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«Pinocchio» de Guillermo del Toro: une fantastique ode à la désobéissance

Sorti dans quelques salles, le film arrive ce vendredi sur Netflix. Toujours empreint de poésie, le réalisateur y reformule le récit du petit pantin de bois et livre une formidable leçon d’amour sur fond d’insubordination.

Un «  Pinocchio » balaie l’autre, pour notre plus grand bonheur ! Après sa décevante relecture en prises de vues réelles avec Tom Hanks sur Disney+, le conte de la petite marionnette vivante dont le nez s’allonge au moindre mensonge s’anime en stop motion, sous le regard ardent de Guillermo del Toro, pas peu fier d’enfin pouvoir offrir sa propre vision d’une fable sociale qui lui tient tant à cœur. «  Les deux histoires qui ont marqué, voire défini mon enfance, sont celles de Pinocchio et de Frankenstein », confesse en conférence le réalisateur mexicain, qui vient par ailleurs d’ouvrir son effroyable « Cabinet de curiosités », sur Netflix. «  Ces deux personnages débarquent dans un monde qui n’a aucun sens à leurs yeux, et tentent ensuite de le comprendre au gré de leur parcours. » L’association de ces deux marginaux donne le ton de son dernier projet, qu’il aura porté à bout de bras pendant au moins quinze ans.

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L’essence du roman de Carlo Collodi, c’est qu’il vaut mieux obéir et se conformer aux attentes des autres pour devenir « un bon petit garçon », se faire accepter et éviter les ennuis. Avec son « Pinocchio », l’homme derrière « Le labyrinthe de Pan » et « La forme de l’eau » bouscule cette morale et fait plutôt l’éloge de l’insoumission, dans un contexte historique qui appelle justement à la rébellion : celui de l’Italie fasciste des années 1930. «  Je voulais situer le film dans un monde où tout un chacun se comporte comme un pantin », justifie del Toro, connu pour son univers toujours peuplé de créatures et/ou de jeunes individus qui transgressent les règles au profit de pérégrinations tantôt terrifiantes, tantôt merveilleuses, souvent les deux. Sans surprise : «  Je voulais que Pinocchio désobéisse, qu’il soit le seul polichinelle qui n’agisse pas comme tel. »

Dans sa version, «  devenir humain ne signifie pas devenir quelqu’un d’autre, ou essayer de changer les autres », poursuit le cinéaste. «  Ça passe plutôt par une meilleure compréhension d’autrui, une plus grande ouverture. Collodi disait : Si tu changes, tu seras aimé. Nous, on dit que si tu restes toi-même, tu seras bercé d’un amour qui en vaut la peine. »

Une juste réappropriation

Doublée d’une direction artistique prodigieuse, cette adaptation s’éloigne ainsi du code de bonne conduite véhiculé dans le classique d’animation des studios Disney, et dessine une épopée morale plus complexe. Laquelle, si elle garde les grandes lignes originelles, démarre avec un Geppetto non pas sans enfant, mais père d’un fils qu’il vénère, qui lui sera bien trop vite arraché par la guerre. Ivre de douleur, l’ébéniste tentera alors de soulager sa peine en sculptant un môme de substitution. Une figurine à ficelles, confectionnée à partir d’un arbre né d’une pomme de pin autrefois chérie par son gamin.

Brillamment mise en scène, cette ouverture tragique d’une grande puissance émotionnelle augure en réalité un paradoxe. «  L’une des idées qui m’ont plu était de faire prier un homme désespéré que sa progéniture lui revienne, et qu’il soit incapable de la reconnaître lorsque son vœu est exaucé », ajoute Guillermo del Toro, faisant aussi bien de son « Pinocchio » une pépite d’animation qu’un recueil de réflexions sur la filiation, le deuil et la différence.

« Pinocchio » de Guillermo del Toro, disponible sur Netflix.

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