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Enveloppe de 25.000€, conseils sur sa consommation, chèques énergie…: les patrons agissent aussi pour aider leurs employés à affronter la crise énergétique

Les temps sont durs, pour la plupart des entreprises aussi. Pourtant, certains patrons lancent des initiatives solidaires pour aider leurs employés à passer cet hiver. Pour le faire, certains redoublent d’ingéniosité.

Vous n’êtes pas les seuls à être inquiets pour vos factures d’énergie, peut-être que vos patrons le sont aussi. Ces trois chefs d’entreprise n’ont pas hésité à prendre des initiatives pour protéger leurs employés.

Gaetean Gossiaux, Tournai. Patron d’une concession automobile, Gaetan Gossiaux a décidé de mettre en place une enveloppe de 25.000€ à disposition de ses employés, nous apprend la « RTBF ». Le principe est simple, si les salariés se retrouvent dans le besoin, ils peuvent venir réclamer une aide à piocher dans ce pot commun. Le directeur espère que les 25.000€ suffiront à passer l’hiver. Les employés devront rembourser l’argent dans le courant de l’année prochaine, le tout sans intérêt bien sûr.

Cette initiative pourrait être appréciée et soulager les salariés de l’entreprise : « Cela me rassure, car ça donne une roue de secours au cas où. Si on n’y arrive pas, on peut compter là-dessus, sans passer par une banque et payer des taux d’intérêt qui rajouteraient encore de la difficulté » affirme David Decroix, un des employés de l’entreprise avouant devoir déjà consacrer 1.300€ uniquement sur son budget énergie. De son côté, le directeur espère inspirer d’autres patrons à suivre le mouvement et à agir de façon solidaire.

Fernand Huts, Anvers.

Et pourquoi ne pas utiliser des chèques énergie à la manière des chèques consommation ? C’est l’idée qu’avance l’extravagant Fernand Huts nous rapporte le « Trends Tendances ». L’ancien homme politique et PDG de l’entreprise Katoen Natie, prestataire international de services logistiques et opérateur portuaire d’Anvers. « Chez Katoen Natie et Indaver, nous voulons venir en aide à nos travailleurs », a déclaré le PDG haut en couleur lors d’un discours célébrant sa victoire aux Nieuwe Vlaamse Meester par Pro Flandria, un réseau qui récompense les entrepreneurs et artisans pour leur réussite professionnelle et leur contribution au rayonnement culturel de la Flandre.

Habitué des déclarations fracassantes sur les pouvoirs publics, Fernand Huts n’a pas raté l’occasion de mettre le gouvernement au défi. Le PDG souhaite reprendre le principe des chèques à la consommation pour l’adapter à la sauce énergie. Problème, il n’existe pas de cadre légal permettant ce genre de chèques. Sa proposition pour sortir de ce qu’il appelle un « bain de sang » énergétique est la suivante : « je propose l’octroi au cours des cinq mois d’hiver de cinq chèques énergie d’une valeur de 500 euros sur lesquels les entreprises ne payeraient qu’une cotisation sociale de 16 %. Je suis convaincu que si la rue de la Loi nous donne le feu vert, de nombreuses entreprises suivront l’exemple ».

Lieven Bonamie, Gand. L’agence pour l’emploi BOEMM ! qui rivalise d’inventivité pour aider ses employés à passer l’hiver. L’entreprise a décidé non pas d’augmenter les salaires mais bien d’offrir à chaque personne la visite d’un consultant en énergie lit-on dans les colonnes de « Het Laatste Nieuws » de ce jeudi. « Un investissement de près de 30.000€ pour l’entreprise qui espère faire gagner bien plus d’argent à ses salariés qu’en leur offrant une prime pour les aider à traverser cette crise », déclare le PDG Lieven Bonamie.

Une aide qui peut faire gagner gros

Kathy De Weirt, la responsable marketing de l’entreprise a déjà reçu la visite de son conseiller. À peine arrivé, l’expert demande la facture d’énergie la plus récente de Kathy. « Comme point de départ, je prends le relevé de gaz et d’électricité le plus récent », dit-il. « Dans le cas de Kathy, je vois immédiatement qu’il y a encore beaucoup d’économies à faire. Elle a utilisé un peu plus de 28.000 kWh de février 2021 à février 2022, alors que pour une maison comme celle-ci, avec trois personnes, cela devrait être environ 22.000 kWh », annonce le spécialiste. En deux trois mouvements, le conseiller armé de sa caméra thermique met le doigt sur des endroits où la chaleur s’échappe. Des écarts entre les poutres et un mur non isolé, un trou autour du tuyau d’évacuation des toilettes, rien ne lui échappe. Outre l’expertise de la maison, le conseiller donne aussi ses petites astuces à Kathy : « Accrochez une feuille de radiateur derrière vos convecteurs, ce qui réfléchira la chaleur radiante à l’intérieur. Remplacez dès que possible tous les spots halogènes par des lampes à LED… ».

Constat à la fin de la visite : si Kathy suit l’ensemble des conseils qu’elle a reçu, elle pourrait économiser jusqu’à 2.000€ par an. Une réussite pour Lieven Bonamie, le patron de l’entreprise : « Nous nous sommes mis d’accord avec l’entreprise d’expertise pour payer 150€ par logement visité. À la place d’offrir 150€, nous avons offert beaucoup plus, Kathy et ses fils vont pouvoir compter sur une économie de 2.000 euros grâce à nos conseils ».

Ce chèque énergie donné par l’entreprise est-il une piste crédible?

Comme le propose Fernand Huts, il existe la piste des chèques énergie ne comprenant que 16 % de cotisation sociale. Déjà utilisés durant la crise du coronavirus, ils ont fait leurs preuves sur une période concise. Le ministre de l’Économie et du Travail s’est dit prêt à accepter ce chèque s’il ressort des discussions entre les partenaires sociaux qui travaillent sur l’élaboration des prochains accords interprofessionnels. Pourtant, que ce soit à l’Union des Classes Moyenne (UCM) ou au Syndicat libéral, la piste semble froide.

« Oui, on peut toujours envisager ce chèque », affirme Thierry Evens, l’attaché de presse de l’UCM. « Nous ne voyons pas d’un mauvais œil ce genre d’aide mais nous sommes aussi inquiets pour les employeurs qui ont énormément de charges pour l’instant », complète-t-il. Du côté du Syndicat libéral, on ne retrouve aussi que très peu d’engouement. « Toute aide est bonne à prendre oui mais nous pensons que cette solution manque un peu d’équité » confie Didier Seghin, le porte-parole du Syndicat libéral. « Le souci c’est que toutes les entreprises ne pourront pas proposer un nouveau chèque énergie. C’est aussi une solution de court terme alors que nous préférons discuter des solutions plus pérennes », explique le porte-parole.

Concrètement, ce chèque ressemble fortement à un pétard mouillé. Si les patrons souhaitent organiser des initiatives solidaires, ils devront passer par d’autres moyens.

Un patron pourrait par exemple accorder un prêt sans intérêt ou à taux d’intérêt réduit à son personnel. Cette option ne sera pas soumise à des cotisations sociales tant que l’employeur récupère le montant prêté dans l’année.

Une avance sur salaire peut aussi être envisageable. Cela ne coûtera rien à l’employeur mais ne sert qu’à repousser le problème.

Enfin, une solution indirecte serait d’augmenter certains avantages extralégaux comme les chèques repas pour soulager le portefeuille des employés.

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