Les trisomiques doivent s’inscrire comme… demandeurs d’emploi!
Parce que le courage, c’est quelque chose que Pascal connaît ! Malgré son handicap, il a fait le choix de travailler : « Pendant 26 ans, il a été manutentionnaire dans un atelier protégé de Pont-à-Celles, à l’ASBL APAC. Il n’a jamais raté un jour de travail. Sur la fin, il devait même se lever à 5h30 pour être à l’heure au travail. C’était devenu trop lourd pour lui. Le handicap et l’âge, ça devenait difficile. C’est pour ça que, en accord avec son employeur, on a mis fin à son contrat. »
Naturellement, Joseph se tourne vers le SPF Sécurité Sociale, département de la personne handicapée : « Pascal avait droit à deux pensions. Une d’intégration de la personne handicapée et une de revenu de remplacement. Dans les années 90, il a perdu la seconde parce qu’il était rémunéré via son emploi en atelier protégé. À partir du moment où il n’avait plus cet emploi, je pensais qu’il me suffisait de redemander au SPF Sécurité Sociale de lui rendre sa seconde pension… »
Et bien non ! Quelques jours plus tard, il a reçu un appel d’un fonctionnaire lui expliquant qu’il devait inscrire son fils à l’ONEM et au Forem : « Il ne sait ni lire ni écrire mais il est censé s’inscrire au chômage ! Je me suis rendu au Forem avec lui et ai donc rempli ses papiers… Il est donc considéré comme un demandeur d’emploi ! Est-ce qu’on va l’obliger à chercher un travail ? Est-ce que je vais devoir attendre qu’il soit exclu du chômage pour qu’il récupère sa pension ? Et s’il n’avait plus eu ses parents, comment aurait-il fait pour toutes ces démarches ? J’ai contacté l’ONEM, le Forem, la sécurité sociale pour avoir des réponses… Mais jusqu’ici, pas de nouvelles. »
Que Joseph et Monique se rassurent cependant, Pascal ne sera sans doute pas soumis aux mesures d’accompagnement des chômeurs et ne sera donc pas obligé de chercher un travail. En fait, comme Pascal a travaillé, il a droit aux allocations de chômage comme n’importe quelle personne qui a travaillé : « Il va rencontrer une assistante sociale », explique Julien Doyen, du Forem de La Louvière. « En fonction de son degré d’autonomie, il sera dispensé de rechercher un emploi. Le cas échéant, des médecins pourraient aussi remettre un avis. »
Son éventuel revenu de remplacement sera seulement ensuite calculé en fonction de ses allocations de chômage. Mais l’ONEM peut aussi estimer que la personne n’est pas apte à recevoir un revenu. Dans ce cas, c’est le revenu de remplacement du SPF Sécurité Sociale, direction générale de la personne handicapée, qui prend le relais. Ce sera sans doute le cas pour Pascal. En somme, il aura d’abord dû s’inscrire à l’ONEM, au Forem, rencontrer une assistante sociale et peut-être des médecins pour en arriver à… ce que son père demande depuis le début. « C’est par souci d’équité », nous explique-t-on au SPF Sécurité Sociale, « car la législation est la même pour tous les types d’handicap ».Une procédure malgré tout bien longue et compliquée, surtout pour une personne qui, fatalement, n’a pas les capacités de la comprendre.

