Boom des IST chez les plus de 50 ans

Boom des IST chez les plus de 50 ans

Les temps et les mœurs changent. L’idée que la sexualité soit simplement reproductive est dépassée. Le plaisir perdure bien plus longtemps que la fumée des 50 bougies. En effet, selon différentes études, près de 75 % des 55-64 ans ont toujours des rapports sexuels. Pour la catégorie d’âge allant de 65 à 74 ans, le chiffre passe à 53 % alors que 26 % des 75-85 ans ont au moins un rapport sexuel dans l’année. Si certains font, à un moment, le deuil de leur libido, d’autres dévoilent une vie sexuelle améliorée depuis qu’ils ont 50 ans. Plus de crainte de grossesse, plus d’enfants à la maison, plus de pression de la performance et du temps… pour l’imaginaire, les fantasmes, la sensualité. Bref, le temps de prendre le temps.

Pas de campagne de prévention

Malheureusement, on observe en Belgique une augmentation générale des diagnostics d’Infections Sexuellement Transmissibles et de VIH/sida chez les plus de 50 ans. C’est également le cas en France, en Angleterre ou même en Italie et aux États-Unis. Fait encore plus étonnant : bien que les chiffres soient à la hausse dans de nombreux pays, on ne voit pas une seule campagne de prévention destinée aux seniors.

Espace Seniors, une ASBL du réseau Solidaris, tente d’y remédier. « Si cette augmentation peut s’expliquer en partie par un nombre plus important de dépistages réalisés, les cas non rapportés sont sans doute conséquents. Les 50+ ne se considèrent pas « à risque » ou ne sont pas vus comme tels par les professionnels de la santé, ils ne se font pas dépister et donc, n’entrent dans aucune statistique », explique Sandrine Cesaretti, chargée de projets chez Espace Seniors.

Afin d’informer le grand public et les professionnels, Espace Seniors a édité la brochure « La sexualité n’a pas de date de péremption, les infections sexuellement transmissibles non plus ! ». Elle s’adresse aux 50+, quelles que soient leurs pratiques sexuelles. Son objectif est d’informer et de sensibiliser les 50+ à la prévention des IST et ce, sans dramatiser, car les IST, comme la sexualité, ne s’arrêtent pas avec l’apparition des premières rides. Quel que soit son âge, il est important de se faire dépister et de prendre en charge sa santé sexuelle.

Méconnaissance des risques

La population belge s’estime pourtant bien informée à propos des IST. Or, une enquête réalisée en 2016 sur 1.086 Belges par la Plate-Forme Prévention Sida et Sensoa démontre le contraire. Près d’un Belge sur 4 ignore comment se transmettent les principales IST. Et la majorité – 9 sur 10 – pense ne courir aucun risque de contracter une IST. Cette mauvaise perception augmente avec le temps : plus on est âgé, moins on est conscient des dangers que l’on court dans une relation non protégée. Pourquoi ? Sans doute par un manque de connaissance des IST et de leurs modes de transmission. Mais aussi par une représentation inexacte des personnes à risque d’IST.

Par ailleurs, les campagnes de prévention des IST ciblées 50+ sont rares. Dans notre société, la « norme », même si elle évolue, est toujours de faire rimer sexualité avec jeunesse, comme si l’abstinence s’imposait à 50 ans. Difficile de concilier les mots « seniors » et « sexualité», comment alors associer « seniors » et « IST » ?

Or, tous les professionnels s’accordent à dire que l’âge est un facteur de risque d’IST. En effet, certains changements inhérents au vieillissement augmentent le risque d’infection : la fragilisation naturelle des muqueuses accroît leur perméabilité, la diminution de l’immunité amplifie le risque d’infection… Les IST se transmettent facilement, principalement lors des pratiques sexuelles non protégées : pénétration vaginale ou anale, fellation, cunnilingus, anulingus, caresses/masturbations sexe contre sexe, échange de jouets sexuels… Un simple contact entre muqueuses peut contaminer le partenaire.

Nouvelles transmissions

Dans sa brochure, Espace Seniors s’intéresse aux IST les plus courantes en Belgique : la syphilis, la gonorrhée, la chlamydia et le VIH/sida. La plupart de ces IST, prises à temps, peuvent guérir sans laisser de traces. Dans le cas contraire, elles peuvent être à l’origine d’infections génitales graves ou encore de cancers. Une prise en charge rapide empêchera de nouvelles transmissions et permettra d’entamer le traitement le plus promptement possible.

Le meilleur moyen de se protéger est d’utiliser un préservatif. La brochure évoque également les différentes manières d’aborder le sujet mais aussi de mettre un préservatif et de l’utiliser. Histoire de tenter de faire baisser les chiffres alarmants de ces dernières années… -

Sida : les 50+ représentent 21% des nouveaux diagnostics

En 2015, la syphilis a contaminé 141 femmes dont 31,92% de plus de 50 ans et 761 hommes dont 22, 73% de 50 ans et plus. En 2015, la gonorrhée touchait 351  femmes dont 7,7% de plus de 50 ans et 943 hommes dont 9,75 % appartenaient à cette tranche d’âge.

En ce qui concerne le VIH, en 2016, les 50+ représentaient 21% des nouveaux diagnostics. Entre 2007 et 2016, la proportion de personnes de plus de 50 ans dépistées séropositives a augmenté de 8%. C’est d’ailleurs la seule tranche d’âge où l’on observe un accroissement -