David Bowie ressuscité par trois femmes: nous avons vu le show consacré à la star, «Heroes Bowie Berlin 1976-80: The Ultimate David Bowie Tribute»

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LeCaron / Universal

« Beau oui, comme Bowie », chantait dans les années 80 Isabelle Adjani sous la plume de Serge Gainsbourg. Pourtant, en ce début de mois de juin, sur la scène du Grand Théâtre de Québec, c’est au féminin que s’accorde l’œuvre du pape du glam rock. Alors que les images du Berlin des seventies défilent sur d’imposants écrans LED, trois chanteuses reprennent le répertoire de l’artiste le plus avant-gardiste des années 70. Désarmant au premier abord, mais très vite, on se laisse conquérir par cette approche inédite de l’œuvre de Bowie, qui se concentre sur les années berlinoises du chanteur (1977-1979), avec des morceaux comme « Heroes », mais sans oublier certains tubes d’autres périodes (« Let’s dance », qui a fait se lever toute la salle, « Ashes to ashes » ou le cultissime et envoûtant « Space Oddity »).

Ces trois filles réussissent à ressusciter l’interprète de « China Girl » près de sept ans après sa disparition, en nous faisant pénétrer dans son univers. D’autant que les costumes flamboyants, inspirés directement de ceux de Bowie, nous plongent encore plus dans l’ambiance de l’époque.

A l’ère des shows avec hologrammes ou faisant appel à des sosies, le spectacle fait donc le pari audacieux de s’écarter de cette voie de la facilité. « Je suis un mélomane, un maniaque de musique », explique Claude Larivée, à l’origine du projet. « J’étais ado dans les années 70 et pour moi, Bowie était un artiste important, qui va devancer le punk. Lorsqu’il est mort, je me suis dit qu’on n’aurait plus la chance de le voir sur scène, même s’il n’en faisait déjà plus à l’époque. J’ai alors eu l’idée de travailler sur une superproduction autour de son répertoire, dans un spectacle multimédia. La question qui s’est ensuite posée, c’était qui allait interpréter Bowie. Quel homme choisir ? Chaque fois, soit le physique, soit la voix, soit la gestuelle ne convenait pas. Bowie était un être unique. Et c’est là que j’ai eu le flash que ce soit une femme. Et même plutôt trois femmes, car Bowie était multiple, il avait plusieurs personnalités vocales. Il avait un registre impressionnant à ce niveau et faire appel à trois chanteuses nous a permis de travailler sur de vrais tableaux pour chaque morceau. On joue évidemment sur son côté androgyne, mais aussi la tessiture de la voix. Avec trois artistes, on peut couvrir tout son spectre, tandis que les costumes qu’elles arborent sont, eux, des reproductions fidèles de ceux qu’il a portés sur scène. »

LeCaron

Au total, pas moins de vingt-six chansons sont interprétées. Mais pourquoi avoir choisi la période berlinoise de Bowie, qui n’est peut-être pas la plus connue du grand public ? « C’est une période qui a accouché de trois albums qui sont des chefs-d’œuvre, souvent considérés comme les meilleurs par ses fans. Et ces chansons sont tellement fortes que même si on ne les a pas entendues avant, on accroche directement. Et puis, sur le spectacle, on a quand même douze chansons qui furent numéro 1 ! »

Coproduit par des Belges

Durant une heure trente, on est donc emporté dans un tourbillon sonore et visuel. Le spectacle ne lésine pas sur les moyens, notamment avec un écran LED géant et transparent en même temps. Et derrière ce show, monté au départ au Québec, on trouve une société belge qui s’appelle… Les 2 Belges Productions (ça ne s’invente pas !), qui produit de nombreux artistes québécois, comme Véronic DiCaire, Garou, Messmer, Roch Voisine, et on en passe.

« On voulait depuis longtemps produire un spectacle hommage sur un artiste », confie Alain Dierckx, un des fameux deux Belges de la boîte de prod. « Et Claude Larivée est venu avec son idée de show sur Bowie. Il cherchait des partenaires et on s’est lancés. Ce qui m’a plu, c’est que ça ne fait pas dans la facilité. Ce spectacle est très surprenant. Et Bruxelles aura la primeur pour l’Europe, avant une tournée de vingt-cinq dates. »

LeCaron

L’avis de… Garou

Lorsque nous avons découvert le show à Québec, nous avons eu la chance d’avoir à nos côtés Garou, qui sans être un expert de Bowie, a été conquis par le concept. « On est surpris au départ, car Bowie avait en réalité une tessiture très masculine », nous confie-t-il à la sortie. « On l’imagine tellement plus perché, parce qu’il a un look androgyne. Mais c’est une grosse voix en fait. Et ici, ce sont trois filles qui l’interprètent. Mais c’est bien car ça évite qu’on soit dans la comparaison. Je trouve ça génial comme idée. Et je suis impressionné par le résultat, car c’est très compliqué. J’avoue que je ne connaissais pas 80 % des chansons présentées. C’est très niche, mais du coup je suis ressorti très étourdi de ce spectacle, ce qui est positif. J’ai reçu les chansons comme on pouvait les recevoir à l’époque. Bowie, à cette période, faisait des albums comme s’il s’agissait d’un laboratoire, pour expérimenter, choquer. Et comme on ne connaît pas tellement ces chansons-là, ça reste expérimental quand on les écoute. On ressort sous le choc comme ça devait être le cas à l’époque. »

Bref, que vous connaissiez Bowie sur le bout des doigts ou que vous soyez plus néophyte, dans les deux cas, vous devriez être envoûté ! Un plaisir rare à ne pas bouder.

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