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Carte blanche: 4.000 km de haies pour cacher l’extractivisme minier en Wallonie?

L’idée de rouvrir des mines en Belgique et plus particulièrement dans la région des trois frontières inquiète le collectif des DoMineurs. Ceux-ci publient une carte blanche pour alerter sur ce possible projet.

A l’heure d’écrire ces lignes, la nouvelle version du « Code de gestion des ressources du sous-sol », en processus laborieux de réécriture depuis 2018, est entre les mains de Mme Céline Tellier, Ministre wallonne de l’Environnement.

A nos interpellations sur les réseaux sociaux, Mme Tellier nous répondait : « Notre objectif est justement de mieux encadrer les choses pour protéger nos ressources naturelles, en ce compris le sous-sol. »

Commençons par nommer « les choses ».

L’activité extractiviste minière est dévastatrice par essence. En espérer l’encadrement est au mieux un vœu pieux… un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre en 2022.

Le cœur du problème ne viendrait-il pas de cette perception que nous avons si souvent de la nature : des ressources (exploitables et monétisables) ?

La préparation d’un tel texte annonce des saccages sans précédent sur la faune, la flore, les sols, sous-sols, habitats, et réseaux d’eau douce de Wallonie, au départ de la pittoresque région des « 3 Frontières » [Plombières, La Calamine, Raeren, Hergenrath, Welkenraedt…].

Pour rappel, en 2018, les bourgmestres de 8 communes formellement opposées à cet extractivisme ravageur, renforcés dans leur démarche par de nombreux scientifiques, ont constitué une « Task Force ». Ce groupe proposa au Gouvernement des amendements au projet d’actualisation du Code minier… mais qui furent tous rejetés, en même temps que leur fut imposé de ne pas en parler aux Médias.

Envers et contre tout principe véritablement démocratique, le Gouvernement met aujourd’hui en place le processus « Fast-Track » dans le Plan de relance de la Wallonie. Ce nouveau credo permet de raccourcir les procédures pour les investisseurs qui passent ainsi en vitesse (fast-track = voie rapide) devant un seul guichet (de préférence électronique, le e-gov par exemple). Avec études et concertations raccourcies elles aussi et surtout… confiées aux experts de la Région wallonne, elle-même demandeuse, ou issus des entreprises minières.

Notre Gouvernement obéit-il ici docilement aux injonctions européennes ?

En effet, dans son IMP (Initiative Matières Premières), la Commission européenne recommande aux Etats de supprimer tout obstacle aux investisseurs, « tout fardeau » (en anglais dans le texte). Elle recommande même de court-circuiter la délibération démocratique, puisque celle-ci ne ferait que ralentir l’ouverture des mines.

Ainsi, paradoxalement, une omerta opaque s’est imposée par « respect du processus démocratique », à savoir trois phases de lectures, puis le passage au Conseil d’Etat et enfin, une consultation auprès des communes, toute symbolique étant donné que tout aura été plié en amont.

C’est de cette manière on-ne-peut-plus concrète que l’industrialisation du monde s’invite au plus près de nos vies. L’avons-nous choisi ? Est-ce là ce que nous voulons ?

Dans pareil contexte, une Ministre de l’Environnement, écologiste de surcroît, ne devrait-elle pas, pour être digne de ce nom, bloquer purement et simplement ce texte, et non contribuer à son avancement en y apportant l’un ou l’autre changement à la marge ?

Ce, au risque d’avoir le courage de ses convictions, s’il le faut.

Poser des choix politiques courageux n’est jamais le fait d’un.e élu.e seul.e, mais bien toujours porté.e par une masse critique suffisante que pour infléchir le scénario qui semblait écrit par avance.

La magnificence du monde naturel ne mérite-t-elle pas de se mettre (enfin) à son service plutôt qu’indéfiniment chercher à en exploiter les ressources ? Et pour quels intérêts ? Quels usages ? Pour quel modèle de société ? Quel à-venir ?

Inconfortable posture que de porter des responsabilités politiques en même temps que l’étiquette écologiste, au milieu d’un monde mû par la recherche de profits et par les enjeux économiques. Nous le concédons.

Conscients que, dans une moindre mesure, cette posture est celle de tout.e un.e chacun.e, privilégié.e que nous sommes dans ce système d’exploitation de l’Humain et de la Nature, nous pouvons faire preuve d’empathie envers notre Ministre, mais non cautionner de tels choix aux conséquences assurément dramatiques.

Dépasser notre anthropocentrisme pour enfin être dignes de cette « Mère Nature » qui nous donne tant, à chaque instant, et que l’on saccage et laisse saccager, égoïstement, entraînant l’ensemble de l’Humanité dans un abîme dont on peine à sonder la profondeur.

La vie peut être belle et libre, mais nous l’avons oublié, pris au nez par deux siècles de mise au service forcé aux bénéfices de l’industrialisation du monde… que l’ouverture des mines ne fera qu’amplifier.

Alors que les différents partis font leur rentrée politique en pleineS criseS, tous les regards pourraient bien ne pas regarder-le-nouveau-Code-Minier-qui-passe… Regardons-seulement-quand-il-est-passé ?

Étrangement, personne n’en parle encore. Les marcheurs.euses pour le Climat ayant préféré exhorter les politiciens à pousser les industriels à délaisser les énergies fossiles pour les technologies dites « vertes ». Erreur stratégique majeure.

Alors que l’ampleur des mesures à prendre pour arriver à la neutralité carbone d’ici 2050 s’invite au cœur des débats, ne s’agirait-il pas avant tout de sortir de l’illusion selon laquelle les énergies dites « vertes » seraient « propres » et « neutres en COZ »… ?

La dernière chose dont le monde a besoin, c’est de plus de production d’énergie industrielle, qui sera utilisée pour faire ce que fait toujours l’économie industrielle : convertir le vivant en inerte (les forêts vivantes en planches de bois, les montagnes vivantes en composants minéraux).

Rien n’est gratuit. Chaque action a des conséquences, et lorsque vous volez les autres, ces autres ne possèdent plus ce que vous leur avez volé. C’est aussi vrai lorsque les victimes de ce vol sont non-humaines que lorsqu’elles sont humaines. L’anthropocentrisme mène au suicide civilisationnel.

Il est difficile de faire comprendre quelque chose à quelqu’un lorsque son salaire dépend de ce qu’il ne la comprenne pas. Et il est encore plus difficile de faire comprendre quelque chose à des gens dont l’intégralité du mode de vie dépend de ce qu’ils ne la comprennent pas.

Alors nous nous mentons.

Beaucoup d’écologistes véhiculent un mensonge similaire, dans le sens où ils semblent prétendre que la destruction causée par les industries du solaire, de l’éolien, de l’hydroélectricité et de la biomasse n’existe pas. Ou que, d’une certaine manière, les dommages qu’elles causent sont un sacrifice à concéder au nom d’un intérêt supérieur. Mais, comme toujours, c’est le monde naturel que l’on sacrifie, et l’intérêt supérieur consiste en un supplément d’énergie et de ressources accordées à l’économie industrielle.

Bizarrement, en matière de technologies « vertes », cela ne semble poser problème à personne d’encourager des pratiques extractivistes, toujours hautement nuisibles pour l’environnement.

« A QUOI BON SE PRENDRE LA TÊTE ? »

Cette question reflète bien l’attitude reliant entre elles toutes les raisons derrière notre incapacité à aimer la planète qui est notre seule maison. Si votre bien aimé.e se retrouvait menacé.e, vous agiriez, et prendriez sa défense. L’amour, c’est ça. Vous ne prendriez certainement pas la défense – comme bien trop « d’environnementalistes » – de l’auteur de l’agression.

Il est bien plus que temps pour nous de rompre l’allégeance nous liant à cette économie qui ravage la Terre, afin que notre loyauté puisse à nouveau résider avec la planète vivante, et que nous la protégions.

Les arguments « pro-mines » ne manquent pas. Cependant, leur recevabilité ne sera proportionnée qu’à la capacité de tout.e un.e chacun.e, mis.e en position de complicité forcée à ce système d’exploitation dont nous jouissons si souvent à l’excès, à remettre en question ses propres usages et habitudes.

Il ne faudrait en effet pas oublier d’être cohérent.e, sans quoi une position « anti-mines » ne serait qu’une énième posture idéologique creuse à une époque où les idées manquent si souvent de consistance.

Une salutaire publication par quelques médias indépendants au sein de notre démocratie libérale, dont les débats forment l’ADN, permettra-t-elle de délier les langues et bousculer cette insupportable omerta autour du sujet si déterminant pour les décennies à venir : l’ouverture de mines de métaux en Wallonie ?

Bref, à quoi bon planter 4000 km de haies si c’est pour permettre l’extractivisme minier en Wallonie ? Compensation carbone… ?

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