner. C’était beaucoup moins compliqué qu’aujourd’hui. Cela dit, dans notre métier, le plus difficile est de durer et de traverser le temps.

Quel est votre objectif désormais ?

Je ne cours plus après le succès. J’ai déjà battu tous les records du Top 50. Ma carrière n’est plus à faire, je laisse désormais la place aux jeunes qui ont beaucoup de talent. Et puis, on vit dans un pays où il est difficile d’être une femme et de travailler dans le show-biz. C’est un monde principalement géré par les hommes. Une chanteuse est vite mise au placard quand elle atteint l’âge de 40 ans. Les femmes n’ont pas le droit de vieillir, et je trouve ça immonde.

Dans votre dernier album, « Venue d’ailleurs », vous dédiez une chanson à votre fils Ludovic, « Cheval d’amble ». Vous la chanterez sur scène ?

Oui, mais j’essaie de ne pas y penser. Si je réfléchis trop, je suis capable de ne pas la chanter. J’ai décidé de le faire et je vais y arriver. Quand j’ai décidé de chanter « Aimer avant de mourir » sur mon ancien spectacle, j’ai préféré le faire en duo car je ne me sentais pas capable de la défendre seule. Cette fois, Philippe Rombi, l’auteur de la chanson, m’accompagnera sur scène. Cette chanson me tient beaucoup à cœur. Et puis, je ne suis pas la seule à avoir perdu un enfant. De nombreuses mamans ont vécu le même traumatisme que moi mais elles ne sont pas dans la lumière.

Vous en voulez encore à la presse people d’avoir volé certains aspects de votre vie privée ?

C’est la rançon de la gloire. J’estime que certaines rançons coûtent beaucoup trop cher. Le temps est passé mais ça ne s’effacera jamais. Je n’ai pas enregistré le titre « La Rumeur » par hasard. Je l’ai fait pour adoucir mes blessures mais surtout pour avertir la société d’aujourd’hui. Les gamins ne se rendent pas compte du danger d’une rumeur. Ce n’est pas anodin, certains jeunes en arrivent au suicide. Moi, j’ai mis plus de 40 ans à cesser d’en souffrir. Aujourd’hui, je le chante car il en reste encore quelque chose. La presse people a pourri ma vie mais aussi celle de mon fils et de mes parents.

Êtes-vous croyante ?

Je déteste la religion. Pour moi, n’importe quelle religion divise. Je pense qu’une force supérieure tient le monde. Les religions ont été créées par les hommes et les hommes se battent à cause d’elles. C’est complètement con sachant qu’on a tous la même force au-dessus de nous.

Avez-vous d’autres projets ?

Je fourmille d’idées, mais ma vie ne sera pas assez longue pour tout faire. Je travaille sur un projet que j’ai commencé à écrire dans les années 90 et que j’aimerais enfin concrétiser. Il y aura aussi un nouvel album, c’est certain. J’ai déjà choisi certaines chansons avec des sujets importants. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas prête à prendre ma retraite !

Que peut-on vous souhaiter ?

La santé ! Moi, je ne fais pas ce métier pour faire fortune.

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