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«L’homme de nos vies»: «L’arnaqueur de Tinder» version série française féministe, une belle surprise!

On craque pour cette fiction incarnée par un étonnant quatuor de femmes revanchardes et un Jonathan Zaccaï « multiple », terriblement convaincant dans la peau d’un seul et même escroc.

Eblouir, dépouiller puis disparaître: c’est le mode opératoire d’Amaury, un éminent médecin qui vient d’épouser Oriane, une infirmière ébranlée par le décès de sa mère, dont elle vient d’hériter. C’est aussi la méthodologie de Roman, grand reporter qui sait pertinemment comment séduire Mathilde, une cheffe d’entreprise et mère célibataire en mal d’amour. Ou encore de Ghislain, un pilote de ligne qui apparaît tel un vent de fraîcheur pour Iris, une cantatrice dont le mariage avec son propre manager part à vau-l’eau.

Bien sous tous rapports, ces messieurs ne font qu’un. Ils prennent simultanément les traits à la fois doux et inquiétants de Jonathan Zaccaï dans «L’homme de nos vies», à ne surtout pas manquer sur la Une. Librement inspirée d’histoires vraies – celle de Simon Leviev, racontée par le biais de ses victimes dans l’excellent documentaire «L’arnaqueur de Tinder», à (re)voir sur Netflix, doit très certainement en faire partie –, la série dessine tantôt les prémices de véritables contes de fées, tantôt le combat de quatre femmes lésées qui vont s’unir pour coincer celui qui a rempli leur cœur autant qu’il a vidé leurs poches.

Un récit de vengeance rondement mené, qui happe instantanément l’attention, sans jamais insuffler de mauvais jugement. Surtout pas envers les victimes, présentées chacune avec nuances, et avec lesquelles on ne peut qu’être en empathie. C’est bien là, en plus d’une remarquable distribution, la plus grande force de cette fiction! Laquelle, scindée en quatre parties étalées sur deux soirées, aurait d’ailleurs mérité deux épisodes de plus tant elle est bien écrite, bien jouée, bien réalisée.

L’union fait la force

De celles qui ont été dévalisées, Camille tire le plus habilement son épingle du jeu. Incarnée avec conviction par une Odile Vuillemin à contre-courant des rôles plus obscurs qu’elle a l’habitude de nous servir, c’est elle qui découvre le pot aux roses. Boudée par la police, elle va mener sa propre enquête et traquer son bourreau sans relâche, en commençant par remonter la piste de ses dernières proies, aveuglément amoureuses, qu’elle va tenter de raisonner.

«Le fait qu’elles se liguent contre lui pour le renverser, c’est quelque chose de très beau», soulève la chanteuse Elodie Frégé, gagnante de la troisième «Star Academy» (2003), qui joue l’exquise Iris, la dernière à être tombée dans le panneau. «D’aborder le thème de la sororité, je trouve ça particulièrement porteur pour la télévision. Le vécu de ces femmes n’est pas juste un fait divers, c’est arrivé plusieurs fois et il faut parler des choses qui existent, pour peut-être mettre en garde, prévenir les âmes plus fragiles

Pour l’interprète de «La ceinture», ce type d’alliance est aussi un phénomène très actuel. «L’union des femmes entre elles, c’est quelque chose d’assez récent dans l’histoire. Le patriarcat, la façon dont les hommes ont inconsidéré les femmes depuis des siècles, ça n’a pas aidé les femmes à être soudées parce qu’elles dépendaient de l’homme, de ses biens, de son pouvoir. Mais c’est en train de changer! MeToo a été un pavé dans la mare et depuis, ça ne s’arrête pas. Après des siècles de pression masculine, ça me paraît assez logique que ça explose. C’est même parfois un peu trop, on est peut-être en ce moment au-dessus du bon niveau de rébellion. Mais tout ça, c’est fait pour qu’à un moment, ça redescende et que la communication redevienne équilibrée et harmonieuse entre les deux sexes

Face à ces femmes, Jonathan Zaccaï se révèle formidable, tout en charme. Le comédien belge offre un jeu opaque, se transforme au gré des rencontres de son personnage. Un vrai caméléon, toujours en train de mentir, portant le récit à travers une discrète voix off qui n’est pas sans rappeler l’obsessionnel Joe Goldberg et sa vision tronquée du monde dans «You» (Netflix). «C’est quelqu’un, quelque part, de maladivement intelligent et brillant dans son art… parce que c’est presque un art, en fait!» conclut Elodie Frégé quant au rôle de Jonathan. «C’est pour ça qu’il fascine, parce qu’il a l’art de changer de visage, de voix, d’histoire. C’est pas de la schizophrénie, c’est de la démultiplication de personnalités à but malin. Il est dans la manipulation, mais on se demande si, finalement, en lui, il n’y a pas tous ces hommes séduisants…»

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