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Notre grande interview avec Charles Michel, président du Conseil européen: «La priorité de l’Europe est de faire baisser le prix de l’énergie» (vidéo)

Au cœur de l’Europe, de la capitale, Charles Michel, le président du Conseil européen depuis le 1er décembre 2019, nous reçoit.
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Celui qui a succédé à Donald Tusk croit en l’avenir de l’Europe. De Jodoigne à Namur en passant par le 16 et puis le centre de l’Europe, le parcours de l’ex-président du MR se concentre aujourd’hui sur le défi énergétique.

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Que pouvez-vous faire pour les factures des Européens qui explosent ?

« J’ai trois points d’action sur la crise de l’énergie : il faut une plus grande rigueur dans notre consommation. Nous montrons l’exemple dans ce bâtiment (le siège du bureau de Charles Michel qui nous accueille en pull), comme dans les autres, on doit être plus sobres et en investissant aussi mieux pour l’efficacité énergétique. »

Vous avez réduit le chauffage dans votre bureau aussi ?

« Comme vous pouvez le sentir, il fait frais. On s’est imposé des normes en baissant les températures et en ne chauffant pas de manière systématique. Chacun doit apporter la goutte d’eau dans l’effort collectif. »

Et les autres solutions ?

« Nous devons aussi trouver une solution par rapport à la sécurité d’approvisionnement. Nous avions 40 % du gaz qui venait de Russie avant le début de la guerre. Nous sommes maintenant à 7,5 % qui vient de Russie. Nos stocks ont été rechargés au-delà de la moyenne habituelle. Même si la Russie a tiré un missile énergétique sur nous, nous avons pu trouver des partenaires fiables pour garantir notre approvisionnement. »

Et que faire face à la hausse des prix ?

« C’est le plus douloureux pour nos citoyens. Je suis déterminé et c’est pour cela que j’ai secoué le cocotier européen à plusieurs reprises ces dernières semaines. Le Conseil européen a demandé à la Commission de faire des propositions depuis le mois de mars. Les chefs d’État m’ont soutenu. La lenteur de la Commission est un problème. Les ministres de l’énergie travaillent pour trouver un accord sur des propositions qui doivent avoir un impact pour le citoyen. Il ne faut pas de propositions théoriques. »

C’est plus difficile d’avoir un accord que lors de la crise du Covid ?

« Chacun, aujourd’hui, reconnaît que la stratégie d’acheter des vaccins ensemble était la bonne. Appliquons la même démarche pour faire baisser le prix de l’énergie ensemble. Il faut avoir la volonté de le faire. C’est la priorité numéro 1 »

Ne serait-ce pas même une priorité démocratique ? Ces prix très hauts amènent des tensions dans les pays…

« C’est tout à fait vrai. L’adhésion des citoyens au projet démocratique et national se fonde sur la conviction que l’on est protégé par l’Europe et les institutions démocratiques. Un Conseil européen aura lieu le 15 décembre et tout doit être mis en œuvre au plus vite. »

Guerre en Ukraine: «Je n’exclus pas d’avoir à nouveau des contacts avec Poutine»

Qu’avez-vous vu en Ukraine, quand vous étiez sur place ?

« J’ai pu voir le contraste entre Kiev qui était une ville très vivante et vibrante en décembre dernier et le Kiev après les bombardements avec des immeubles éventrés. J’ai été aussi à Borodianka et rencontré des femmes et des enfants qui ont vécu l’occupation russe. Ils ont vécu des crimes de guerre. J’ai eu l’occasion au fil de ma vie politique d’aller sur des théâtres de guerre ou des zones de conflit notamment en Afghanistan. Cette guerre ne doit pas non plus nous faire oublier les autres guerres comme dans le Sahel, la RDC, l’Éthiopie… »

Vous étiez attentif à la situation en Ukraine ?

« Un an plus tôt, j’étais dans le Donbass sur la ligne de démarcation. L’année avant la guerre, j’ai été trois fois en Ukraine et c’est le seul pays hors Europe que j’ai visité autant. J’ai tenté avec d’autres que des contacts directs se nouent entre Zelensky et Poutine. Poutine les refusait d’ailleurs les semaines avant la guerre, ce qui voulait dire quelque chose… »

Croyait-on que la guerre n’arriverait plus en Europe ?

« Moi, je me souviens très bien quand j’étais enfant que mes grands-parents m’expliquaient (et cela a participé à ma conscience européenne) ce qu’était la vie quotidienne au moment de l’occupation allemande en Belgique. Notre génération a pensé que le projet de l’Union européenne nous protégeait contre le risque de guerre. »

Mais que faire maintenant ?

« Nous devons soutenir l’Ukraine autant que nous le pouvons parce que l’Ukraine se bat pour son propre avenir et celui de ses enfants. Ils sont en première ligne pour défendre nos valeurs démocratiques, nos libertés fondamentales. »

Vous avez encore des contacts avec Poutine ?

« Depuis 8 ans, j’ai eu des contacts réguliers avec Poutine. Y compris avant et après le déclenchement de la guerre. Depuis mars, je lui ai donné des messages en lien avec Zelensky. Depuis la découverte des exactions à Borodianka, je n’ai plus de contact avec lui. Je n’exclus pas d’en avoir à nouveau avec lui. Aujourd’hui, c’est la situation militaire qui domine, mais à un moment donné les Ukrainiens considéreront qu’il y a un espace en dehors de l’action miliaire. »

«Je suis contre le boycott de la Coupe du Monde au Qatar»

Que faites-vous le dimanche ?

« Je travaille et je passe du temps en famille même si ces dernières semaines j’ai passé beaucoup de temps à l’étranger en mission. Mon ressourcement, c’est ma famille, mon épouse, mes enfants. J’ai un grand garçon de 18 ans et des filles de 6 et 3 ans. On adore faire de grandes balades en lisière du bois de Lauzelle. Quand je suis en Belgique, j’essaie le plus souvent possible de les conduire à l’école le matin. »

Le temps pour un peu de sport ?

« De manière régulière, je me réinscris dans une salle de sport. Mais je ne pratique pas assez. Je fais un peu de natation. Cela reste un de mes objectifs : faire plus de sport. »

Un regard politique sur la Belgique ? Vous pouvez ?

« Je reste un responsable politique. J’ai des opinions politiques. Évidemment comme ancien Premier ministre et dans ma fonction actuelle, je reste discret et je ne m’exprime pas sur la situation belge. Je suis fondamentalement intéressé par l’avenir de mon pays, de l’Europe. »

Rassuré par l’État de la Belgique pour l’instant ?

« Je suis avec attention l’ensemble des décisions qui sont prises et l’actualité en Belgique. Je sais qu’être Premier ministre n’est pas une tâche facile. J’ai vécu cette expérience. Je respecte ceux qui tentent de garder le pays droit dans les tempêtes. Ils ont mes encouragements. »

Vous pensez encore à votre parti, le MR ? Comment se porte-t-il ?

« Je ne m’exprime pas sur le sujet. Toutefois, ce n’est pas un secret, je reste un libéral réformateur. Je crois à l’autorité de l’État, à la justice et à la sécurité, à la liberté d’initiative et d’entreprendre. »

La Coupe du monde au Qatar, vous avez été invité ? Vous irez ?

« J’ai été invité, mais je n’irai pas. Mon agenda ne me le permet pas. Je ne pense pas que j’ai une valeur ajoutée à participer à cet événement. J’ai regardé le premier match des Diables avec mes filles à la maison. »

Que pensez-vous du boycott ?

« Je suis contre le boycott. J’ai été au Qatar au mois de juillet. Je pense qu’il faut parler et échanger avec le Qatar sur les conditions de travail. Je pense qu’ils ont fait des progrès parce que la Coupe du Monde a eu lieu chez eux. Nous devons rester engagés dans des discussions avec eux pour qu’il y ait encore des progrès après la Coupe du Monde au Qatar. »

Chine: «La relation économique n’est pas équilibrée»

Alors que vous rentrez de Chine, quelle est la relation entre l’Europe et la Chine ? Elle vous inquiète ?

« Cette question était importante pour moi quand j’étais Premier ministre belge, et aujourd’hui encore plus, comme président du conseil européen. Nous devons défendre calmement mais fermement nos principes démocratiques et notre soutien pour les droits humains et les libertés fondamentales. Ensuite, nous avons une préoccupation due à un manque de réciprocité : l’Union européenne a permis aux Chinois de faire du commerce et dans le même temps, la Chine n’a pas ouvert son marché avec la même réciprocité. C’est injuste, ce n’est pas équilibré. Il faut rééquilibrer la relation. »

Comment ?

« Il faut se parler et surtout ne pas devenir demain dépendant des nouvelles technologies avec la Chine comme nous avons été dépendants du gaz avec la Russie. Nous ne pouvons pas faire la même erreur. Enfin, on ne peut pas oublier les enjeux globaux. Le climat est une priorité absolue. On ne peut pas ignorer la Chine dans ce secteur. Ce serait grotesque. Le climat, la santé, les questions de sécurité, la situation en mer de Chine du sud… sont des sujets dont il faut parler.

Le Covid a amené à ce qu’il y ait moins de contacts avec les autorités chinoises. Surtout moins de contacts entre les personnes alors qu’ils sont importants. J’ai provoqué sur ces questions un débat au Conseil européen il y a quelques semaines sur la Chine. »

Cop 27: «Je suis déçu»

Êtes-vous déçu par la COP 27 ?

« Oui parce que le défaut, c’est le manque d’implémentation. L’Union européenne montre l’exemple et elle est la plus ambitieuse autour de la table. Lors du tout premier Conseil européen que j’ai eu le privilège de présider quand je suis entré en fonction, nous avons pris la décision historique de faire de l’Europe, le premier continent neutre en 2050. Cette décision était inimaginable, il y a 4 ou 5 ans. Nous sommes aussi les plus solidaires, nous respectons nos engagements envers les pays en développement. Nous mettons en place les partenariats de transition juste avec l’Afrique du sud et le Sénégal. C’est un investissement pour la stabilité. Cette transition climatique est indispensable et elle peut devenir un levier de prospérité, de croissance et d’emploi. »

Un mot sur le nucléaire ?

« Comme Premier ministre belge, la première décision que j’ai prise a été de prolonger les centrales. Je sais donc à quel point, dans le mixte énergétique, il faut tenir compte du nucléaire. À l’époque j’ai d’ailleurs été critiqué pour cela. Et pour la petite histoire, quand le gouvernement que je dirigeais a chuté, nous étions déjà en pourparlers pour prolonger des centrales supplémentaires parce qu’on mesurait bien que pour la sécurité d’approvisionnement et pour les prix, cela avait du sens d’avoir un pilier nucléaire… et c’était bien avant la guerre en Ukraine. »

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