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Une hausse des prix inévitable dans les supermarchés Colruyt? Le grand patron, Jef Colruyt, veut rassurer sa clientèle: «Les prix les plus bas chez nous, c’est une garantie pour le budget des clients»

À la tête du groupe Colruyt depuis 1994, Jef Colruyt pèserait 2,4 milliards d’euros, ce qui le place à la 16e place des Belges les plus riches du pays. Rencontre
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Jef Colruyt est finalement un patron plutôt simple. Ce jeudi, il venait en bord de Meuse inaugurer le nouveau bâtiment de son nouveau bébé, Newpharma. Une occasion en or pour le rencontrer, lui qui préfère les conseils d’administration de ses sociétés aux conférences de presse. « Le baron Colruyt », titre auquel le roi Philippe l’a élevé en 2013, a présenté lui-même la vision du groupe sur le secteur de la santé à l’assemblée de journalistes présents. Il mâche un chewing-gum, détendu. Il répond aux questions des journalistes, dont de nombreux Flamands qui ont fait le déplacement tant ses apparitions sont rares même au nord du pays. Et puis, il répond aux interviews, et nous confie qu’il prend une grande respiration face aux caméras, pour être plus détendu.

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> Monsieur Colruyt, vous êtes à la tête de 32.000 personnes aujourd’hui dans le Colruyt Group. C’est quoi la recette d’un bon patron ?

Pour moi personnellement, c’est être humain avant tout. Je trouve qu’on est tous humains, donc à partir de là, il y a une égalité. Chacun a son rôle dans le groupe. Moi, j’ai le mien et c’est un rôle différent des autres, avec une responsabilité différente. Et il faut bien combiner les deux.

> Il y a 20 ans, vous avez été élu manager de l’année. Est-ce qu’en 20 ans, le milieu de l’emploi a changé ? Est-ce qu’il vous inquiète ?

Une partie m’inquiète et une partie me donne beaucoup d’énergie. L’énergie des jeunes, leur enthousiasme, leurs possibilités de penser librement, de s’informer. Là, ça me donne beaucoup d’énergie. Et il y a une partie qui me donne des soucis, la partie émotionnelle, l’équilibre avec lequel ils vivent ; beaucoup de jeunes ont du mal à trouver leur place das le monde et ça, ça m’inquiète.

> On est ici chez Newpharma, le nouveau bébé de Colruyt Group. Vous avez investi dans la santé parce qu’il n’y a plus d’investissements à faire dans le retail, qu’on est arrivé à un plafond ?

Non, il y a encore beaucoup de possibilités dans le retail. On avait lancé le nutri-score avec les codes A, B, C, D. Mais est-ce que ça va améliorer votre santé ? Pas automatiquement. Il y a aussi la partie physique, mentale, et pas uniquement l’alimentation. Qu’est-ce que nous, comme retailers, on peut rajouter aux services et produits qu’on vend dans les magasins Colruyt, Bio-Planet ? Avec Newpharma, on ajoute tout ce qui est vitamines par exemple. On a ajouté avec Jims tout ce qui est fitness. On essaie d’avoir une approche holistique de tout ce qui concerne la santé.

> Le grand public connaît une crise sans précédent, une crise énergétique et du pouvoir d’achat. Vous, en tant que patron, ça vous inquiète ? Comment est ce que ça impacte le groupe Colruyt ?

Pour le moment, il y a un impact sérieux des coûts d’énergie qui montent à 70 millions d’euros d’énergie en plus en un an. C’est beaucoup. Donc on essaye de diminuer les coûts dans les magasins, dans les entrepôts le plus possible parce que pour le moment, ce n’est pas facile.

> Et par rapport aux clients ? On voit que les gens achètent de plus en plus de marques propres, limitent leur budget.Qu’est-ce que Colruyt peut faire en plus ?

Les prix les plus bas, c’est une garantie pour les clients. Pour les aider dans leur budget. Et de l’autre côté, on doit voir aussi comment on peut diminuer nos coûts.

> Par rapport à vos employés, est-ce qu’il y a une réflexion aussi pour les aider davantage face à cette crise énergétique ? Certains patrons prennent des mesures ponctuelles…

Pour le moment, on est dans une situation qu’on vit en groupe, tous ensemble. On n’a pas d’argent disponible pour donner ici et là, donc c’est plutôt une aide émotionnelle, mentale. Donner des conseils, des idées aux membres du personnel pour économiser un peu d’argent, ça on peut le faire.

> Face à la situation actuelle, Colruyt reste optimiste pour l’avenir. Comment est ce que vous faites ? Parce que le mois dernier, les actions Colruyt ont baissé de 40 %. Ça vous impacte en tant que patron…

Pour une partie, oui, mais on sait ce qu’on veut faire. Je crois qu’on a une bonne vue sur le futur. On sait aussi où et combien on veut investir : dans la durabilité de nos magasins, dans tout ce qui est digital, dans la formation du personnel. On sait qu’on fait les bons choix. À court terme, il y a évidemment le risque de l’Ukraine : si ça se détériore, on aura peut-être un problème. Mais on croit que tous ensemble, avec 32.000 personnes, on va le faire.

> Vous allez bientôt fêter vos 64 ans. Qu’est ce qui est prévu l’année prochaine ? Tout le monde se demande si Jef Colruyt va prendre sa pension à 65 ans...

Tout le monde est très curieux. Mais pour le moment, on est dans un orage et un capitaine ne part pas du navire aussi longtemps qu’on est. dans une crise.

Vous êtes la 16e fortune belge avec 2 milliards d’euros. Comment est ce que vous faites pour garder les pieds sur terre ?

Ne pas avoir ça en tête. Ce n’est pas à moi, c’est pour les générations suivantes. Moi, j’ai mon boulot à faire. J’ai une belle maison. J’ai un camping-car pour mes congés. C’est tout ce qu’il me faut. Je n’ai pas besoin de plus.

Vous ne dépensez pas votre argent dans des produits de luxe ou autre ?

Ça ne m’intéresse pas.

Chez Colruyt, c’est un groupe familial, c’est très important ?

Oui, cette connexion humaine entre toutes les personnes, pour moi c’est l’essentiel.

Propos recueillis par Laurence Piret

Des produits de santé dans les rayons Colruyt

En juin dernier, le groupe Colruyt a acquis les actions qu’il lui manquait dans Newpharma, dont il détenait déjà 61 % des parts. L’entreprise liégeoise, lancée en 2008, est devenue un des acteurs majeurs sur le marché de la pharmacie en ligne. Sa spécificité par rapport à d’autres sites de parapharmacie est justement de proposer à la vente des produits de pharmacie délivrés sans ordonnance. Les produits sous ordonnance étant, eux, réservés à la vente dans les officines.

Ce rachat par Colruyt Group devrait permettre à l’entreprise de continuer à grandir, elle qui vient d’être élue « meilleur e-commerce 2023 » en France dans la catégorie parapharmacie. « Une reconnaissance sur le marché français », estime le CEO, Gilles Jourquin. « Notre force est notre équipe de pharmaciens qui conseillent les clients 7 jours sur 7 par courriel ou chat ».

4,6 millions de clients dans 13 pays

L’entreprise inaugurait ce jeudi son tout nouveau site de distribution en bord de Meuse, à Wandre : 20.000 m² d’où partent l’ensemble des colis Newpharma vers les 4,6 millions de clients dans les treize pays qu’elle livre.

Après deux années de croissance exceptionnelle, dues au Covid et aux nouvelles habitudes d’achats en ligne des consommateurs, Newpharma constate aussi un espacement des commandes chez ses clients, et de plus petits paniers d’achat. Ce passage sous giron « Colruyt », sera aussi l’occasion de toucher un nouveau public, puisque les magasins Colruyt proposent désormais entre 100 et 300 références selon la taille du magasin, qui proviennent des références Newpharma. « Des produits d’hygiène corporelle, des vitamines, des produits pour bébé, des produits saisonniers aussi comme les anti-moustiques l’été ou des produits pour la toux l’hiver », ajoute Gilles Jourquin.

Les clients de Newpharma et de Colruyt auront aussi la possibilité de grouper leurs commandes, pour les retirer en même temps via le service Collishop de Collect&Go.

Aujourd’hui, Newpharma engage 325 personnes et cherche aussi du personnel… mais désespère de le trouver ! « Nous avons engagé 40 personnes l’an dernier, et nous sommes à la recherche d’une cinquantaine de profils… D’autant que nous arrivons à une période de forte activité avec les fêtes de fin d’année ».

L.P.

«Les besoins des clients évoluent»

Avec le rachat de Newpharma, Colruyt Group met donc l’accent sur la santé dans son portefeuille d’entreprises.

« On voit que la société évolue, que les besoins des clients évoluent. Alors on évolue aussi », a expliqué Jef Colruyt. « Notre philosophie, c’est de créer une valeur ajoutée durable sur le marché et un savoir-faire dans la distribution, de simplifier la vie des clients aujourd’hui et demain ».

Outre le retail, avec ses marques Colruyt mais aussi Okay, Bio-Planet et Spar notamment, le groupe Colruyt c’est aussi Dreamland, Dreambaby, l’académie Colruyt, les salles de sport Jims, les stations-service Dats 24…

« La santé, c’est primordial et on l’a vu avec le Covid. Chacun doit prendre ses responsabilités pour sa propre santé, le médecin ne peut pas tout solutionner. On paie tous beaucoup de taxes qui partent vers le curatif, mais il faut travailler sur le préventif. En tant que retailer, on peut parfois se poser des questions sur ce qu’on vend. On vend des cigarettes, de l’alcool, des choses qui ne sont pas toujours bonnes pour la santé. Avec Newpharma, on se dit qu’on apporte une offre qui peut aider les clients. C’est pour ça qu’avec Colruyt Group, on est aussi sur le fitness avec Jims, On a 60.000 clients et 25 salles. On a créé l’application Smart With Food, qui permet aux gens de savoir s’il y a des allergènes dans les produits qu’ils achètent et comment les remplacer… Le client est toujours central dans notre démarche ».

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