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«Welcome to Chippendales»: que vaut la série sur les débuts des plus célèbres strip-teasers au monde?

Sexe, drogue, rivalités, racisme, meurtre… Si les Chippendales ont des dessous très légers, on ne peut pas en dire autant de leur histoire. La preuve par cette passionnante mini-série à découvrir bientôt sur Disney +.

Il y a maintenant plus de cinquante ans que des groupes de strip teasers musclés et huilés font fantasmer des millions de gens aux quatre coins du monde. Des hommes à la plastique de rêve appelés… Chippendales. Mais non seulement, ces objets du désir ne sont pas nés de nulle part, mais les dessous de leur histoire, cousus de sexe, d’argent, de sueur, de drogues, de magouilles et de crimes, sont particulièrement gratinés.

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Des coulisses que reconstitue avec force détails la mini-série « Welcome to Chippendales », soit huit épisodes plus denses que « danse », qu’a lancés le service de service de streaming américain Hulu ce 22 novembre. Il s’agit d’une création de Robert Siegel, à qui l’on doit déjà le récent et sulfureux « Pam et Tommy », qui est l’adaptation du livre « Deadly Dance : The Chippendales Murders » (« La Danse mortelle : Les meurtres des Chippendales »), co-signé par K. Scot Macdonald et Patrick MontesDeoca.

La première chose à signaler sur ce produit aussi copieux que bien ficelé, et le portrait d’une époque bien révolue, c’est qu’on n’y voit très peu les Chippendales, en fait. On en aperçoit quelques-uns faire bestialement l’amour à des « admiratrices » et sniffer de la cocaïne à gogo dans les coulisses, mais ici, tout est axé sur un homme, qui n’a absolument pas leur apparence… Cet homme, incarné par l’excellent Kumail Nanjiani (révélé en 2011 par « The Big Sick »), c’est Somen dit Steve Banerjee, un natif de l’Inde qui, au milieu des années 70, sans crier gare, brûle toutes ses économies pour acheter un club quasi désaffecté de Los Angeles, le Destiny II. Pour l’animer, il s’associe à un loser qui se prétend le plus gros manager de la ville, Paul Snider (Dan Stevens), lequel sort avec la jeune et belle actrice Dorothy Stratten (Nicola Peltz Beckham). Un soir, ces trois-là se retrouvent dans une boîte gay de San Diego, et en voyant un homme attirer tous les regards en se trémoussant à moitié nu à l’étage, Steve a l’idée de recruter des éphèbes athlétiques pour émoustiller les femmes dans son club. Paul est réticent, mais Dorothy lui confirme que les femmes, elles aussi, peuvent être excitées par la chair de l’homme. Peu de temps après, jaloux comme un tigre, Paul tue Dorothy avant de se donner la mort. Une tragédie qui fait hélas partie de l’histoire d’Hollywood, mais n’est qu’un petit élément de celle des Chippendales.

« Show must go on » : Steve engage ensuite, pour former le premier groupe de Chippendales (dont certains membres sont dégotés à la fameuse Muscle Beach de Venice), le chorégraphe Nick De Noia. Il est incarné par l’Australien Murray Bartlett, qui a vu sa carrière s’enflammer depuis qu’il a campé le manager toxicomane de la première saison de « The White Lotus ». DeNoia est aussi doué qu’il est une forte tête, et va souvent rentrer dans le lard de Steve, et vice versa. Quand ce dernier organise un shooting pour un calendrier dont Nick n’est absolument pas au courant, la coupe commence à déborder dangereusement entre les deux hommes.

À propos de calendrier… La série pointe aussi le racisme de Steve, dont la troupe de showmen compte un Afro-américain, Hodari (Quentin « The Good Lord Bird » Plair »), mais retire ses images d’un des calendriers des Chippendales qu’il vient de réaliser. Ce qui pousse Hodari non seulement à créer le sien, mais à claquer la porte. Steve est aussi accusé d’interdire l’entrée de son club aux gens de couleur, ce qui lui vaut d’être traîné devant les tribunaux. Un drôle de type, assurément, et certainement pas le plus sympathique… Par ailleurs, parce qu’il craint la concurrence comme la peste, il fait brûler l’un de ses clubs rivaux, le Red Onion.

Mais celui qu’il redoute le plus, c’est Nick, qui est totalement gay mais est marié à une femme et devient, dans le club, inséparable d’une groupie du nom de Denise, qui est plutôt très vulgaire et « invente » le fameux froc en cuir des Chippendales qui s’arrache par-devant. Mais oui, vous savez… Cette nana très nature est incarnée par… Juliette Lewis, qui a dû s’amuser à tourner toutes ces scènes délirantes dont cette longue séquence où on la voit, des nuits durant, se droguer et roucouler avec Nick et son dernier amant, incarné par Andrew Rannells (« Black Monday »). Des moments de débauche qui se passent… à New York, où Nick a décidé de créer seul ses Chippendales. Grâce à un arrangement scellé auparavant avec Steve, il a une licence qui le lui permet, tout comme il peut aussi organiser des tournées avec ses « boys ». Une déclaration de guerre à Steve, qui se retrouve coincé. D’autre part, à Los Angeles, son business périclite. Sa femme, Eileen, qui fait la comptabilité et à qui il fait croire que c’est lui qui a ouvert un club « Chippendales » dans la « Big Apple », lui annonce qu’ils vont devoir vendre leur somptueuse maison. Puis, noyé par les dettes et les procès, il est contraint de mettre la clef sous le paillasson de son club de Los Angeles.

Une chute vertigineuse qui le fait plonger dans la poudre blanche et lui donne les idées les plus noires. C’est alors qu’il commet l’impensable… Lorsque De Noia le poursuit en justice pour avoir également mis sur pied des tournées « Chippendales », il décide de le supprimer. Et il met son projet à exécution. Il demande à son copain Ray Colon, qui vient du Bronx et a été biberonné par la mafia, de s’occuper de ça. Le 7 avril 1987, ce dernier embauche un drogué du nom de Louie, lequel monte jusqu’au bureau de De Noia et lui tire dessus, en pleine tête. Son corps est retrouvé quelques minutes plus tard par son amant. Et parce qu’elle sait que c’est Steve qui a fait ça, Louise, ivre morte, vient faire un esclandre devant sa maison.

Selon toute vraisemblance, Steve tente aussi d’éliminer deux de ses ex-associés et, quatre ans plus tard, veut réserver le même sort à d’anciens Chippendales, devenus membres d’Adonis, autre groupe de danseurs sexy. Une nuit, dans une boîte de Blackpool en Angleterre, un certain Read Scot, l’un de ces danseurs, est interpellé par deux agents du FBI qui lui disent : « Une menace pèse sur trois d’entre vous. « On veut vous tuer par une injection de cyanure. » Et Scot, sous le choc, de répondre : « Ça ne peut être que Steve Banerjee. »

En 1993, celui-ci est arrêté pour meurtre, racket et tentative d’incendie, et est condamné à vingt-six ans de prison. Il se pend dans sa cellule un an plus tard.

Alors, légère, l’histoire des Chippendales ? Le plus noir des polars, oui, avec un méchant qui n’est autre que le fondateur de ces shows qui font encore un tabac aux quatre coins de la planète.

Vous l’avez compris : même si huit heures, c’est un peu long pour relater tout ce qui s’est passé au cours des premières années « Chippendales », on a trouvé captivante cette mini-série qui replonge en plus dans l’époque bénie des 70ies et des 80ies. Avec tous les looks qui y sont associés !

Ce ne serait pas une surprise de voir cette mini-série nommée dans plusieurs catégories aux Golden Globes et Emmy Awards. L’interprétation de Kumail Nanjiani est simplement impeccable. Quant à Murray Bartlett, comme on le soulignant, il confirme ici son talent, même si, comme dans « Looking » et « The White Lotus », il a encore un emploi de gay.

En Belgique, c’est Disney + qui proposera prochainement cette histoire, dont le réalisateur Tony Scott voulait faire un film, avant son suicide il y a dix ans.

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