Karine Viard: «Les actrices d’aujourd’hui doivent beaucoup à Deneuve»

Toujours juste et touchante, Karin Viard.
Toujours juste et touchante, Karin Viard. - 2022 ADNP

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce personnage ?

J’ai aimé l’idée d’une comédie romantique avec des gens déclassés, pas glamour, qui n’ont d’habitude pas voix au chapitre : une femme de ménage et le gardien d’une école d’art (joué par Grégory Gadebois, NdlR). Ces personnages vibrent tellement qu’ils deviennent les héros de leur propre vie. Cela donne un film plein de poésie, touchant et intelligent à la fois. J’aimais aussi que ce ne soit jamais manichéen.

Vous interprétez aussi bien des femmes simples que des bourgeoises sophistiquées, vous sentez-vous plus proche des unes ou des autres ?

Non. En fait, je ne me pose jamais la question de savoir si le personnage me ressemble ou pas. Ce que je cherche, c’est comment le rendre intéressant pour le spectateur. J’aime ainsi que les rôles soient très écrits, que le metteur en scène sache exactement ce qu’il veut, et que, de mon côté, je doive chercher comment m’y inscrire, pour donner justement l’impression que ce n’est pas écrit ; le défi est là (rires). Maintenant, cela change d’un réalisateur et d’un film à l’autre : il arrive que, en amont du tournage, j’aie des discussions avec le réalisateur et j’amène des questions, des suggestions… et on ne bouge plus rien ensuite, ou au contraire, que sur le set, le cinéaste, je pense notamment à Maïwenn, nous demande d’improviser tout en respectant un cadre. Je m’adapte toujours !

C’est ce qui fait aussi le sel de votre métier !

Ah mais totalement, ça bouge tout le temps, ça me permet de vivre plein de vies, de jouer des tas d’émotions… C’est génial !

Votre personnage se libère de plus en plus au fil du film, jusqu’à poser nue pour les étudiants. Quel est votre rapport au corps en tant qu’actrice ?

Je distingue la mise à nu émotionnelle de la mise à nu physique. Mon métier exige la plus grande sincérité et cela demande une certaine mise à nu, en tout cas, une ouverture, une perméabilité... On doit être à même de livrer une part de notre sensibilité pour faire vivre un personnage. En tout cas, c’est comme ça que je l’envisage. Pour le côté physique, je ne suis pas trop pudique donc je m’en fous un peu. Ce n’est pas ce que je préfère faire mais ça ne m’empêche pas de dormir. Ici, dans le film, j’aimais le fait que ce soit libérateur pour l’héroïne. Au début du film, Maria est plutôt mal fagotée, elle cache son corps sous des pulls à cœur, elle est presque invisible aux yeux de tous et là, tout d’un coup, elle pose nue et là, waouw, elle offre un spectacle ravissant, gracieux… C’est très symbolique aussi, elle commence à s’aimer elle-même. L’estime de soi, la confiance en soi, c’est important et beaucoup de gens en manquent hélas, cela les empêche de vivre leur vie, ils se laissent guider par le regard et les envies des autres, pas les leurs, c’est dommage.

Le cinéma évolue, on voit de plus de plus d’héroïnes de plus de 40, voire 50 ans.

Je touche du bois. J’évolue avec mon âge et j’ai la chance d’avoir tout le temps des propositions et j’espère ardemment que ça continue comme ça. Je pense que la situation était différente il y a quelques années encore, mais nos aînées - je pense essentiellement à Catherine Deneuve - ont ouvert la voie. Elle a beaucoup fait pour nous : à l’âge d’être grand-mère, elle n’hésite pas à camper des femmes qui fument, ont des amants plus jeunes... Elle rend ça possible, normal ! Grâce à des actrices comme elle, les femmes de plus de 50 ans existent vraiment sur grand écran et on leur écrit de plus en plus de rôles. Elles ne doivent plus les écrire elles-mêmes !

L’écriture justement, cela vous tente ?

Là, j’ai coécrit un scénario avec Alex Lutz. C’était la première fois et ça s’est super-bien passé, mais je ne sais pas si je pourrais faire le même exercice avec quelqu’un d’autre. Avec lui, je me sentais extrêmement libre, donc c’était très chouette. Le tournage devrait se faire l’an prochain.

« Maria Rêve », dans les salles ce 28 septembre

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