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«J’en ai bavé, mais je suis reconnaissant»: plus de huit mois après le scandale des Oscars, Will Smith revient dans un film et nous livre une interview exclusive

La dernière image qu’on avait de Will Smith, c’est la baffe qu’il a collée à Chris Rock aux derniers Oscars. Aujourd’hui, il redonne vie à un esclave connu de la (triste) Histoire américaine dans un film à la fois dur et beau, mais surtout essentiel.

Depuis le 27 mars dernier, soir de « la » gifle qui offusqua bien du monde à la Cérémonie des Oscars, Will Smith s’est fait des plus discrets. Mais comme on dit, « show must go on », et il est de retour dans un film qui pourrait donner envie à Hollywood de lui pardonner, voire même de le récompenser. Ce film, c’est « Emancipation », il arrive ce vendredi 9 décembre sur Apple TV + et a permis à l’acteur de 54 ans de trouver « le » rôle de sa vie. Il est basé sur l’histoire d’un esclave qui a réellement existé, Gordon – Peter à l’écran –, qui s’était échappé de la plantation en Louisiane où il était exploité au début des années 1860. Un acte qui l’a conduit vers la liberté, et celle de sa famille, après une succession d’obstacles et de sévices dont personne ne pourrait, a priori, sortir vivant.

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Vous l’avez compris : ce film aux images noires et blanches est d’une grande dureté, mais paradoxalement, on l’a trouvé beau, aussi. Sans doute parce que les souffrances de Peter n’ont pas été vaines, comme les photos de son dos nu détruit par le fouet, symboles éternels de l’invraisemblable barbarie qu’a été l’esclavagisme aux États-Unis. Lequel a été aboli en 1863. « À cette époque, Will Smith, aujourd’hui star, aurait été un esclave », nous a rappelé Antoine Fuqua, réalisateur de ce film qui est une nouvelle piqûre de rappel… À ses côtés, Will Smith s’est exprimé pour la première fois devant des journalistes depuis l’incident des Oscars. Sujet qui a été évité évidemment. Voici ce qu’il nous a dit.

Will, c’est la première fois que vous jouez un esclave. Dans ce film, vous êtes enchaîné, dans la boue, dans les arbres… Vous vous êtes donné à 3 000 % pour ce rôle ! Comment vous y êtes-vous préparé, mentalement et physiquement ?

En fait, je pensais être beaucoup plus préparé que je ne l’étais en réalité. Jouer un homme confronté à un tel niveau d’atrocités, de violence physique et d’humiliation verbale, se faire traiter de nègre cent fois par jour par de très bons acteurs, tout ça a forcément un impact sur vous. En plus, on a tourné dans des conditions climatiques éprouvantes. Et je me suis vraiment plongé jusqu’au cou dans des marécages ! Mais quand j’ai vu le résultat final, je suis parti dans une sorte d’extase car tous ces éléments font qu’on ressent vraiment ce que Peter a vécu… Je m’empresse de préciser que je suis loin d’être le seul à en avoir bavé. Toute l’équipe a terriblement souffert, au point qu’on a dû faire appel, en coulisses, à des prêtres, des thérapeutes et des conseillers spirituels. En tant qu’homme et en tant qu’artiste, je suis extrêmement reconnaissant à Peter et aux difficultés rencontrées sur ce tournage. J’ai été élevé d’une certaine façon qui fait que, sans ce film, je n’aurais jamais appris tout ce qu’il véhicule. Ça a été pour moi une leçon inédite.

Will Smith sur le tournage d'EMANCIPATION avec le réalisateur Antoine Fuqua.
Will Smith sur le tournage d'EMANCIPATION avec le réalisateur Antoine Fuqua. - D.R.

Selon vous, les gens qui ont fait ce film et vous-même, ont été mis à l’épreuve par Dieu, comme Peter l’a été il y a cent cinquante ans…

Absolument. Comme je viens de le dire, sur ce film, on a tout eu, à commencer, évidemment, par le Covid. Tous les jours, plus de quatre cents figurants devaient être testés avant qu’ils puissent sortir de leur voiture, ce qui prenait de quatre à six heures. Et puis, il y a eu les ouragans… À partir de là, on a pensé qu’il y avait quelque chose de spirituel qui voulait voir comment on allait s’en sortir, et de la même manière, la foi de Peter a été testée tout au long de sa fuite pour la liberté. L’art et la vie ont alors fait un mélange au goût amer, mais qui nous a donné du pouvoir à l’arrivée. Par rapport à cette ambiance très spirituelle, une chose précise est arrivée, d’ailleurs.

Que s’est-il passé ?

Un jour, alors qu’on filmait sur une plantation, une jeune femme a littéralement reçu l’Esprit. Elle s’est mise à parler plusieurs langues et à trembler. Antoine et moi l’avons serrée dans nos bras, elle était en pleine purge. J’ai grandi au sein de l’Église Baptiste (mouvement chrétien évangélique, ndlr), donc j’avais déjà assisté à quelque chose de la sorte. Mais là c’était vraiment impressionnant, effrayant, et en même temps beau et divin. C’était en tout cas un signe du type d’énergie qui nous touchait tous à ce moment-là.

Que représente le mot « émancipation » pour vous ?

Vous savez, ce que j’ai appris de Peter, c’est que l’émancipation est quelque chose d’intérieur. Son corps était asservi, mais son esprit était toujours libre. C’était un guerrier spirituel qui a appris, en traversant le pire, à ne jamais douter de Dieu, à ne jamais perdre le pouvoir immuable de sa foi et son amour. Il était persuadé que, tant qu’il gardait sa confiance en Dieu, celui-ci honorerait sa promesse de le sauver, lui et sa famille, et lui faire connaître la sagesse et le bonheur ultimes. Pour moi, son émancipation, c’était son indépendance spirituelle.

Notre correspondant à Los Angeles avec Will Smith.
Notre correspondant à Los Angeles avec Will Smith. - D.R.

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