Les mutilations génitales féminines existent, même en Belgique

Les mutilations génitales féminines existent, même en Belgique

Le phénomène des mutilations génitales féminines (MGF) est aussi présent au sein des pays européens. Sur le territoire belge, selon une étude de prévalence du SPF Santé publique, il y a plus de 13.000 femmes excisées et plus de 4.000 petites filles considérées comme « à risque ». Les victimes de mutilations génitales féminines vivant en Belgique arrivent majoritairement de Guinée, de Somalie et d’Égypte. Elles sont principalement issues de l’immigration, venues en Belgique pour demander l’asile pour diverses raisons : conflits politiques au sein de leur pays d’origine, violences liées au genre, mariages forcés et/ou excisions.

« Une femme peut être excisée plusieurs fois à différents degrés et à tout âge. Néanmoins, dans la plupart des cas, les MGF sont pratiquées sur des jeunes filles âgées entre 4 et 12 ans. étant donné que les MGF sont majoritairement pratiquées sur des filles mineures, elles constituent une violation des droits des enfants », explique éloïse Malcourant, chargée de communication et responsable éducation permanente de la Fédération des Centres de Planning familial des Femmes Prévoyantes Socialistes (FCPF-FPS).

La FCPF-FPS lutte depuis plusieurs années contre les différentes formes de violences faites aux femmes, notamment contre les violences sexuelles et, dans ce cas en particulier, contre les MGF subies par de nombreuses femmes au sein de divers pays du monde.

Des femmes de l’entourage

Il est donc incorrect de croire que le phénomène des MGF ne concerne que les pays non-européens. Lors des vagues d’immigration, des personnes pratiquant l’excision sont arrivées dans les pays européens. Les familles migrantes résidant en Europe font parfois appel à un-e excis-euse/eur afin de ne pas devoir retourner obligatoirement dans le pays d’origine pour pratiquer l’excision sur les filles/femmes. Ces pratiques sont, dans la majorité des cas, exercées par des femmes issues de l’entourage proche de la jeune fille.

Ces mutilations ont un but identitaire visant à faire accepter les filles/femmes par la société pour qu’elles appartiennent au groupe ethnique. Dans certaines ethnies, une fille/femme non-excisée sera considérée comme impure par ses congénères.

Dans beaucoup de groupes ethniques, ce sont des femmes, dites exciseuses traditionnelles, qui pratiquent l’excision sur les filles/femmes. En Égypte, au Kenya et au Soudan, les MGF peuvent être réalisées par des professionnels de la santé (médecins, sages-femmes, infirmiers…), en milieu hospitalier.

Les MGF interdites par la loi

Sur le plan légal, la loi belge interdit et condamne les MGF sur le territoire belge à condition que l’auteur se trouve sur le sol belge. Elle intervient également lorsqu’une personne (souvent une jeune fille accompagnée de ses parents), résidant en Belgique, retourne dans son pays d’origine pour subir une excision. Entre 2008 et 2014, seules 19 plaintes concernant des MGF ont été enregistrées en Belgique mais aucune condamnation n’a été recensée, (source : United to End Femal Genital Mutilation 2017, focus pays Belgique). Cela n’exclut cependant pas la possibilité de recourir à ces pratiques clandestinement.

Comment lutter contre ces mutilations ? « Le premier axe à mettre en place est de poursuivre l’élaboration de campagnes de sensibilisation, d’information et de prévention autour des MGF », ajoute Eloïse Malcourant.

« Une seconde action à entreprendre est la formation des acteurs pouvant être concernés par cette problématique, issus de divers milieux professionnels. Les formations déjà en place doivent être poursuivies et accentuées dans les années à venir ».

Outre la pérennisation des subsides actuellement accordés aux institutions traitant la problématique des MGF, celles-ci mettent l’accent sur le besoin de subventions supplémentaires afin de favoriser l’engagement de nouveaux travailleurs, l’élargissement des permanences médicales, l’augmentation du nombre de consultations psychologiques, le développement d’activités d’information et de sensibilisation du grand public, l’accroissement du nombre de formations destinées aux professionnels, etc. -

À noter :

plus d’infos sur www.infoviolencessexuelles.be, www.femmesprevoyantes.be (pour lire l’analyse complète) et www.planningsfps.be.

À Liège, une approche pluridisciplinaire

Depuis de nombreuses années, le Centre de Planning familial (CPF) des FPS de Liège accueille des femmes concernées par les mutilations génitales féminines. De la rencontre avec ces femmes aux besoins spécifiques est née la nécessité de leur proposer une approche pluridisciplinaire spécifique unique à Liège qui est la troisième ville belge la plus concernée par les MGF.

Les filles et femmes, victimes de MGF, se rendant dans le CPF des FPS de Liège sont principalement originaires de Guinée, de Djibouti et de Somalie. Elles sont souvent en procédure d’asile, viennent seules, dans le but de protéger leur(s) fille(s) de l’excision.

Fort de son expertise en santé sexuelle et reproductive et en matière de violence de genre, le CPF des FPS de Liège accueille des femmes mais également des fillettes, des hommes, des familles et des couples concernés par les MGF. Cette prise en charge pluridisciplinaire se décline en une permanence d’accueil psychosocial sans rendez-vous, des consultations gynécologiques, un soutien et un accompagnement psychologique gratuit (individuel ou de couple), des consultations sociales gratuites, des consultations juridiques gratuites.

De plus, le CPF des FPS de Liège a décentralisé une permanence d’accueil psycho-social hebdomadaire au sein du service de gynécologie-obstétrique du CHR de la Citadelle de Liège afin d’aller à la rencontre des mères et des pères à un moment clé de leur vie : la naissance d’un enfant. -

Mutilations génitales féminines, de quoi parle-t-on ?

Les mutilations génitales féminines (MGF) constituent une violation de plusieurs droits fondamentaux des filles et des femmes dont le droit à la vie, le droit de ne pas être soumis à des tortures ou encore le droit à l’intégrité physique.

Elles reflètent une profonde inégalité entre les sexes. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) les définit comme étant « toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non-thérapeutiques ».

Blesser intentionnellement

En d’autres termes, ces interventions endommagent et blessent intentionnellement les organes sexuels externes de la femme pour des raisons non-médicales. La forme la plus connue de mutilation génitale féminine est l’excision, c’est-à-dire l’ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres (qui entourent l’orifice vaginal) mais ce n’est que l’un des 4 types de MGF classées par l’OMS.

Il y également la clitoridectomie (ablation partielle ou totale du clitoris et/ou du capuchon du clitoris), l’infibulation (rétrécissement de l’orifice vaginal par la création d’une fermeture, réalisée en coupant et en repositionnant les lèvres intérieures, et parfois extérieures, avec ou sans ablation du clitoris) ainsi que les mutilations non classées mais néfastes au niveau des organes génitaux féminins pratiquées à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux. Le type de mutilations génitales féminines pratiquées varie selon le pays et l’ethnie d’origine.

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