Le forain Patrick De Corte sort sa biographie : « On est des marchands de bonheur »

La Maison De Corte remonte à 1892. Tout part de votre arrière-grand-mère maternelle, Palmyre Desmet. Elle possédait une friture ?
Elle faisait des frites et des beignets. Puis ma grand-mère, mon papa, moi, mes enfants… C’est une dynastie et je suis fier de perpétuer cette tradition culinaire. Les frites, maintenant, tout le monde en vend. Au début, c’était uniquement sur les fêtes foraines. Les croustillons, heureusement, on en vend que sur les fêtes foraines. La célèbre danseuse La Goulue, star du Moulin rouge, modèle du peintre Toulouse Lautrec, était la tante de mon grand-père maternel. Quand elle a arrêté de danser au Moulin rouge, elle a fait les fêtes foraines dans une ménagerie avec des tigres, des pumas…
Vous avez arrêté l’école à 15 ans et vous avez décidé de travailler avec vos parents. Un choix difficile ?
Non, pas du tout ! Notre métier, c’est la foire, la vie foraine… Mon fils apprenait très bien à l’école. S’il avait voulu continuer, je n’aurais jamais refusé. Mais il m’a dit qu’il voulait travailler avec moi. Aucun métier n’est facile. C’est vrai que c’est une vie particulière. Nos enfants doivent aller au pensionnat. Parce qu’on est une fois à Bruxelles, à Liège, à Anvers… On ne les voit pas beaucoup. Quand ils reviennent le week-end, c’est vollenbak, donc on ne sait pas bien s’en occuper. Mais je ne vais jamais me plaindre, c’est la vie que j’ai choisie et j’en suis très heureux, avec les bons et les mauvais côtés.
Que préférez-vous dans ce métier ?
Le sourire des gens. La foire, c’est un lieu de divertissement, d’amusement… Et quoi de plus gai que voir des gens contents de manger des beignets ? Vous ne pouvez pas vous imaginer le bonheur des parents et des grands-parents quand leur enfant tire la floche du carrousel ? Toutes ces petites choses font le plaisir d’être forain. On donne du plaisir, on est des marchands de bonheur.
C’est au titre d’aîné que Julien, votre papa, a hérité de la célèbre friture De Corte. Quel souvenir gardez-vous de votre enfance ?
Magnifique ! J’ai été gâté par mon père et ma mère, je pouvais faire ce que je voulais. Ils ont été très gentils avec moi, peut-être même un peu trop parce que quand j’étais jeune, j’étais un peu turbulent. Ils sont morts jeunes. Ils me manquent beaucoup !
Vous êtes marié à Fabienne depuis 1982. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Elle me connaissait déjà parce que je vendais des frites à la foire dans son quartier à Anderlecht. Je l’ai draguée dans un dancing avenue Louise. Elle est extraordinaire parce qu’elle m’accepte. Je suis petit, j’ai plus de cheveux, j’ai beaucoup de défauts… Mais après 42 ans de mariage, on est toujours ensemble et toujours amoureux.
Vos trois enfants, Marvin, Junior et Estelle, poursuivent l’aventure. C’est une fierté pour vous ?
Je suis très fier que tous mes enfants fassent la même chose que leur papa, leur grand-père, leur arrière-grand-père et leur arrière-grand-mère. Et j’ai six petits-enfants. J’espère aussi qu’ils continueront l’aventure. Il n’y a pas d’obligation… Le plus important c’est qu’ils soient heureux !

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