Lifting tout risque !

Un nez caucasien en trompette, des pommettes saillantes, une bouche charnue, des fesses rebondies, des seins volumineux. Depuis 2019, les 18-34 ans ont davantage recours à des actes de chirurgie ou de médecine esthétiques que les 50-60 ans jusqu’ici patientèle historique, selon l’International Master Course on Aging Science (IMCAS), le congrès européen des professionnels de la chirurgie esthétique. Deux journalistes françaises, Elsa Mari et Ariane Riou, se sont emparées du sujet et ont mené l’enquête sur ce phénomène de société. Elles viennent d’en livrer le suc dans Génération bistouri, Enquête sur les ravages de la chirurgie esthétique chez les jeunes, paru aux éditions Jean-Claude Lattès.
A l’ère des visages ultra retouchés sur Instagram, de plus en plus de jeunes se tournent vers la médecine ou la chirurgie esthétique pour ressembler à leurs photos avec filtres. La faute aux réseaux sociaux qui matraquent l’image d’une beauté standardisée, aux confinements et aux visioconférences durant lesquelles chacun a pu scruter ses défauts grossis par la webcam, mais aussi à certains influenceurs très suivis qui font la promotion de la chirurgie esthétique. « Depuis 5 ans, il ne se passe pas un jour sans qu’un influenceur, une influenceuse, une vedettes de téléréalité ne glisse le nom d’un chirurgien, d’une opération ou d’une clinique à leurs followers », dénoncent les deux enquêtrices.
Rhinoplastie, prothèses mammaires, liposuccion, injection de botox ou d’acide hyaluronique, les jeunes femmes passent le plus volontiers sur la table d’opération. Toutefois, de plus en plus de jeunes hommes se laissent tenter par la chirurgie dentaire, les implants capillaires et la liposuccion abdominale.
Les opérations de chirurgie esthétique, hormis les interventions réparatrices, comme la reconstruction d’un sein après un cancer, ne sont pas remboursées par l’INAMI. Dès lors, mieux vaut avoir un porte-feuille bien rempli pour qui veut modifier son apparence. Pour doter son postérieur de fesses proéminantes à la Kim Kardashian, les prix commencent à 5500 euros. A ce prix, le chirurgien ôte des masses graisseuses du corps de la patiente pour les injecter dans ses fesses afin de les faire gonfler. Dans le milieu, on parle du brasilian but lift. Selon les enquêtrices, les demandes pour cette opération chirurgicale sont en plein boom chez les 18-34 ans. Tout comme l’augmentation mammaire à l’aide de prothèses en silicone, elle aussi accessible à partir de plusieurs milliers d’euros.
Tourisme médical
Mais voilà, tout le monde n’a pas autant d’argent à dépenser. Dès lors, pour réduire les frais, certains jeunes se tournent vers des pays étrangers, Tunisie et Turquie en tête. Elsa Mari et Ariane Riou mettent en exergue le tourisme médical qui y prospère. Des cliniques spécialisées en esthétique proposent des packs comprenant l’hôtel, le transport, les repas et l’opération. Le tout à prix très doux par rapport à ceux pratiqués en Europe. Les enquêtrices évoquent un prix 4 fois moins cher qu’en France ... de quoi séduire les jeunes désargentés à la quête du physique parfait. Mais qui dit prix cassé, dit aussi risques renforcés. En effet, bien souvent dans ces contrées, si l’opération tourne mal, le patient ne sera aucunement indemnisé. Or, une chirurgie esthétique n’a rien d’anodin. Elle comporte des risques liés à l’anesthésie, à l’intubation, aux suites opératoires.
Par ailleurs, ces cliniques esthétiques tunisiennes ou turques ne sont pas soumises aux normes européennes, notamment concernant la nature des produits injectés, ainsi que les normes d’hygiène à respecter. Ce problème se rencontre également dans ce que les deux enquêtrices nomment « le recours aux services d’injectrices illégales », et ce afin d’augmenter le volume des lèvres ou du fessier avec de l’acide hyaluronique. Ces personnes, dont la majorité sont des femmes, se font fauduleusement passer pour des médecins, et proposent des injections à prix rikiki chez elle ou au domicile de leurs clientes. En plus du risque que l’hygiène soit insuffisante et que le produit ne soit pas injecté au bon endroit dans le corps, la composition chimique de celui-ci n’est en rien garantie.
« Il nous arrive très souvent de réparer les erreurs des autres. Les complications peuvent être de deux types, liées à l’endroit de l’injection qui n’est pas toujours pratiquée par une personne habilitée à le faire ou au produit lui-même. Beaucoup se vendent sous le manteau, comme l’acide hyaluronique ou la toxine botulique. Les résultats sont parfois catastrophiques, comme cette patiente qui avait les fesses grêlées de boules, explique le Dr Jean Hebrant, président de la société belge de médecine esthétique. Il est grand temps d’alerter les gens qui s’adressent à n’importe qui et au moindre coût : en cas d’erreur, qui peut être fatale, ils n’ont pas d’assurance.
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Zest







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