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Des pressions sur Targnion dans le dossier Nethys? Sept pointures du PS auditionnées par les enquêteurs

Sept personnalités politiques PS importantes ont été entendues comme témoins par les enquêteurs anti-corruption en charge des différents dossiers Nethys. Notamment pour voir s’il y a eu des pressions sur Muriel Targnion, alors présidente d’Enodia.

Elio Di Rupo, Pierre-Yves Dermagne, Willy Demeyer, Jean-Claude Marcourt, Frédéric Daerden, Jean-Pierre Hupkens et Luc Gillard. Ces sept socialistes ont tous été auditionnés par les enquêteurs anti-corruption de l’OCRC dans le cadre du dossier Nethys durant les derniers mois de l’année 2022. Contactés par nos soins, les intéressés, leurs conseils ou leur service de presse confirment l’information. En réalité, c’est en tant que témoins (Salduz 1) qu’ils ont été entendus par l’Office central de répression de la corruption, en charge des différentes enquêtes « Nethys » sous la houlette du juge d’instruction liégeois Frédéric Frenay.

Pourquoi a-t-on demandé à les entendre ? Formellement, comme nous le confirment les principaux intéressés, c’était dans le cadre du volet « rémunérations ». Mais les questions ont été globalement plus larges. Car les enquêteurs veulent aussi vérifier des éléments mis en avant, entre autres, par Stéphane Moreau dans ses auditions et notamment s’il y a eu d’éventuelles pressions sur les administrateurs PS de la part des instances supérieures du parti pour obtenir la révocation du management. Pour bien comprendre de quoi on parle ici, il faut se replonger en arrière.

Tout se joue le 6 octobre 2019

Nous sommes donc le 6 octobre 2019. La saga « Nethys » défraie la chronique à Liège et la Wallonie décide de trancher dans le vif. Le ministre-président Di Rupo et le ministre des Pouvoirs locaux Pierre-Yves Dermagne, fraîchement installés, annoncent, le ton grave, l’annulation des ventes de VOO (télécoms), Win (informatique) et Elicio (énergies renouvelables), actées par Stéphane Moreau et Cie au sein du conseil d’administration de Nethys le 22 mai 2019, dans la discrétion la plus totale. Pierre-Yves Dermagne adresse un message en direction de la Principauté : « Il appartiendra à Enodia et Nethys, ainsi qu’aux provinces et aux communes concernées, de tirer toutes les conséquences de l’annulation. »

Le Ministre-Président wallon Elio Di Rupo.
Le Ministre-Président wallon Elio Di Rupo. - Isopix
Pierre-Yves Dermagne, alors ministre wallon des Pouvoirs locaux.
Pierre-Yves Dermagne, alors ministre wallon des Pouvoirs locaux. - Isopix

Autrement dit, on espère que Liège fera profil bas, relancera un processus transparent et, surtout, lancera les grandes manœuvres pour éjecter un management de plus en plus controversé depuis la première affaire, Publifin celle-là.

Mais à peine l’exposé du binôme Di Rupo – Dermagne terminé, une réunion au sommet est convoquée à l’Elysette. Ainsi, les dirigeants du Parti socialiste que sont Elio Di Rupo et Paul Magnette, accompagnés de trois ministres socialistes majeurs que sont le Rochefortois Pierre-Yves Dermagne, l’Esneutoise Christie Morreale et le Herstalien Frédéric Daerden, convoquent les caciques du PS liégeois.

Frédéric Daerden.
Frédéric Daerden. - Belga

Jean-Claude Marcourt, victime collatérale de la nébuleuse Publifin-Nethys et qui vient de voir ses ambitions ministérielles s’effondrer pour atterrir au perchoir du Parlement wallon, est de la partie. Jean-Pierre Hupkens, l’échevin de la Ville de Liège et président de la puissante Fédération liégeoise du PS depuis le retrait de Willy Demeyer est là aussi.

Jean-Claude Marcourt n’est plus que simplé député wallon.
Jean-Claude Marcourt n’est plus que simplé député wallon. - Isopix
Jean-Pierre Hupkens était alors président de la «Fédé».
Jean-Pierre Hupkens était alors président de la «Fédé». - Belga

Willy Demeyer justement, qui s’est recentré sur « sa » Cité ardente mais n’en conserve pas moins une influence majeure est lui aussi invité, de même que le Député provincial – Président Luc Gillard, puisque la Province de Liège est l’actionnaire majoritaire de l’intercomunale Enodia (ex-Publifin), rappelons-le. Muriel Targnion, bourgmestre de Verviers et présidente à l’époque du CA d’Enodia n’est par contre pas là.

Willy Demeyer, bourgmestre de Liège.
Willy Demeyer, bourgmestre de Liège. - Belga
Luc Gillard, «n°1» de la Province de Liège.
Luc Gillard, «n°1» de la Province de Liège. - L.H.

La fin de la récré

Bref, que du lourd. Mais que s’est-il dit à cette réunion, aussi officieuse qu’au sommet ? C’est à ce niveau notamment que les enquêteurs de l’OCRC avaient des éléments à éclaircir. Car très clairement, le PS « national » y a sifflé la fin de la récréation et a bien mis Liège au pas. Pour preuve, dans la foulée tombe un communiqué qui annonce que les membres socialistes du conseil d’administration d’Enodia vont demander en urgence la « convocation sans délai d’une assemblée générale de Nethys qui décidera de procéder au remplacement immédiat du conseil d’administration et du management ». En clair : l’objectif est de mettre dehors une bonne fois pour toutes le conseil d’administration où siègent notamment Pierre Meyers (président) et François Fornieri mais aussi le management incarné par Stéphane Moreau, mais aussi Pol Heyse et Bénédicte Bayer. In fine, toujours dans cette même journée du 6 octobre 2019, l’entièreté du conseil d’administration de Nethys – mais pas le management – décide de démissionner collectivement. Avant d’être mis à la porte.

Des pressions sur Targnion ?

Mais ce qui a été dénoncé par Moreau et Cie, ce sont les pressions qui auraient eu lieu lors de cette réunion PS-Liège mise sur certains administrateurs pour leur intimer de signer la convocation urgente de l’assemblée générale qui devait déboucher sur le licenciement du management de Nethys. Et plus particulièrement sur les épaules de Muriel Targnion – qui a par ailleurs aussi été entendue par les enquêteurs.

Voilà donc pour le contexte global. Les sept socialistes – entendus, rappelons-le, uniquement comme témoins et ne sont en rien inculpés – se disent tous très sereins et affirment n’avoir rien à se reprocher.

Selon nos informations, les différents dossiers « Nethys » à l’instruction avancent bien et ne devraient d’ailleurs plus tarder à être bouclés.

Moreau, Heyse, Fornieri et Cie: inculpations à la pelle et séjours en prison

Si de nombreux dossiers « Nethys » ont été ouverts par la justice liégeoise, deux retiennent évidemment toutes les attentions. Le premier est celui des rémunérations. Rappelons que pour contourner les limitations du décret gouvernance de la Région wallonne, un mécanisme d’indemnités de rétention avait été mis en place au profit de l’ancien management du groupe industriel liégeois. Pour faire simple, si l’on additionne les différentes primes, il y aurait eu pas moins de 11 millions d’euros pour Stéphane Moreau, plus de 2 millions pour Pol Heyse (ancien directeur financier) et d’un peu plus d’un million d’euros pour Bénédicte Bayer. Tous ces montants avaient été validés par le comité de nomination et de rémunération (CNR) présidé par un certain… François Fornieri. C’est fin 2019 que la justice liégeoise a décidé de s’emparer de l’affaire en ouvrant une instruction.

Coup d’accélérateur en janvier 2021

Mais le dossier s’est vraiment accéléré en début d’année 2021. Fin janvier de cette année-là, les enquêteurs de l’OCRC interpellent et entendent les principaux acteurs de cette histoire. Du côté des dirigeants, Stéphane Moreau, Pol Heyse et Bénédicte Bayer en ressortent inculpés de détournement et d’abus de biens sociaux. François Fornieri, Pierre Meyers et Jacques Tison – les membres du CNR – avaient connu le même sort.

Après plus de 40 heures de privation de liberté et de très longs et complexes interrogatoires, Stéphane Moreau, l’ex-CEO de Nethys, et Pol Heyse, son bras droit chez Nethys et le spécialiste des bilans et des comptes, ont même été placés sous mandat d’arrêt par le juge d’instruction spécialisé dans les matières économiques et financières, Frédéric Frenay. Concernant Stéphane Moreau, les préventions sont les suivantes : abus de biens sociaux et détournement par une personne exerçant une fonction publique, faux, usage de faux et d’escroquerie. Stéphane Moreau et Pol Heyse ont dans la foulée été incarcérés plusieurs jours à la prison de Lantin puis à celle de Marche-en-Famenne. Bénédicte Bayer, quant à elle, a aussi été inculpée puis libérée sous conditions.

Quant à François Fornieri, il avait lui aussi été inculpé et placé sous mandat d’arrêt un peu plus tôt, avant d’être incarcéré à la prison de Marche. En tant qu’ex-président du comité de rémunération de Nethys, c’est lui qui a avalisé les indemnités versées à Stéphane Moreau (11,2 millions), Pol Heyse (2,2 millions) et Bénédicte Bayer (1,2 million). En échange de quoi ? On en vient au second gros volet de l’affaire Nethys, à savoir celui de la vente des filiales du groupe. Dans le cas présent, la justice s’interroge sur ses rachats d’Elicio, pour deux euros symboliques, et de WIN. Tout ça au détriment des actionnaires que sont l’intercommunale Enodia, la Province de Liège et les communes liégeoises.

Pierre Meyers, ancien président du conseil d’administration de Nethys et ex-membre du comité de rémunération, avait lui aussi été inculpé, toujours pour les mêmes motifs d’abus de biens sociaux et de détournement, et incarcéré plusieurs jours à la prison de Marche.

Fornieri et Moreau, vendeurs et acheteurs de WIN et d’Elicio

VOO, Elicio et Win. Soit les trois filiales du groupe Nethys que l’ancien management avait décidé de vendre « dans le dos » de sa maison-mère Enodia. Des ventes cassées par le ministre wallon des Pouvoirs locaux de l’époque, Pierre-Yves Dermagne (PS).

L’intéressé, lors cette annonce où le Gouvernement wallon avait sorti le bazooka, avait ainsi pointé de nombreux éléments que la presse avait dévoilés. Ainsi, WIN devait être rachetée par Ardentia Tech, nouvelle société créée par François Fornieri. Ce dernier en était le fondateur et donc acheteur tout en étant parallèlement à cela administrateur de Nethys, et donc vendeur. En outre, il était prévu que Stéphane Moreau, alors administrateur délégué de Nethys, co-investisse dans Ardentia Tech. Concernant Elicio, elle devait être vendue à Ardentia, autre société créée par François Fornieri, à nouveau vendeur et acheteur, pour… deux euros !

Dermagne casse tout

Pierre-Yves Dermagne n’avait pas hésité à tirer le constat suivant : « On cherche à privatiser les profits sur cette activité et à collectiviser une partie des pertes ! […] Comme ministre de tutelle, je ne peux que m’étonner des circonstances dans lesquelles les décisions de vente ont été prises : empressement, présentation d’offres au CA de Nethys du 22 mai en séance, apparemment sans que tous les administrateurs n’en aient eu connaissance avant la réunion, et j’en passe. »

Sous pression, François Fornieri avait finalement accepté de rétrocéder Win et Elicio à Nethys. Ce qui n’empêche par contre pas la justice de vouloir faire la lumière sur tout ça.

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