La police vous sollicite sans cesse avec ses avis de recherche, mais est-ce vraiment efficace ?
La police fédérale n’en finit pas de lancer des avis de recherche au grand public. Un total de 392 en 2021, 361 en 2022 et 231 sur les 8 premiers mois 2023. Cela donne, en gros, un avis de recherche par jour. Cela concerne pour moitié des personnes disparues (ados en fugue, personnes âgées désorientées, suicidaires…) et pour l’autre moitié des personnes recherchées dans le cadre d’enquêtes judiciaires.
Dans ces cas-là, la police cherche à identifier un suspect ou un témoin, dont les caméras de surveillance ont parfois capturé des images. Elle cherche aussi à savoir s’il y a des témoins qui auraient vu telle scène ou tel véhicule à tel endroit tel jour (suite à un délit de fuite par exemple). Ces avis peuvent aussi aider la police à mettre un nom sur un corps (ou morceaux de corps) que l’on ne parvient pas à identifier.
Ces avis de recherche sont diffusés en priorité à la TV puis vers l’agence de presse Belga, vers les réseaux sociaux Twitter, Facebook, Instagram (et aussi sous forme de story afin de toucher les jeunes). Ces avis sont aussi envoyés par mail à une liste de personnes qui se sont abonnées. Il y a un canevas bien établi : l’avis reprend systématiquement les lieux, la date, la description de l’auteur avec sa photo ou portrait-robot (établi sur base de témoignages), sa tenue au moment des faits ou de sa disparition, etc.

« Entre le moment où l’enquêteur ou la cellule des personnes disparues nous contacte et l’avis de recherche, 3 heures suffisent », précise le 1er commissaire Alain Martens, le chef de service des « Avis de recherche » de la police judiciaire fédérale.

43,4 % d’élucidations en 2022
Mais quels résultats donnent donc tous ces avis de recherche, dont 53 % concernent des dossiers francophones et 47 % des dossiers néerlandophones (chiffres 2022) ? « Pour les personnes disparues, le taux d’élucidation est de 98 % mais sans que l’on sache si c’est vraiment l’avis de recherche qui a joué », répond Alain Martens. « Pour les dossiers judiciaires, on atteint un taux d’élucidation situé entre 40 et 45 %, ce qui est très bon. En 2022, ce taux était de 43,4 %, un chiffre qui peut encore évoluer puisque des témoins peuvent se manifester plusieurs mois après la diffusion de l’avis de recherche, bien que ça s’atténue bien sûr avec le temps ».





«Discrétion assurée»
« Discrétion assurée », indique généralement la police fédérale. « Cela veut dire que la personne qui nous appelle peut demander l’anonymat. Sa demande sera transmise au magistrat qui décidera. S’il y a un risque pour la vie d’un témoin, il va généralement garantir l’anonymat. Le policier, lui, ne peut rien garantir. Il n’en a pas le pouvoir ».
Les avis de recherche sont très regardés à la TV et sur les autres canaux de diffusion. « Celui qui a dû battre tous les records doit être celui de l’homme au chapeau de l’attentat de Zaventem. Il a été vu bien au-delà de nos frontières, il a dépassé le million de vues ».

Appel gratuit au 0800/30 300
Le service du 1er commissaire Martens comprend une quinzaine de policiers dont 5 qui s’occupent exclusivement des avis de recherche au grand public. Les autres se chargent des avis de recherche à destination des seuls policiers. Un travail gigantesque puisqu’on atteint là les 6.300 bulletins de recherche et d’information diffusés en interne, avec un taux d’élucidation de 15 %. La permanence téléphonique est aussi assurée par l’équipe de M. Martens : 24 h sur 24 et 7 jours sur 7, trois lignes sont ouvertes au sein du point de contact national de la police judiciaire fédérale pour prendre les appels au numéro gratuit 0800/30 300. Il y a aussi moyen d’apporter son témoignage via un formulaire par mail. « Nous recevons parfois des témoignages farfelus, mais très rarement mal intentionnés », constate M. Martens. « Et deux ou trois fois par an, nous envoyons en courriers indésirables quelques individus que nous commençons à connaître : quel que soit l’avis de recherche diffusé, ils étaient sur place, ont tout vu, tout entendu », termine le 1er commissaire sur une note d’humour.
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